Samedi 10 mai 2008
    Dans le JdesPsys ** de ce mois, un article de H.Garner-Moyer s’intitule:
“Le poids de l’apparence physique dans la décision d’embauche”.
C’est un bon digest de ce qu’on sait déjà, je vais donc vous faire un résumé des propos de Mme Garner-Moyer, car 100 fois sur le métier...Qqes phrases entre crochets quand je veux râler tout de suite là maintenant.
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    Les caractéristiques les plus accessibles aux autres d’un individu lambda sont l’apparence physique et l’identité sexuelle.
Le  concept d’interaction de Goffman permet de  comprendre l’influence de l’apparence physique dans les relations sociales, puisque tout peut y être considéré sous l’angle du corporel:
“l’acteur social, impliqué dans une multitude de situations sociales, utilise son corps et ses apparences en fonction des définitions qu’il donne à ces situations et développe des stratégies adéquates.”
D.Picard prolonge Goffman en estimant  que “les interactions sont soumises à un code normatif, à un ensemble de règles culturelles où le corps (et ses apparences) prend valeur de signifiant. Les apparences corporelles en situation d’interaction fournissent en effet, une sommes d’informations sociales sur les acteurs sociaux parce qu’elles résument  partiellement ou complètement l’identité sociale de ceux-ci”.
La première recherche sur le poids de l’apparence dans la décision d’embauche date de  1958 (B.M.Springbett).
S’en sont suivies des analyses sur les avantages d‘un physique séduisant dans le milieu professionnel, notamment par des chercheurs anglo-saxons dans les 70’s (la psychosocio entre dans le champ de la gestion du personnel).
La psycho socio a continué à explorer cette question dans les 80’s et, dans le milieu des 90’s  s’y sont mis les économistes: lien entre beauté et productivité, et beauté et rémunération (D.Hamermesh et J.Biddle).
[alors ... la définition de la beauté?on peut s'écharper longtemps, mettons qu'il s'agit des standards en cours]
Justement, les économistes ont  tardé à se pencher sur cette pbmatique, en raison d’une fiction d’un homo economicus rendant délicate l’intégration des caractéristiques individuelles dans les modèles économiques.
Or les théories de la discrimination proposent des grilles d’analyse applicables à l’apparence, à l’instar du genre ou de l’âge.
Elles sont fondées sur  l’idée que l’employeur va chercher à diminuer l’incertitude des infos du marché du travail via des signaux informationnels indirects qui révèleraient des données sur la personnalité et les qualités intrinsèques d’un individu.
“D’après ces recherches, l’apparence physique d’un individu, et plus précisément sa plus ou moins grande beauté, va influencer sa trajectoire professionnelle: son insertion comme son évolution professionnelle ne sont pas indépendantes de son degré de beauté.”.

Le stéréotype ‘ce qui est beau et bon’ altère notre jugement :
”les mécanismes d’attribution et d’attente conduisent  à porter un jugement globalement positif et  indulgent sur la personnalité et les comportements des individus beaux, ce qui confère à ces individus un statut social particulier.Ils sont jugés comme détenteurs de plus de qualités sociales, relationnelles (charisme, capacités de communication, force de persuasion...), mais aussi intellectuelles que les autres (...)”
Mais attention:
“ Ce n’est pas directement  l’aspect extérieur de la personne séduisante qui provoque cet effet, mais les attributs positifs associés à son apparence.”
Càd: c’est socialement construit. Pour mémoire:
"Des psychosociologues américains (Eggly et all 1991)  ont  montré que la culture US associe systématiquement la beauté à des qualités positives (sociabilité et popularité, notamment à l’égard du sexe opposé) et la laideur  à des caractéristiques individuelles négatives."
Confer les héros de ciné, de tv ou de pub.
A.Down et C Harrisson 1985 ont analysé le contenu verbal des messages pubs tv:
“les assertions exaltant les avantages d’un physique attractif sont extrêmement répandues et contribuent  à façonner les représentations des téléspectateurs, notamment des enfants.Il convient néanmoins de souligner que la culture populaire juge polairement la beauté; le stéréotype ‘what is beautiful is good’ contient un revers: les individus séduisants  sont par fois perçus comme ayant d’avantage d’inclination à la vanité et à l’égoïsme.”

Au sujet de la sphère professionnelle.
“Les jugements des employeurs peuvent se fonder sur 2 types de signaux non verbaux:
des signaux statiques (par le biais de la photo accompagnant le cv)
et des signaux dynamiques comme le regard, les attitudes, le ton de la voix (au cours de l’entretien).
Nous pouvons donc distinguer 2 temps de l’analyse de l’impact de l’apparence: avant l’entretien, où les stéréotypes et les a priori vont se fonder sur la photo, et pendant l’entretien, au cours duquel se dégage la  1ère impression sur l’individu, concentré de jugements a priori et en cours de formation sur l’individu à partir de son apparence extérieure.” 
          

