Jeudi 24 avril 2008
Je vous rappelle que j'attends toujours vos histoires.
Voir ici.
Merci à C. et à Rififi d'avoir osé les premières:-)
Et à Arbobo ensuite :-) puis à notre rebelle.
(sniff, cette propale n'a pô trop de succès, ou bien?)
Dimanche 30 mars 2008
Des anecdotes qui en disent long ....

"
J'ai pas mal hésité sur l'angle à choisir... J'aurais pu parler de ma conformité à l'univers scolaire, qui a fait que j'ai eu du mal à en partir. Ou de comment on fait pour gérer le statut encombrant d'«intello» en partageant ses compétences pour se faire accepter. Finalement, je préfère raconter trois histoires qui expliquent comment des événements survenus à l'école ont, je crois, eu des effets durables sur mes convictions et mes engagements.

La première se passe à l'école primaire, pendant les années de CM1-CM2. En famille on m'a manifestement transmis un fond solide de tolérance. Or, pendant ces années-là, dans ma classe, il y a une fille et un garçon, tous deux enfants d'agriculteurs. Le garçon est le fils du plus gros agriculteur du village, pour lui pas de souci. La fille, d'une famille où on n'a pas beaucoup d'argent. Les vêtements durent longtemps, et surtout elle a sur la peau, quasi en permanence, l'odeur de la ferme, des vaches. Les autres mômes la tiennent à l'écart, ils disent qu'«elle pue». Elle ne m'est pas spécialement sympathique, c'est une gamine assez fermée (forcément), mais plus d'une fois je me forcerai à lui parler, juste pour ne pas être comme les autres - ceux qui, en fin de compte, la rejettent par mépris social -, juste parce que je ne peux pas m'empêcher de m'imaginer à sa place.
Déjà, je trouve insupportable que les autres ne le fassent pas. J'apprends la compassion, au sens littéral : souffrir avec. Et qu'on ne me dise pas après ça que les gosses sont «naturellement» gentils et innocents...

La deuxième histoire se passe pendant mon année de sixième. À la rentrée, j'ai été élue déléguée de classe. Pendant l'hiver, deux événements : d'abord, notre prof de maths part en congé maternité et est remplacée par un maître auxiliaire algérien. (Maître aux', c'est le statut le plus précaire pour un prof à l'époque, systématique pour les enseignants étrangers.) Ensuite, en plein hiver, on nous met les cours de maths dans une salle en préfabriqué : il y fait froid et ça pue le fioul. On se plaint. Le prof, pour plaisanter, nous dit : «Vous n'avez qu'à faire une pétition !» Ça ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde : j'estime qu'en tant que déléguée, c'est à moi d'organiser ça. J'écris un texte, «Nous élèves de 6e machin, nous demandons, bla bla», suivi de la liste des élèves pour que chacun puisse signer en face de son nom.
Or l'initiative panique l'autre délégué, du genre garçon couvé, qui prévient sa mère, laquelle prévient le principal du collège. Mes parents sont convoqués, et accusés d'avoir écrit le texte pour moi (au motif que ça ne peut pas sortir de la plume d'une gamine de onze ans). L'entrevue se passe très mal : ils trouvent la réaction absurde, disproportionnée, et ne supportent pas qu'on m'imagine en préado manipulée ; ils sont, je crois, assez fiers de moi !
Bilan des courses : l'initiative est tuée dans l'oeuf et je suis «démise de mes fonctions» de déléguée.
Plus tard en 3e, quand le principal me remettra le prix du championnat d'orthographe du collège, il pourra sans doute lire dans mes yeux quatre années de mépris et la satisfaction d'une revanche personnelle.
Bien peu de choses, hélas, au regard du seul vrai drame de cette histoire : le prof remplaçant est viré. Est-ce que ça se serait passé de la même façon s'il avait été français ? J'ai vraiment tendance à penser le contraire.
Peut-être qu'alors on l'aurait laissé expliquer qu'il n'y était pour rien. Et que ça n'avait rien de grave. Peut-être surtout qu'il aurait été écouté. Que pouvait-il faire face à l'accusation - de parents et/ou de sa hiérarchie, je ne l'ai jamais su - d'inciter de chères têtes blondes à la rébellion ?
J'ai toujours senti dans cet épilogue un vieux fond de racisme qui pour être «ordinaire», comme on dit, n'en est pas moins violent.
J'apprends plusieurs leçons à cette occasion. Que ce sont toujours les moins armés pour se défendre qui trinquent. Que toute initiative de protestation a ses conséquences. Que ceux qui te disent que tu as raison ne seront pas forcément là si ça tourne mal, et que c'est un risque à prendre. Je n'en oublierai aucune.