L’apparence dans le filtrage des cv
En laissant de côté les candidatures par cooptation, où le niveau d’information sur le candidat est plus élevé et considéré comme fiable, lors de recrutements concurrentiels (cad avec grand nombre de postulant-e-s) le recours à la photo pour apprécier les qualités intrinsèques de l’individu est un critère de sélection au même titre que le diplôme ou l’expérience dans le métier.
(exemples extrêmes: sites de  candidat-e-s à des stages, où il faut cliquer sur une photo pour être informé sur le-la candidat-e)

Au niveau cognitif, l’apparence physique constitue un stimulus non négligeable dans le tri des cv:
“à un type d’apparence vont correspondre des attentes spécifiques et réciproquement.”
Les réponses au signal de l’apparence sont d’autant plus nettes et profondément ancrées qu’elles sont automatiques: plus l’évaluateur est pressé ou stressé, plus ce processus de réponse sera activé et  les biais en faveur des plus séduisants apparaîtront.
D’après Baudoin,Tiberghien 2004, "les caractérisiiques matures du visages (saillance des pommettes, pilosité) seraient les plus fortement associées aux dimensions de compétences et de qualifications."
[j’aurais dit masculines plutôt que mature, mais j'ai l'esprit mal tourné sûrement]

La première impression
Les préjugés inférés sur le candidat lors de la vision de la photo du cv vont sans doute influencer  les impressions de l’entretien : “le stéréotype est, dès lors, susceptible d’entraîner un phénomène de «confirmation perceptuelle»:«l’impression que le recruteur se forme du candidat tend à se conformer aux attentes que le recruteur détient à propos du candidat»” (O.Klein, S.Pohl 2007).

On sait que pour certains consultants et chasseurs de têtes, le jugement sur l’apparence peut être tout à fait conscient et faire l’objet d’une notation: la “valeur personnelle” du candidat, qui complète la “valeur professionnelle”, est fortement corrélée avec la présentation du candidat:
des considérations esthétiques, de caractéristiques physiques, d’atouts corporels du côté de la culture physique (sport), de façons de se présenter forment l’opinion sur la  personne elle-même.
“Il apparaît  que«le jugement moral et esthétique complète donc le jugement sur les capacités managériales et sur l'excellence professionnelle.» (Gautié,Godechot,Sorignet)"

Instrumentalisation de l’apparence
On sait que les entreprises  instrumentalisent la variable ‘apparence physique' à des fins de promotion de leurs produits ou de leur image.
Avoir le ‘physique de l’emploi”, une fois l’évaluation première passée, peut aussi correspondre plus ou moins bien à  l’image de marque de l’entreprise.
Il faut distinguer l’apparence-vitrine, image de l’entreprise,  à usage instrumental (remporter l’adhésion d’un public)
et l’apparence symbolique, représentative du poste occupé, à usage symbolique (l’apparence est alors la représentation du respect dû à ces interlocuteurs, du sérieux de la fonction et des responsabilités attachées).

Quels canaux pour cet impact de l’apparence sur la décision d’embauche.
- Un 1er courant de recherche propose que “l’apparence n’influence la décision d’embauche que lorsque beauté et séduction constituent un critère central du poste à pourvoir.”

- Un autre courant “suggère qu’un apparence séduisante influe positivement la décision d’embauche lorsqu’elle est précisément et positivement reliée à un stéréotype de la fonction à pourvoir. Ce courant s’appuie sur la théorie de la personnalité implicite (...).
Plolinko et Popovich 2001 posent une hypothèse centrale pour comprendre cette influence: les biais liés à l’apparence physique sont fonction de la correspondance perçue entre les compétences sociales requises pour un poste et celles attribuées à un candidat.”

Pour des postes à hautes compétences sociales, les candidats séduisants seront préférés, car, dans la théorie de la personnalité implicite, de meilleurs compétences relationnelles leurs sont attribuées d’emblée.
Les compétences requises par les postes peuvent varier selon l’exposition ou non au public et  la façon dont les recruteurs vont en faire un critère au regard de l’image qu’eux ont de ce poste (ex: une réceptionniste téléphonique pourrait avoir un physique indifférent, mais les recruteurs reste attachés aux stéréotypes de séduction dans les critères d’embauche).
Cet effet joue notamment dans les fonctions de commercial: plus on est beau, plus on aurait des compétences relationnelles élevées et  plus on vendrait.
”Plus finement, la dimension séduction de l’individu peut avoir un impact plus ou moins fort en fonction de l’expérience professionnelle de celui-ci; ainsi, une femme expérimentée bénéficiera moins de cette prime à la beauté, ses compétences professionnelles seront privilégiées, tandis que, dans le cas d’une femme néophyte, l’apparence jouera davantage comme élément subjectif susceptible d’influencer le jugement de l’acheteur.”
D’ailleurs des études ont  montré que le client est influencé dans sa décision d’achat par l’apparence du vendeur; “le mécanisme des prophéties autoréalisatrices semble donc effectif dans le cas des métiers de la vente avec contact en face-à-face avec la clientèle."

Mais pour certains postes, ces stéréotypes fonctionnels peuvent être désavantageux (Snyder, Berscheid et Matwychuk 1988)
Exemple: un libraire verrait sa séduction être un inconvénient.
Là, le même processus de stéréotype est à l’œuvre: la beauté, pour certains métiers/fonctions, est une marque de légèreté, de futilité, de manque de profondeur....elle est décrédibilisante.

- Un dernier courant s’inscrit dans la lignée des stéréotypes sexuels :
” une apparence séduisante est un atout seulement si le poste est considéré comme approprié avec le sexe du candidat.
Ainsi les femmes séduisantes sont moins embauchées pour des postes de management que les autres, car des compétences managériales plus élevées sont d’emblée attribuées aux hommes.”

De Bossecher, Desrumeaux-Zagrodnicki 2002  “concluent que l’impact de la beauté varie selon le niveau hiérarchique:
pour un poste subalterne, le candidat attirant est préféré,
mais pour un poste élevé, la beauté favorise les hommes et défavorise les femmes.
Selon [ces recherches], le prototype masculin associé à ce type de poste semble être incompatible avec la beauté féminine (...) le poste de manager requiert des capacités jugées masculines,(..) et la beauté des femmes semble être un  rappel de leur appartenance au sexe féminin. ou encore synonyme de légèreté et   futilité.
La difficulté ici est de distinguer ce  qui relève du fait d’être une femme de ce qui relève du fait d’être séduisante.”
[oui, là c'est moi qui souligne]
Rosen et Jerdee 1974 ont expérimenté ces hypothèses et indépendamment de l’apparence physique, “aboutissent à la conclusion que pour des postes de directions, les hommes sont préférés aux femmes à qualifications équivalentes.”
Rappel, 30 ans plus tard: les femmes forment 45% de la population active mais 17% des postes de dirigeants, dont 13,4% dans la fonction publique (Smée, Novethic, 2005).
Cash Gillen & Burns 1977 ont mesuré de l’effet combiné du sexe et de l’apparence physique: ils distinguent l’influence de l’apparence en fonction de 3 types de postes jugés masculins, féminins ou neutres [heu.... ça pose certes un pbme de définition desdits postes...].
“Ils concluent que l’apparence physique influence les décisions de recrutement en avantageant les candidats séduisants à condition qu’ils postulent à des postes en adéquation avec leur sexe. Pour les postes neutres, les candidats séduisants sont toujours préférés, qqe soit leur sexe.”
Ils supposent que l’impact de l’apparence physique pourrait s’intensifier pour des postes élevés.”(...) être une femmes n’est pas en soi défavorable pour obtenir un poste de manager mais être une femme séduisante revendiquant une apparence féminine l’est assurément.”
Bref: être séduisant est un avantage si l'on respecte les stéréotypes sexuels en vigueur dans le milieu professionnel.

Conclusion:
On peut donc parler d’impact réel de l’apparence physique au moment du recrutement.
 En ce qui concerne la poursuite de la carrière, l’influence devrait être moindre, puisque l’employeur dispose de plus d’infomartion sur son employé-e, et cependant,"des différences de promotions et salaires ont été constatées au profit des salariés séduisants dans des études récences (Garner-Moyer 2007). Les mécanismes d’attente et prophéties autoréalisatrices sont susceptibles d'expliquer celles-ci.".
Mais prouver cet impact durant la vie professionelle est plus difficile que lors du recrutement, conclut l’auteure.
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        Bien: rien de nouveau sous le soleil, donc.
Je ne vais pas trop en rajouter, car, c'est déjà long, mais:

L’en -ête de l’article nous dit:
“Cette étude s’attache essentiellement à élucider les mécanismes psychosociaux par lequel s’opère cette influence.”
   C’est sûr que dans un article  on ne va pas forcément développer sur les aspects historiques d'une culture, les rapports sociaux de genre, ou sur l’âgisme en cours, mais, tel quel, il m’a laissée sur ma faim.
Edit: rectif , voir comm n°2

  A vrai dire, sauf les noms/dates des expés citées (je ne retiens jamais les réfs, ouh la honte) j’avais eu qqes infos là dessus, et en cours de psycho sociale et en psydiff, et nous en étions arrivés à nous dire que finalement, puisque tous ces effets étudiés sont socialement construits, il faudrait se pencher sur ce qui est en amont.
  Par ex, comme cité plus haut: “les assertions exaltant les avantages d’un physique attratif sont extrêmement répandues et contribuent  à façonner les représentations des téléspectateurs, notamment des enfants”...
Ok ce qui est utlisé, diffusé et prôné découle de ce qui (pré)éexiste, sinon films et pub ne s’appuieraient pas dessus, mais ça devient un amont pour les générations qui l'absorbent à défaut de toute autre connaissance aussi massivement ingérée sur autrui.
  Alors?

   Au fil des cultures et des époques, les canons de beauté, cad les attributions que nous faisons à chaque caractéristique physique ou à leur agencement, changent.
Pour ne parler que de l’occident, “nous” donc, l’iconographie dont nous sommes quotidiennement bombardé-e-s imprègne nos façons de voir les autres et de leur attribuer telle et telle qualité personnelle, cette iconographie est prégnante dans notre culture depuis qqes décennies, ce qui était moins le cas aux époques précédentes: comment pourra t-on modifier ces critères d’attributions, puisque déjà il est extrêmement difficile de donner à voir à nos imaginaires des physiques non standards (films, tv pub papier ou pas...)
Les *vraies * gens ne nous font pas rêver, majoritairement, et je ne parle de façon globale, pas simplement de séduction sexuelle; et même, nous avons désappris à porter sur le quelconque des jugements positifs.
Il doit bien être possible de le réapprendre sans que ce soit un effort de volonté personnelle allant à contre courant..

   En attendant.. pour trouver un job...