Pour la dernière anecdote, je suis en terminale, et les lycées «débrayent» pour protester contre la réforme Jospin. Un samedi matin, en arrivant dans mon lycée, j'apprends qu'il y a manif. Or ce matin-là, nous avons un devoir sur table, en histoire. J'en cause à mes copains de classe, tous bien d'accord que cette manif est super importante et qu'il faut y aller.
Arrivée en classe, j'explique le problème au prof. Pour lui, l'affaire est claire : on ne reporte pas le devoir, et ceux qui veulent aller manifester auront zéro. Nous serons quatre à sortir, sur une grosse trentaine. (Je suis en terminale C : je crois que ça a son importance.) Avec moi, il y a un garçon qui est plutôt un pote, baba cool gauchiste affirmé, bon élève. Une autre fille aussi en tête de classe, trop blonde et trop maquillée pour que, engoncée que je suis dans mon corps à moi, je réussisse à l'apprécier. Et un type mutique, lui en queue de classement, que je ne connais pas très bien. Avec sa moyenne générale déjà basse, c'est lui qui risque le plus. De mes plus proches copains, de mes grandes copines, aucun ne considérera que participer à un mouvement lycéen vaut bien un zéro.
Mais ces trois-là, oui : à cette toute petite échelle, et dans des circonstances anodines, je viens d'apprendre que si bien sûr les deux peuvent se rejoindre, il y a une différence entre les «amis» et les «camarades». Cette fille et ce garçon qui n'étaient pas mes amis ne le sont pas devenus, mais à partir de ce jour-là on savait qu'on partageait quelque chose que d'autres n'avaient pas.
D'autant que l'épilogue, cette fois, est sympa : le lundi suivant, le prof nous a appris, à tous les quatre, qu'il nous ferait refaire un devoir, avec un autre sujet. Pas vraiment par soutien au mouvement lycéen, pour ce que j'en percevais, mais sans doute pour marquer que notre décision de ce moment-là, il pouvait la comprendre : un genre de «prime au citoyen actif». De quoi mettre le nez dans leur mauvaise conscience à tous ceux qui n'étaient pas venus, et se sont scandalisés de cette décision : s'ils l'avaient su avant, bien sûr qu'ils l'auraient faite, la manif !
Pour nous quatre, c'était la cerise sur le gâteau parce qu'en vrai, ce qu'on trouvait chouette, c'était notre (micro) rébellion en milieu (obsédé du bulletin scolaire) hostile. Qu'en fin de compte on ne soit pas sanctionnés, c'était un peu, toutes proportions gardées, comme d'obtenir le paiement d'un jour de grève :-)
Pas étonnant que trois ans plus tard, je n'aie rien trouvé de mieux que participer à la première grève à Sciences Po depuis 68, sans parler du reste ^^ "

Merci Ama-L :-)
Mardi 25 mars 2008
Suite à ce post, Line, du lointain de sa Belgique,  est allée lire les saintes paroles niouprogs de notre évangile ministériel éducnat  frenchie.
Voici ses réactions:

"Bon, voilà mes blablas sur le sujet... qui m'interpelle parce que c'est la même rengaine chez nous.
Mais au final, beaucoup de poudre aux yeux et rien de vraiment efficace pour des changements valables... et ça fait peur pour l'avenir.
 
« Diviser par trois, en cinq ans, le nombre d'élèves qui sortent de l'école primaire avec de graves difficultés et diviser par deux le nombre d'élèves ayant pris une année de retard dans leur scolarité »
Alors là déjà, je me tords de rire toute seule devant ma bécane :-D
C’est le même laïus partout je vois !!! Mais les p’tits gars, si vous voulez qu’on y arrive, faudrait p-ê se pencher un peu plus près de vos instit pour savoir « vraiment » ce qui aiderait à y arriver.
C’est la même bande de p’tits comiques que par chez nous ! Ca blablate beaucoup, c’est plein de très beaux projets, puis ça te fourgue plus de 25 mômes en classe, pas d’aide ni de moyens supplémentaires si ce n’est la débrouille école par école et la bonne volonté de ceux sur le terrain et ça ne comprend pas qu’on n’y arrive pas. Peuh :-(

« L’idéal républicain » ça aussi c’est rigolo !
C’est quand même très politique-politicien tout ça, c’est marrant, on ne parle pas comme ça… on préfère brol ;-) Non allez, on parle de citoyenneté, ce qui revient au même.

« A l'heure où les pays développés cherchent à comparer la performance de leurs systèmes éducatifs,  la France ne peut rester insensible aux rapports officiels et aux évaluations internationales qui soulignent, chaque année, la médiocrité des résultats de son école primaire. »
On y est… La belle Europe. Pisa et toute sa clique. Ca je connais. Mêmes blablas chez nous. Paraît qu’on a pas de quoi être fier de nos résultats !
Et mêmes essais en tout genre pour redorer le blason. Certains heureux, mais d’autres… carrément à côté de la plaque.