Qes définitions au cas où:
Attribution
Inférence ayant pour objectif d’expliquer un événement ou de déterminer les dispositions d’une personne.Elle correspond à « une cause » perçue qui peut être erronée.
La question des attributions rejoint celle des images sociales de la personne :
Dans le contexte professionnel, décrire un métier, c'est décrire les qualités de celui qui l'exerce. Nous avons des théories implicites sur la personnalité des gens, attribuées en fonction de leur profession ( un comptable est rigoureux, un vendeur est extraverti…).
Représentation sociale
Une forme de connaissance sociale, la pensée du sens commun , socialement élaborée et partagée par les membres d'un même ensemble social ou culturel .
C'est une manière de penser, de s'approprier, d'interpréter notre réalité quotidienne et notre rapport au monde, de prendre des positions dans un ensemble de rapports sociaux et d’ordres symboliques.
Stéréotype
Ensemble des croyances concernant les caractéristiques que partage un groupe de gens.
Ce sont des théories implicites de la personnalité que partagent l’ensemble des membres d’un groupe à propos de l’ensemble d’un autre groupe ou du sien propre.
Les stéréotypes peuvent ainsi  être envisagés comme étant liés à un processus de catégorisation, c’est à dire d’une classification ou découpage simplifié de l’environnement en termes de catégories.

Théories implicites de personnalités:
A partir de quelques indices, on peut se faire une idée générale de la personne, et  pour Bruner et Tagiuri 1954, si nous donnons une certaine cohérence aux observations et aux informations qu’on a pu avoir d’une personne, c’est que nous avons des connaissances préalables sur la personnalité d’autrui et c’est ce qu’on appelle les TIP.
TIP:Théories naïves (pas vraiment explicables par le sujet, émanant du groupe social dont il est issu, et pas forcément insconscientes) que chaque individu a de la personnalité et qui rendent compte du fait que les gens considèrent que certains traits de personnalité vont généralement ensemble et d’autres non, ils vont donc introduire des cohérences dans la description d’autrui. Croyance générale à propos de la fréquence d’un trait, à propos de sa variabilité et de sa liaison avec d’autres traits.
Lundi 5 mai 2008
   Vous attendez un post?
Ben moi aussi.
Haha.
En fait, la moulinette, déjà pas bien loin des yeux ces derniers temps, commence à m'envahir le champ de vision.
Dans tout pile 15 jours je vais replonger dans la pédag'eau, et m'y asphyxier, comme de bien entendu.
D'ici là j'essaie d'être une *vraie gens* normale, d'autant plus que côté pieds, ça s'améliore vraiment (enfin! j'y croyais plus!).
Sauf que les vraies gens peuvent sortir balader et tout ça..
Je suis casanière, pour plein de (mauvaises?) raisons, mais là, la restriction entre 4 murs, c'est bon, j'ai bien soupé, ça frise l'indigestion, voyez.

Et donc, comme déjà dit j'ai lu plein de trucs (le 3 ème carton, quoi)  en vrac,  B.Gour, A.Paasilinna,  E.De Luca, N.Huston, M.HAUSHOFER (déjà évoquée là et que je vous re-recommande bouillamment **), P.Chamoiseau,  puis je sais plus quoi, car je n'ai pas noté, et que j'oublie quand je fais pas l'effort de retenir, ce qui est un scandale ma bonne dame, car quel gâchis, mon bon monsieur,
et dont émerge cette claque ci:
"Le pays où l'on ne meurt jamais"
d'Ornela VORPSI
voir ou
Et préfacé comme suit:
"Je dédie ce livre au mot humilité, qui est absent du lexique albanais. Une telle absence peut donner lieu à des phénomènes très curieux dans la destinée d’un peuple."
Où les filles et femmes non laides sont d'abord des putes (sic).
Le moment où la narratrice raconte que c'était seulement quand elle tombait malade qu'elle était traitée en enfant (le reste du temps en future 'pute' parce que jolie) m'a sonnée.
Edit: je précise que dans l'acceptation des gens décrits par le bouquin, la 'putinerie' (sic) est une insulte - en être seulement soupçonnée (et le soupçon se base simplement sur l'apparence physique) génère le plus profond mépris. Il va de soi que je ne me place pas dans cette ligne de pensée.

Adage albanais : “Vis, que je te haïsse. Meurs que je te pleure.”
Il ouvre des perspectives....du côté de la construction des rapports sociaux, comme de celui des structures psychiques. Et réciproquement.


Asinus Asinum fricat...
(non c'est pas une fricassée d'équidés.)
Mardi 8 avril 2008
Ce post était resté dans les brouillons...je le sors sinon il va devenir un catalogue...vu que je fais pas de critique, s'pas.
 (faut aller chez Leirn, ou chez Anna pour ça :-))

  Je bouquine, évidemment.
Mais j'ai un peu de mal à me concentrer encore, alors, comme par chance, on m'a prêté des bouquins qui racontent des histoires, j'ai lu, notamment, le célèbre
L'Immeuble Yacoubian
Alaa El Aswany
Actes Sud 2006

Un roman  dont l'auteure m'était parfaitement inconnue:
Le Mur invisible (Die Wand,1968)
Marlen Haushofer
Actes Sud 92
extrait
extrait2
Et je vous le recommande bouillamment, tant pour le récit que pour l'écriture nette et sans pathos qui ne vous 'capture' pas dans l'émotion et vous laisse mettre au jour la vôtre dans la situation proposée.