Ah ? Par contre c’est chouette ? Vous allez avoir w-e comme nous ! Tout le samedi et dimanche… Oui mais des heures à prester en plus(*), je vois, je vois…les stages et tout ça.

Oh ? On vous impose une répartition du nombre d’heure/matière ?

Ah oui, l’ouverture aux parents et la lisibilité pour tous ! Et bé, vous zêtes pas sortis de l’auberge, mes pôvres…
Ttttt, d’ici à ce qu’on demande aux parents ce qu’ils veulent qu’on leur apprenne …
Enseignement à la carte Messieurs Dames ;-)
Bon, je suis maman, et bien sûr j’espère que mes juniorettes s’en sortent, mais zut, je ne dis pas à leurs profs ce qu’ils doivent faire ni comment, à chacun son job ! Purée de pois !

Notre programme officiel de l’état fait un petit nonante pages, mais celui que j’utilise, retravaillé pour le libre (enseignement catholique), c’est une brique de plus de 500 pages, mais pas trop mal foutu. Il a le mérite d’être pratique et plein de conseils intéressants. Après, j’ai pas tout lu ;-)

Tiens, une fois de plus on ne parle pas du nombre d’heures d’éveil à la créativité, au dessin et autres futilités inutiles bien sûr ! Ca c’est mon dada, mon énervement perso, tout ce qui tourne autour de l’art, du dessin et autres, ça file toujours à la trappe… Et pourtant, ça construit aussi, non ?!

« Cinquième changement, la très forte cohérence donnée aux programmes de l'école maternelle, dont la finalité très clairement affirmée est de préparer les élèves à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul tout en conservant sa spécificité propre. »
Parce que bien sûr jusqu’à ces nouveaux changements, chez vous, les instit préélem, elles se la touillaient toute la journée en faisant garderie ! Waaaarffff !  Mais, bon, la cohérence entre les différents niveaux, c’est élémentaire.

« Nous avons désormais un devoir de réussite pour l'école primaire. »
Ca, on pourrait dire... école fondamentale non ?
Parce que le primaire sans les maternelles, 'fin les préélem, ça marche pas…
Mais au fait ... je croyais qu’on l’avait depuis toujours cet objectif-là, non ?
 
Hé, ça va faire du brol en plus votre truc ;-) "

Merci Line! Tu peux respirer et rester zen, maintenant ! Et bonnes vacances :-)

(*) : elles ne sont pas 'en plus' : les heures du samedi supprimées sont réparties en soutien en fin de journée, les stages/soutien pendant les vacances sont basées pour le moment sur le volontaria,t en revanche, les 60h de boulot en dehors de heures de classe (réunions/animped diverses et variées, suivi des élèves,rv avec les familles..) sont assez curieusement réparties, faudra que je regarde ça de plus près...
Lundi 10 mars 2008
  Mais n'y en a t-il qu'une?

   "J'ai toujours été un enfant très "scolaire", aller à l'école, au collège, au lycée, a presque toujours été facile au sens où je m'y sentais bien, à ma place en quelque sorte.
Ma chance et mon souci furent de figurer, jusqu'en terminale, parmi les meilleur-e-s de ma classe, mais jamais "le" meilleur (sur certains devoirs, mais pas sur les moyennes générales, où j'oscillai entre la 5e et la 3e voire 2e place).
Assez pour croire en mon intelligence (c'est plus tard que j'ai compris qu'adaptation scolaire et intelligence sont 2 choses différentes), et juste assez peu pour ne pas me croire au-dessus des autres, vu qu'il y a toujours eu meilleur-e que moi et que j'ai toujours respecté ceux qui étaient mieux notés, sans y voir d'injustice, j'étais plutôt admiratif.
Comme tant d'autres personnes, savoir qu'il y avait "meilleur" que moi avait plus de poids que savoir que beaucoup s'en tiraient moins bien que moi. En même temps mes parents m'ont toujours incité à ne pas me voir trop beau (qu'ils soient rassurés, si je suis fier de moi 1 fois par an, ça doit être mon plafond ou peu s'en faut).

Mieux que ça : le système scolaire m'a aidé à prendre confiance et m'a donné d'immenses joies.
Je n'exagère pas. Certains enseignants, en particulier en CP, en 4e, en 1e, m'ont aidé et donné avec une bienveillance qui allait bien au-delà de la pédagogie. J'ai pour eux une reconnaissance sans borne.
Grâce à eux notamment, et à des rencontres estivales, me vient l'idée de faire Sciences po. Le mieux côté, donc le plus difficile, Paris. Je sais seulement que des amis de la famille y sont passés, mais à la maison on ne m'en a jamais parlé. Enthousiasme immédiat de mes parents (de mon père, devrais-je dire), qui ont de toute façon compris que je ne suivrai pas leur voie en médecine. Sciences po, c'est ambitieux, ça compense suffisamment :-)

Ambitieux. Une partie de moi commence à me voir comme tel, et des copains  vont me le faire sentir (gentiment). Curieusement, je n'ai pas l'impression que parmi les copains, ceux qui sont pris en math'sup à Louis le Grand, antichambre de Centrale et Polytechnique, subissent les mêmes remarques, mais je n'en jurerais pas.
Je m'inscris en hypokhâgne, pas la meilleure de Paris, j'étais accepté dans une meilleure (wow, l'ego, cool) mais elle a une bonne prépa Sciences po. Je passe le concours de ce dernier, et en attendant les résultats je commence mon hypokhâgne.
Là, nous sommes plus de 60, je découvre des érudits, des profs qui nous demandent des quantités de travail et une maîtrise dont je croyais qu'il n'étaient pas pré-requis mais auxquelles on devenait nous amener progressivement.
J'ai peur. Je bosse mais je me sens dépassé dès la 1e semaine. Je connais la réputation des prépas de décourager les plus fragiles par des notes assassines, et j'angoisse à l'avance.
Angoisse de courte durée puisque les résultats de Sciences po tombent avant que j'ai rendu me spremiers devoirs importants.
Je vais à la cantine quand je vois ma soeur dans le couloir. qu'est-ce qu'elle fait là? Elle se marre et me crie "ça y est! c'est bon!" mais bien qu'il n'y ait qu'une seule explication possible à sa venue enthousiaste il me faut un moment pour réaliser.

Je suis pris. A Sciences po. Je fais partie des moins de 10% qui ont réussi le concours. Alors qu'en prépa d'été je n'étais pas le meilleur, et dans le groupe des plus faibles, je suis pris. Du premier coup.
J'ai un mal fou à y croire, et la joie qui me traverse est à la hauteur de ma surprise. Jusque là je voulais y croire, mais sans y parvenir véritablement.

Je profite de ma joie, et je fais bien car les coups de bambous arrivent. A Sciences po, l'ambiance, une connotation sociale extrèmement marquée, font que même un bourgeois de province comme moi se sent décalé au milieu du 7e arrondissement. Je bosse comme une brute, alors que certains affectent la décontraction tout en récoltant des notes enviables. J'ai beau soupçonner ce jeu des apparences, je subis néanmoins l'intox et je comprends que mon incapacité à dissimuler sera un handicap dans cette école. Une image de tâcheron commence à me tatouer, et je suis de plus en plus incapable de détromper les profs à mon égard.
Aucune catastrophe, quelques notes honorables, mais ce ne sera pas suffisant. Nous savons, à l'époque, qu'un tiers d'entre nous ne sera pas admis directement en 2e année. Le tiers restant (un tiers de chaque "conférence" de 20 étudiants) passe un examen de rattrapage, dont seuls 50% se sortent. Les autres sont virés. Nous sommes 4 amis "septembrisés", à passer un été de maboul à travailler comme des mules sur nos fiches. Mon meilleur ami et futur colocataire est viré.
Je "réussis". Mon impression se confirme.
Avant de faire la rentrée officielle, j'ai reçu mon relevé de notes. Etaient admis ceux qui avaient au minimum 144 points. J'en ai 144,5. Je sais comment ça fonctionne, et que certains entreront avec 140 voire 139 points, puisque le système est celui d'un quota déguisé, les notes sont là pour officialiser le classement. N'empêche, avant même de commencer je me sens rescapé de ce concours, et rapidement j'ai eu l'impression d'usurper ma place, comme si je n'avais pas vraiment le droit d'être ici (et pourtant je suis du bon côté de la frontière officielle). Aussi, lorsque j'apprends, après qu'on m'ait laissé de bons espoirs, que je ne passe pas d'office, je le prends pour une confirmation. Je suis toléré ici, mais je devrai toujours faire mes preuves sans y parvenir.

Frappant parallèle avec mon CP. Mes souvenirs les plus anciens, souvenirs précis en tout cas, ne sont pas familiaux mais de Cours Préparatoire. Une kyrielle de souvenirs. De ne pas oser lever la main pour demander à aller aux toilettes. Ce qui m'a valu de rentrer chez moi quelques dizaines de fois avec un pantalon de rechange, puisque je m'étais pissé dessus.
Timide. Timide et bègue, j'ai plein de copains mais je suis timide et bègue. Surtout quand j'ai la pression. Le regard de Mme Delagarde, voilà une sacrée pression, surtout que je sais qu'elle m'aime bien. Apprendre à lire, en CP c'est la grande affaire de ma vie, et un de mes bonheurs. La lecture à voix haute, j'en ai toujours fait un point d'honneur. Je calculais à l'avance quel passage de la leçon je devrais lire à l'avance, en prenant par précaution un paragraphe avant et après. Je le répétais dans ma tête, j'ajoutais le ton, et lorsque mon tour arrivait, j'avais bien sûr du mal à sortir les premiers mots mais ensuite je m'en sortais bien, c'était même ma fierté secrète.