Des mémoires, celles de JF Revel
J'avoue j'ai un peu zappé le dernier tiers, j'en avais un peu ras le bol.. c'est informatif sur une vie au sein d'une caste particulière, mais bon.. ça me soûle justement cette 'caste' là.
De plus j'ai toujours la gerbe quand un mek conte, fut-ce factuellement et juste pour info, qu'il cherche un claque ou une liaison adultère, et regrette les difficultés pour ce faire.
Ok il est franc du collier, par rapport à d'autres hypocrites, ok il a râlé contre l'oppression des femmes.. mais en Italie (50's) et parce que ça l'emm... bien qu'elles soient si surveillées.
Mais bon bref, j'ai toujours du mal à 'passer par dessus' ce genre de truc.
Du coup j'ai aussi sous la main son dialogue avec fiston "Le Moine et le Philosophe", pas fini...j'arrive pas à finir...

Toujours côté mémoires, celles de Amadou Hampâte Bâ,  vraiment je suis bien nouille de ne pas avoir lu ça plus tôt, tiens. Un plaisir. Et une mine d'infos sur la vie de son ethnie et de son époque. iInutile de vous en vanter l'écriture, vous vous doutez de sa qualité, bien entendu.

Pour rire un peu j'ai lu les "Traits d'esprit" de De Gaulle; ma foi,  c'est un bon petit moment, malgré le paternalisme et l'ego hypertrophié, enfin hypertrophié dans son équivalence avec l'état. Sacré personnage.
Comme prez, il avait de la gueule, notamment par rapport au zydent du moment.

Maupassant est passé aussi...un recueil de nouvelles autour de l'eau, vieux comme Hérode et dont je ne trouve pas la réf, mais c'est pas grave, vous voyez de quoi je parle.

Mémoires aussi, j'ai relu "Le monde d'hier" de Zweig
Toujours un plaisir.

Jai toujours dans un coin les essais du sieur Montaigne...j'avoue que je tourne autour sans encore mettre la main et l'œil  dessus...mais ça va viendre...

La trilogie du Caire de  Mahfouz
Par moments un peu trop verbeux pour moi, mais je crois qu'on "entre" bien dans le déroulé de la saga, ça vaut le coup. Le descriptif des vies successives fait un peu peur  (je parle en tant que femme, là) mais cet aspect mis de côté (grmblll), c'est à lire.

Bon je sais plus, j'ai lu plein de trucs.

Et le plusss intéressant:
"Psychopathologie de l'alexithymie" (*)
M.Corcos, M.Speranza, dir.
Dunod 2003
Une évocation ici
Alexithymie, c'est pas l'humeur d'un dénommé alexis, hein, d'ailleurs, ça ferait un nombre ceertain d'alexis...

Heu...Des trucs et des machins, quoi...j'ai 2 cartons pleins à rendre à leurs proprios respectifs...
Samedi 26 janvier 2008
J’ai lu récemment
"Dans le coeur des hommes" S.Hefez
Hachette 2007
Voir ici

Et je suis super vénère après ce bouquin.
Je vous explique ça façon grosse bertha.

Ce livre se lit facilement, les exemples permettent à tout public de bien saisir, c’est bien foutu.
Hefez  décrit bien la construction genrée au masculin (et donc au féminin aussi mais  c'est pas son sujet), c’est bien expliqué, notamment pour des gens non avertis; il décortique l’homophobie; montre la différence entre père et Père (cf M.Tort qu’il encense, d’ailleurs) et le glissement très positif des rôles de couple et de parentalité, notamment du côté de la traditionnelle séparation versus fusion, explique les couples égalitaires qui sont tout à coup en crise,  “rattrapés” par leurs parents intérieurs (pour dire court)....
Démonte en deux coups de cuillère à pot Kimura (Doreen), Schneider, Zemmour, Abiker, Naouri, Gray...
Mais.
Prend comme base (même si, de fois à autres il nuance le truc, globalement  c'est ce qu'il dit)  le fait que les femmes ont réussi, au moins dans la sphère privée, mais aussi dans la sphère publique où elles commenceraient à être -voire seraient déjà-  dominantes (je le cite, d’une émission radio) ont réussi, donc,  à explorer et utiliser tous les rôles  possibles (femmes, mères, travailleuses.. , avec facilité et en ont fini cette lutte là, au moins du côté de l'intime.
Et ça, je ne suis pas d’accord: c’est pas gagné. Du tout. Confer l'autre livre cité ci-dessous, par ex.
Que les hommes non, pas encore, et en souffrent, ont un mal fou à se transformer dans l’intimité, notamment parce qu'ils ont des siècles de construction genrée-maison-des-zhoms dans les pattes (ha bon et les femmes n'ont pas des siècles de... ?).
Qu'ils ne savent pas sur quel pied danser, qu'on leur demande trop, et tout ça.. ouais,  sauf que ca ne justifie en rien, à mon avis, de faire souffrir les femmes en retour de leur malaise, hein...
Et qu’ils changent ainsi depuis 2 générations seulement... d'où leurs difficultés ..
Ha bon et les femmes, elles se sont “libérées” quand?et “réussissent tout" depuis combien de générations?
Il n’appuie pas sur le fait que les couples qui crisent sont sans doute aussi rattrapés par le poids écrasant du modèle social ambiant, où f & h sont toujours assignés à leur genre...Que le modèle social continue à faire des zhoms le groupe dominant plutôt que dominé, même si aliéné à un rôle de genre.
Et note en passant que la justice donne quasi toujours raison aux mères contre les pères...Rhaaaa.

Bref, quand au dernier chapitre arrive une citation de la pétition de E.Verdier (non je ne mettrai pas de lien, faut pas charrier, mailez moi si vous ne la trouvez pas), dont il dit plus loin que  c’est un pote, quand il cite G.Delaisi, SOSp*pa-iste notoire, ou qu’il reprend l’argument des fausses allégations (rappel: étude de JLViaux, 3% des séparations conflictuelles en france, pas de quoi en faire un cheval de bataille..)
...ben on conclut que Hefez, aussi pertinent soit-il la répartition et le glissement des rôles, sur le côté très positif de la déconstruction du genre... etc... est masculiniste ...ou pas loin de.
Que ce soit par conviction ou par erreur.
Et ca m’énerve/déçoit d’autant plus que justement tout ce qui décrit de la construction du genre et les études de cas est intéressant.
L’articulation entre ce qui est expliqué en termes de genre et de construction/pression sociale fait un tel grand écart doublé d’un triple axel avec ce qui est dit  de la souffrance des hommes du côté de l'intime, et des lois qui les accablent en tant que pères, que ça me scie, je dois dire.
Douilletisé**, le Hefez, à mon grand dam, car j’aime bien...enfin, j’aimais bien, entendre un psy qui ne parle pas de féminisation de la société ou de danger de l’indifférenciation (il se passe exactement le contraire voyez vous) mais maintenant je l'écouterai/lirai d’une oreille plus pointilleuse...
Alors, si vous voulez, lisez-le en biblio (des sous à un masculiniste? non!), parce que ça vaut peut-être le coup, quand  on ne connait pas, de lire la construction genrée expliquée basiquement par un psy sympa, clair et mek, bah oui c'est toujours plus valide  quand c’est écrit par un zhom, hélas, on en est toujours là,
mais c'est dispensable, et surtout procurez vous plutôt:

“L’emprise du genre” de Ilana Löwy,
La Dispute 2005
Alors ça, c’est du bon.
et ici, descendre un peu dans la page:
Et lààà
Notamment pour ceusses qui s’interrogent sur les contradictions du progrès (dans les relations f&h s'entend), sur le fait que majoritairement les femmes suivent (et cherchent, s'investissent, et compétitent dans) la mode fringues et make-up, c'est la politique d'inégalité des rôles esthétiques...
L’idée de “l’homme dans la tête” est bien pertinente je trouve... par ex au niveau de la perception de son propre corps, des désirs et activités sexuels... tout cela passe, dans la tête des femmes, par le prisme de cet "homme" interne, intégré, imprégnant, impactant.
Et le chapitre  sur le genre en rapport avec l'autorité professionnelle fait écho aux travaux de Pascale Molinier...cf la Kro de leirn
(et tiens, une lecture)
Je vais me l’acheter quand je pourrai, c’est le genre de livre qui se garde.

Tiens, tant qu'on y est,  une lecture au sujet de l’étude des rapports sociaux de sexe et de genre de  Bourdieu

Dans la foulée, je finis en ce moment
“La loi du genre. Une histoire culturelle du 'troisième sexe'”
Laure Murat
Editions Fayard, 2006
Voir ici ou bien
Tout à fait passionnant, l'histoire du discours sur ce qu'on appelle maintenant l'homosexualité (en gros) ce discours conditionnant les, et émanant des, positions socioculturelles ... par ex le glissement de la criminalisation à la médicalisation/psychiatrisation...avec des exemples (des personnages qui ont marqué à la fois l'histoire de ce discours et celle de leur temps social)..
Tout ce qui suppose une définition de ce qui "fait" qu'on est homme ou femme (genre ou sexe) ou....entre les deux ou les deux? Ca fait question, n'est-ce pas?
Bref...jetez vous dessus, on (enfin moi en tout cas) apprend plein de choses  :-)


** Private joke
Mardi 25 décembre 2007
Bon alors, j'ai un scoop: la trêve des confiseurs, c'est aussi celle de la réflexion.

Hier, ce fut léger.
J'avais même laissé ce post précédent sans commentaire sur les extraits cités, cela l'eut considérablement allongé :-)
Je trouvais intéressantes et pas trop trop tortueuses les questions posées par l'auteur,  mais il fallait bien les amener en les encadrant par la  pensée du monsieur.
Intéressantes, parce que suffisamment simples pour être envisageables par plein de côtés divers, et j'espère que ça a pu vous ouvrir des horizons, plus ou moins, selon le degré d'encombrement de votre foie....
(Z'avez remarqué comme on réflechit moins bien quand on a le bide plein de vapeurs digestives non élaborées?)
.... et selon votre envie:-)

Et aujourd'hui j'ai voulu m'attraquer à du plus lourd.
Ca:
Susan Blackmore ,"La théorie des mèmes" , Max Milo, 2006
Sauf que je me suis endormie dessus, tellement je l'ai trouvé indigeste (forme et fond) et pour tout dire, inintéressant, enfin on va le dire autrement: ça ne me parle pas.
Peut-être que ça parlera à d'autres, mais moi impossible de rentrer dans ce truc.
 (explications  )
Et puis, j'ai un peu la chetron en jachère, dois-je dire.
(je vieillis?)


A part ça, justement moi là j'ai envie de rien.
Si de bouquins intelligents.
Mais je sais pas pourquoi, le PN ne pense jamais à m'offrir une librairie, il manque de pouvoir d'achat, le barbichu, ça se sent.