Douze ans plus tard, alors que j'ai eu mes meilleures notes de bac aux épreuves orales, et malgré un sacré blocage en russe, j'estime que mon bégaiement devient résiduel et qu'il n'est plus un souci, encore moins un enjeu.
Mais à Sciences po, surtout dans un environnement social très marqué, dans un climat de concurrence, j'ai la pression d'emblée. Or cette école insiste beaucoup sur les prestations orales, le fameux exposé de 10 minutes, matériau de base des "conférences de méthode". Au bout de 20 minutes exténuantes, durant lesquelles je bégaie comme dans mes pires souvenirs (non, ce sont justement ceux-là mes pires souvenirs), buttant sur chaque mot, restant des dizaines de secondes incapable d'enchainer sur la suite, on me presse de conclure immédiatement. J'en suis péniblement à la moitié de mon exposé, qui devait ne durer que 10 minutes avec une élocution normale. Le regard brouillé, la poitrine oppressée, je bâcle une conclusion qui vient comme un cheveu sur la soupe. Toutes les 3 semaines environ, le calvaire se répète, pour mon désespoir et pour le plus profond ennui de mes camarades, qui seraient bien en mal de suivre le fil de la bouille que je leur sers par saccades.
Je bosse toujours plus, je demande des conseils, mais pas aux profs, et le peu de confiance en moi que j'avais accumulé durant l'été m'a définitivement fui.
J'ai envie de m'enfuir et tout ce qu'il me reste c'est tenir, m'accrocher stérilement au mât au lieu de tenir la barre vers des eaux plus clémentes.
Lorsque l'année suivante commence, je la prends comme un nouveau départ, et mes prestations orales sont un tantinet moins catastrophiques.  Mais malgré certains cours qui me réussissent, ma confiance en moi reste très faible, et ma certitude d'être là par hasard ou par chance est bien installée. Pour couronner le tout, dans ma section qui prépare aux concours administratifs, je suis le seul à dire ne pas être nécessairement tenté par l'ENA. Le penser est déjà rare, mais le dire est suicidaire, me condamne à être pris pour un rigolo.
Je double puis triple ma 2e année de scolarité (à 6000 francs par an !). entre temps, j'ai découvert avec bonheur la vie associative, où je m'investis énormément, où je me fais des amis sincères, et où j'apprends insensiblement à maîtriser ma parole, jusqu'à devenir un orateur régulier des assemblées générales auxquelles je participe (pas le plus brillant, mais sans sentiment d'usurpation).

La suite est en dents de scie. En résumé, une déception quasi définitive du système éducatif français, machine capable de gâcher des élèves qui pourtant y réussissent (3e cycle réussi, 2 concours sur 3 réussis). Je suis devenu prof, en collège, et suis reparti presque aussitôt.
Aujourd'hui la question se pose de retourner voir le système de près, soit pour reprendre des études soit pour donner des cours dans le supérieur.
Une petite voix me dit de laisser tomber, que je suis mieux loin de tout établissement scolaire ;-)
Pourquoi pas.
"

Merci Arbobo.

Jeudi 14 février 2008
Un exemple de la torture morale en vigueur dans certaines écoles, c'est un scandale, ma bonne dame, et je pèse mes mots, mon bon monsieur.

Rififi, rudement éprouvée par cet épisode, ose enfin se livrer.
Elle nous raconte:

«Cette année-là, les maitresses ont décidé d'innover.
D'où vient l'idée je ne sais pas, je ne me rappelle pas avoir entendu parler d'un autre endroit où cette méthode est mise en place, l'une des 2 est la directrice, ça explique peut-être la mise en place de la chose.
Il y a 2 classes par niveau dans mon école, donc 2 CM1.
Les 2 maitresses se connaissent très très bien, et elles décident de faire enseignement commun en français et en math, par niveau, en mélangeant les classes.
Sauf que je fais un peu la gueule parce que :
•je suis normalement dans la classe de la maitresse gentille
•comme il y a des niveaux, je me retrouve avec la dirlo que j'aime pas
•normalement ma maitresse part en classe de neige tous les ans, et à cause de ce ?!!@!?∏¿%#? de truc on ne va pas y aller. C'est déguelasse !! :-(

Mais le pire est à venir…

Elle ont imaginé un truc infâme pour nous faire apprendre les tables d'addition et de multiplication.
On doit les apprendre dans le désordre.
Mais dans l'ordre.

J'explique, il y a un ordre spécial, qui n'est pas l'ordre croissant.
Par exemple, table de 2. Au lieu de 2x0, 2x1, 2x2…  on  apprend 2x9, 2x6, 2x4, 2x8, …
Et un ordre encore différent pour les additions.
C'est clair ?

C'est l'enfer. Non seulement il faut apprendre les tables, mais en plus un ordre tordu.
Parce que le piège est là, pas question de les réciter dans un autre ordre.
Panique complète dans les classes, il faut dire que quand à une interro vous vous prenez un 0 pointé alors qu'il n'y a strictement aucune faute, mais que ce n'est pas écrit dans l'ordre choisi par ces dames, ça perturbe un peu.

Résultat, réunion(s ?)  de parents d'élèves épiques, les mères scandalisées racontent les crises de larmes, appétit coupé, allergies, pipi au lit et Cie de leurs rejetons-et-tonnes.
Véridique, j'exagère pas. Je ne m'en rappelle pas, mais il paraît que j'étais dans ce cas là.

Je crois que les parents ont obtenu l'annulation des mauvaises notes, mais rien à faire sur la méthode.
Soit disant pour qu'on n'apprenne pas les résultats dans l'ordre sans savoir calculer.

Résultat, j'ai appris mes tables normalement, et j'ai aussi appris l'ordre dans lequel les réciter, comme 2 n° de téléphone. Par cœur, comme il fallait pas le faire.
N'importe quoi.»

Merci Rififi.
Mardi 12 février 2008
La remontée de C.

«Voila j'ai 28 ans et il y a 5 ans j'ai fait une dépression.

Commençons par le début, j'ai toujours été une enfant et une ado solitaire : pas ou peu d'amis. J'étais douée à l'école mais je n'avais aucune confiance en moi. J'avais l'impression d'être le souffre-douleur des autres gamins du collège (on est très con a cet âge -la !). En gros j'étais nulle et moche.
En plus j'étais nulle en sport et ca avait l'air beaucoup plus grave que d'être nulle en math ! ;-)

Au lycée ca c'est arrange, j'ai eu plus d'amis et grâce à certains profs j'ai pris un peu confiance en moi.

Mais 3 semaines avant mon 17ème anniversaire, mon père est mort d'un cancer foudroyant. Sur le moment tout le monde a trouvé que je supportais bien le choc, surtout comparé à ma mère. En fait j'avais l'impression d'être responsable d'elle et j'ai refusé d'être mal tant qu'elle l'était.

Après le lycée j'ai intégré une prépa pour école d'ingénieur. Là, tout de suite, ça a pas été mon truc. Les autres passaient leur temps à faire la fête et moi à bosser. Je voulais être la meilleure pour que ma mère soit fière de moi.
Je me mettais la pression toute seule et en plus j'étais sûre de ne jamais y arriver. Après 4 mois mon généraliste m'a mis sous Zol*ft pendant 6 mois. Ca m'a permis de remonter un peu et surtout de finir la prépa.

A 20 ans j'intègre une école d'ingénieur. Là, je me sens en décalage avec la plupart des autre élèves. J'ai l'impression de leur être inférieure, au moins socialement : ma mère n'est que prof et n'a pas plein de relation !!!
En plus même si j'ai de très bons résultats, j'ai l'impression d'être nulle. Les autres ont à peine moins mais, apparemment, sans bosser (moi je ne fais que ca: peu de sorti,à part un ciné par semaine…) !

En dernière année, ca devient l'enfer : beaucoup plus de boulot mais cette fois je n'ai pas envie de bosser. J'en ai marre. Je me demande à quoi ca sert tous ces cours par des profs (pour la plupart) méprisants et qui n'en ont rien à faire des étudiants. Je dors plus, mais je refuse d'aller voir le médecin ça va me retarder pour mon travail (je sais c'est crétin comme habitude !).

Viens enfin les examens que je passe comme dans un cauchemar : je ne me rappelle de rien, je m'endors pendant les épreuves mais pas la nuit…

On enchaine direct avec un stage. Je le fais dans le labo ou je veux faire ma thèse. Là, je descends a un autre niveau d'enfer.
J'ai 2 chefs qui peuvent pas se voir et se disputent à travers moi, en particulier en me donnant des ordres contraires…
L'un est plutôt sympa quand même et essaie d'arranger les choses.
Par contre l'autre (son supérieur) est un bitard misogyne.
Déjà comme je n'ai pas eu de bonne notes à un de ses 2 exams (mais la meilleure note de la promo à l'autre) il considère que je suis nulle.
Et en plus je suis une fille qui veut faire un métier d'homme : chercheur.
Comme il trouve rien à me reprocher dans mon travail, il inspecte mon cahier de labo et là j'ai droit à un « J'ai jamais vu un cahier aussi sale pour une fille ! ».
J'ai envie de mordre mais je ne dis rien. Ce stage se finit.