Et vous, c'étaient quoi vos kadôsses de nowel?
Grande distorsion entre vos désirs (hahaha) et ce qui vous est advenu?
Question subsidiaire: quel obstacle le PN a t-il rencontré dans sa venue correctement fournie ou pas vers vous?
(non j'ai rien fumé, hého!)
Lundi 24 décembre 2007
   Obstacle :
Ce qui arrête ou ralentit le mouvement, la progression, le passage de quelqu'un ou de quelque chose.
Empr. au lat. obstaculum «obstacle, empêchement», dér. de obstare «se tenir devant», composé de ob «devant» et stare «être debout, dressé»

Extraits du chapitre "Considérations sur les obstacles"
issu de “Baisers, chatouilles et autres petits riens” 
Adam Phillips, 1993, trad 1998, Bayard Eds.


L’obstacle se tient devant nous, comme écran, symbole, fétiche, doudou....

‘...quelles sont les conditions préalables à la reconnaissance d’un obstacle?(...) première réponse: on ne peut reconnaître un obstacle -ce qui parfois signifie le construire - que si on est capable de le tolérer. C’est seulement en sachant ce qui constitue pour nous un obstacle que nous parvenons à comprendre nos fantasmes de continuité.”

Cas d’une mère qui se plaint de son fils qui, en âge de se mettre à marcher, serait toujours dans ses jambes, voire cramponné à.
Elle n’arriverait jamais à avoir un moment à elle, le fils est décrit comme ‘en travers de son chemin’.
Il y a donc un remaniement des enjeux du couple.
“Où irait-elle si son fils n’était pas en travers de son chemin? Je le lui demandai et elle répliqua gaiement: «Oh, je ne saurais plus où j’en suis!» Voilà qui m’amène à ma 2ème question: comment construit-on des obstacles? Et je donne une 2ème réponse: l’obstacle sert à dissimuler - «emballer» en quelque sorte - le désir inconscient. Si l’enfant est toujours en travers du chemin - et les parents et l’enfant sont tout à fait capables de s’assurer que ce soit le cas-, la mère ne risque pas de découvrir où elle pourrait aller si elle en avait la liberté (sans compter la liberté de chacun d’être lui-même un obstacle). Ainsi, une autre façon de décrire la situation familiale serait de dire que la mère et/ou le père ont besoin que l’enfant s’accroche à eux afin de bloquer la réalisation - ou la prise de conscience - de projets de rechange inconscients.
L’obstacle est un moyen d’empêcher que qqch d’autre arrive, une sorte de tache aveugle indispensable.”


“Autrement dit, la seule façon de découvrir son projet, c’est de repérer ce que l’on perçoit comme un obstacle et d’en prendre conscience. D’où ma 3 ème question:
quelle sorte d’obstacles se surprend-on habituellement à fabriquer?Ou, en termes cliniques, quel est le répertoire d’obstacles du patient, et, bien sûr, de l’analyste?Et la 3ème réponse pourrait bien être:
le désir ne révèle pas l’obstacle, c’est l’obstacle qui révèle le désir.
Mais si c’était si simple, nous pourrions demander à nos patient, ou à nous-mêmes: «Dis moi tes obstacles, je te dirai ton désir.»"

Cas de ce jeune homme qui ne tombe amoureux que de “femmes inaccessibles” cad, pour lui, qui avaient déjà qq'un dans leur vie.
“Je lui suggérai alors que cette inaccessibilité dont il se persuadait le rassurait peut-être et (...) qu’il avait besoin d’un obstacle pour exprimer son désir. Il admit qu’il se sentait plus  en sécurité quand les femmes qui lui plaisaient avaient  un ami pour le se protéger.. de lui.
Je demandai si ce n’était pas plutôt  lui qui voulait être protégé par un homme plus fort.
Et il répliqua, du ton dont on énonce un proverbe ou un dicton: «Pour avoir l’homme, séduisez la femme.»
Il est impossible d’imaginer le désir sans obstacle , et partout où nous repérons un obstacle, c’est que nous sommes  en état de désir.
(...) Nous ne savons pas très bien lequel des deux nous cherchons et il nous est difficile d’imaginer une histoire sans leur action conjuguée. Ce qui amène  à ma question suivante: pourquoi faut-il que nous nous les représentions comme inextricablement liés Si nous avions la réponse, nous saurions sans doute qqch d’intéressant sur les fictions que nous fabriquons autour du désir.
(...)
Pour en revenir au cas de mon jeune patient, ce jumelage apparemment inévitable de l’obstacle et du désir nous conduit à proposer une autre réponse: on ne peut se représenter l’objet du désir inconscient qu’à travers les obstacles à l’objet conscient du désir. Ce jeune homme avait conscience d’être attiré par certaines femmes et d’être freiné dans son élan par la présence de leurs partenaires.
Mais, pour lui, l’objet inconscient de son désir était justement cet obstacle, à savoir l’homme à supplanter.
Dans ce cas, le désir pour l’objet  sert  à masquer le désir pour l’obstacle.
(...)
Si je ne peux savoir ce que je désire qu’en me heurtant à ce qui m’empêche de l’obtenir, c’est que j’ai besoin de ces obstacles qui sont autant de moyens mnémotechniques  inconscients de mon désir. L’obstacle me rappelle ce qu’une partie de moi veut oublier. Les symptômes bien sûr, sont toujours interprétés par l patient comme des obstacles. Aussi vaut-il la peine de se demander comment le patient imaginerait sa vie en l’absence de telles contraintes.
Quels sont les scénarios catastrophiques - ou délicieusement catastrophiques - dont ces chers obstacles le préservent tout en lui promettant la réalisation dans un avenir sans cesse différé?”