Une semaine de vacances et c'est parti pour un stage dans un laboratoire pharmaceutique à Paris. Mon maitre de stage commence par me dire qu'on lui a imposé mon sujet et que lui ça l'intéresse pas. En plus je suis une fille donc forcement pas dégourdie. Et pour finir je suis obèse donc molle.
Le reste du stage est à l'avenant : il cherche à me faire craquer. Ce qui arrivera quand je prépare mon oral de fin d'étude. Crise de nerf. Lui, ça l'amuse. A la fin du stage, son seul commentaire c'est: pourquoi je veux faire une thèse, je suis vraiment trop nulle pour ça.

Pendant ce stage un de mes rares amis (pas proche) meurt d'un cancer en mai.

Un mois de vacances que je passe à glander dans mon studio à Montpellier et la thèse démarre. On est 2 à commencer en même temps : moi et un mec.
Pour être plus clair par la suite, on va l'appeler S...
Ma cheffe est C. et je travaille avec 2 techniciens A. et J.
Le big boss du labo c'est G.
Il y a d'autres techniciens et chercheurs dans le labo et au total on est à peu près 30.

Au début tout va bien. En plus j'ai démarré un régime et ça se passe bien aussi. J'ai enfin l'impression de réaliser ce que j'ai toujours voulu faire.
Ca va durer 2 mois. Avec les horaires de dingues (8-20h avec 45 min max pour manger), les remarques des techniciens du genre : t'es encore étudiante, t'es nulle et tu dois faire tout ce qu'on veut, et ma cheffe qui ne me fait aucune confiance et est tout le temps sur mon dos.
Alors je me refugie dans mon régime. Ca m'obsède. Je ne pense qu'à ça. Une fois maigre tout va s'arranger, j'aurais plein d'amis….

Je dors de moins en moins bien. Au labo les relations sont de plus en plus tendues. En le big boss a décrété que S. était un génie et moi bonne à faire le café pour les invités ! Chaque jour ça devient plus dur d'aller bosser.

En mai, j'ai perdu 25kg. Je m'achète plein d'habits. Tout va aller mieux. Ca dure à peu près 3 jours.  J'apprends alors qu'un autre ami de l'école d'ingé (dont je me sentais assez proche même si je ne l'avais pas vu depuis 5 mois) qui était en thèse dans un autre labo se suicide. Je l'apprends mais je ne dis rien de la journée. Le soir j'éclate en larmes au téléphone avec ma mère.

Je ne dors pas du tout. Le médecin m'arrête pour une semaine, alors  je rentre chez moi.

Depuis que je suis ado je me suis toujours dit que le suicide serait peut-être la solution. J'ai l'impression que mon ami m'a montre la voie. Je ne pense qu'à ça. Comment faire ? Dans un labo de chimie ça ne devrait pas être trop dur d'y arriver. Mais d'un autre côté est-ce que je peux faire ca à ma mère ? Perdre sa seule fille après son mari ?

Mi-juin, S. m'engueule pour rien, je craque et je passe 2h enfermée dans les WC à pleurer. C. propose de m'emmener aux Urgences psy plutôt que de me laisser rentrer seule chez moi. Je crois qu'ils ont peur au labo.

Je passe 2 semaines aux services psy. Ils essayent de trouver les bons médocs mais sans vraiment mettre un suivi en place. Ma mère est là tout le temps.

Je suis arrêtée pour  2 mois. Je rentre chez moi. Au début, ça va, mais plus on se rapproche de la date de ma reprise de boulot, plus j'ai des crises d'angoisse.

Le médecin m'arrête alors jusqu'à Noël. Je me sens mieux.

Pour ne pas m'ennuyer, je suis les cours d'histoire à la fac. Je vois un psy comportementaliste et ça a l'air d'avancer.
Je reprends le labo le 1er Décembre. Tout va bien pour environ 2 semaines. On me fout à peu près la paix.
Et puis ça recommence.
Je suis nulle, je ne travaille pas assez, S. est bien meilleur, je suis une petite nature, je ferai jamais un bon chercheur…

Je tiens jusqu'à Noel.

Les vacances me font du bien malgré 2 ou 3 crises de nerfs. Je reprends le boulot. Tout se dégrade. Je veux mourir. Ma mère  (qui détestait les animaux) m'offre un chat mi-janvier en espérant que ça m'aidera.

Je suis alors suivi par une psychologue. Elle a décide que tout mes problèmes venaient de secrets cachés dans mon enfance. C'est possible. Je n'ai appris qu'après la mort de mon père que j'avais 2 demi-frères !  Mais il n'y a pas que ca. En plus mon problème immédiat, c'est le labo !

Le mercredi, elle me pose comme question « pourquoi je ne me suicide pas si j'ai tellement envie ». Je lui réponds pour ma mère. Elle me dit qu'on ne vit que pour soi. Ca me trotte dans la tête pendant 2 jours. Nouvelle crise de nerfs au labo. Le samedi ça va mieux, surtout que je suis à nouveau en arrêt maladie et que je dois rentre chez moi le lendemain.

Dimanche j'ai 25 ans. Je dois prendre le train mais je la rate. Je suis fatiguée, avec mon gros sac d'un côté et chat de l'autre. J'avale tout mes Xan*x (30 ou 40).

Je me réveille à l'hôpital. 2 jours plus tard je suis transférée en Clinique.
Ca se passe très mal. Je ne comprends pas pourquoi je suis là. Je m'emmerde. Les médecins se contentent de prescrire des médocs.

Je fini par réagir comme on veut que je le fasse.

Je sors au bout de 6 semaines. Je reprends le labo lundi. Le soir je prends tout les médocs que j'ai chez moi. Ré-hospitalisation. Cette fois on m'envoie dans une clinique près de chez ma mère. 4 semaines d'ennui absolu sans autre traitements que des médocs.

Je démissionne de ma thèse et je déménage de Montpellier. C'est l'échec total de ma vie.

Nouvelle prise de médicaments et séjour à l'hôpital de 6 semaines. Pas plus de soin à part les médocs. Le médecin ne passe que 15 mn par jour et encore pas tous les jours. Je n'ai rien à dire aux autres patients. Je m'ennuie comme jamais. Les médocs affectent mes capacités de concentration et de mémorisation. Je ne peux même pas lire ! Alors qu'avant je pouvais lire jusqu'à un roman par jour.

Je fini par comprendre comment les médecins veulent que je réagisse pour me laisser sortir. Alors je fais semblant et on me laisse sortir.

Cette fois je tiens 4 semaines avant une nouvelle TS, toujours avec des médicaments. Celle-là est beaucoup plus sérieuse. Je reste 24h dans le coma et je me réveille dans un service de réanimation, avec un tube dans la bouche. J'ai mal.

On me renvoie en hôpital psy. Toujours le même. Les médecins sont toujours aussi absents. Pour moi c'est plus une prison qu'autre chose. Comme il était prévu que je reprenne un DESS en septembre, histoire de m'occuper, je sors au bout d'un mois.

Je suis suivi par un psychiatre comportementaliste une fois par semaine. J'ai pas franchement l'impression que ça m'aide beaucoup si ce n'est pour exprimer mes angoisses.

Par contre à la fac, ça se passe plutôt bien, au début, même si j'ai l'impression de ne rien avoir à dire autres étudiants. C'est comme si j'avais vieilli de 10 ans.

Très vite il y a le stress des examens. J'ai du mal à travailler. Je ne vois pas de but.

Les examens se passent. Je dois aller faire un stage en mars dans le sud de la France. Je suis sûre que ça va mal se passer. D'ailleurs pourquoi ça se passerait bien ?

Et là, c'est la surprise. Mon maitre de stage est génial. Il a compris ce qui m'était arrivé. Il me donne du travail facile au début puis peu à peu plus compliqué. Et surtout il me fait au moins un compliment sur mon travail par jour. Pour la première fois depuis longtemps je n'ai pas l'impression d'être nulle.

Tout doucement je remonte. Les résultats du DESS arrivent en juillet. Je suis majeure de promo. Mon maître de stage me dit que ca ne l'étonne pas, que je devrais essayer de refaire une thèse, que je suis faite pour la recherche.

Je commence donc à chercher une thèse. En France c'est toujours la même réponse : vous êtes trop vielle. C'est vrai ça: j'ai déjà 26 ans !!!

A l'étranger, c'est un peu mieux. Mais finalement ce que me propose ce n'est pas une thèse mais un boulot d'ingénieure à Dxxx. J'accepte. A près tout, j'ai rien à perdre.

Je me sens mieux mais je suis terrorisée de partir à l'étranger.

Et la c'est le déclic. Je me fais de vrai ami(e)s. Mon chef est plutôt cool et plus ca va plus j'ai de responsabilités. J'arrive à nouveau à lire. Et je me redécouvre un hobby : les bijoux en perles.

J'ai l'impression d'être comme avant. Excepté que pendant ma dépression, j'ai pris 30 kg, que je n'ai pas vraiment le courage d'essayer de perdre.

En fait non, je ne suis pas comme avant, je suis mieux. J'ai toujours des crises d'angoisse et des moments où je me trouve nulle, mais globalement j'ai beaucoup plus confiance en moi et même si je suis obèse, ben je m'aime bien quand même ! ;-)

Pour conclure, j'ai l'impression de m'en être sortie pas vraiment grâce aux médecins mais plutôt grâce a mes amis, 2 chefs qui m'ont fait confiance et surtout grâce a ma mère qui a toujours été là dans les moments de crises.»

Merci C. pour ce témoignage.

Meroww


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