 Cas de JJ Rousseau qui n’arrive pas à aller faire un achat dans une boutique, le regard des autres inhibant sa démarche, raconte t-il.
Il s’était fait chantre de l’innocence, celle-ci cachant l’idée que rien n’est interdit.
“La satisfaction pour Rousseau est la mort des possibles.
Dès lors, il éprouve le besoin, non de surmonter les obstacles, mais de les entretenir.(..) Lorsque nous nous retenons de faire qqch, ce n’est aucunement par maîtrise de nous-mêmes, c’est simplement que nous avons trouvé le moyen de rendre ce que nous ne faisons pas  plus excitant encore.(...)
Dans son [celui de Rousseau] esprit , les femmes au comptoir, les jeunes gens, la servante - cette avalanche d’obstacles - s’intéressent passionnément à son désir. Il a de l’argent en poche, mais il a besoin de ces obstacles pour qu’une banale envie devienne, à ses yeux du moins, criminelle.(..) Il est incapable de songer à  ce qui se passerait si personne ne s’intéressait à son désir.(...)
Mais si tout l’intimide - autrement dit, si tout l’excite - c’est parce que partout il découvre des obstacles et que chaque obstacle fait de lui un criminel en puissance. Et il ne peut devenir un homme que s’il se perçoit inconsciemment comme criminel.
Rousseau attire ici notre attention sur notre amour des obstacles.
Ce qui m’amène à proposer une autre réponse: c’est avec des obstacles et non des objets que nous avons nos premières relations.”

Correspondances avec le fétiche et l’objet transitionnel, A.Phillips remonte au jeu de la bobine pour parler de la constitution de l’objet... via l’obstacle, notamment celui de l’absence-présence de la mère.Et l'Ics peut être pensé comme un espace exempt des obstacles créés par le processus psychique secondaire, les obstacles appartenant à d'abord notre monde interne..

“ Ce que je suggère ici, c’est que l’enfant ne peut découvrir ce qu’est l’objet - ou plutôt, se faire une idée de ce qui pourrait être, de ses propriétés et de ses relations aux autres objets - que s’il trouve ou invente des obstacles à franchir pour y accéder ou en disposer.
Cette quête d’obstacles - ce besoin de leur imposer une apparence familière dans le temps et l’espace - fait partie de la recherche toujours déçue et recommencée de la nature de l’objet.
Je ne peux déterminer la nature de ce qq'un ou de ce qqch qu’en repérant ce qui s’interpose entre nous.”
“Dans la conception freudienne(..) nous sommes aussi faits de deux mondes: un monde affranchi des obstacles habituel - cet inconscient que Freud appelle «l’autre scène»- et un monde qui est un véritable parcours d’obstacles, un monde présidé par un moi éperdument en quête d’obstacles.”

          ................

     Donc, gens de l’internet mondial, mes frères z’et mes sœurs, sans z’obstacles, nous serions perdus.
Car en vérité je vous le dis, seul l’obstacle peut nous dire ce qu’est le monde, qui nous sommes et nous montrer la voie.
Tiens... ceci me fait penser que l'obstacle pourrait prendre un autre nom....


PS: vous vous êtes endormi-e-s?
Remarquez que j'ai pas mis de commentaire :-)
A vous d'en faire :-)
Mardi 4 décembre 2007

".. les hommes manifestent des stratégies contraires face aux sensations.
Certains en sont avides et cherchent constamment les substances les scénarios ou les récits qui provoquent en eux ces émotions, délicieuses pour eux.
 Alors que d'autres, terrorisés  par ces mêmes sensations, travaillent  à les éviter afin que rien de bouge et que la paisible uniformité des jours crée en eux un effet tranquillisant.(...) Leur drogue est la tranquillité.(...)
Les aventuriers, au contraire, veulent explorer le monde. L'inconnu les fascine car il provoque  un sentiment de nouveauté qui crée en eux  la sensation d'événement délectable.(...)
Les casaniers érotisent le familier tranquillisant, alors que les explorateurs y souffrent d'ennui.
Tandis que les coureurs de monde érotisent la nouveauté qui crée en eux la sensation de vivre, alors que les casaniers y souffrent d'angoisse. (...)
Nous avons donc le choix entre la stratégie des explorateurs qui bataillent contre la dépression ou celle des casaniers qui luttent contre l'angoisse."

B.Cyrulnik
"L'ensorcellement du monde"
O.Jacob Paris 1997

NB: je suis pas particulièrement fan de B.C.,ni de son concept de résilience tel que livré au grand public (on sait dans quelle structure psychopatho se place l'(hyper)adaptation clivée)  et même s'il a son utilité en termes de  reprise de sens de sa propre vie  chez celles et ceux qui l'ont adopté, mais l'homme est humain (oui c'est bête de le dire comme ça), très intéressant, et certaines de ses  idées aussi :-)))
Et comme en ce moment je sais pas comment aborder nos orages/tempêtes/hurricanes/ouragans/typhons de l'école.. ben je vous, livre ça :-)
Samedi 24 novembre 2007
"On pourrait modifier l'adage et dire «pour vivre heureux vivons soumis», à condition de confondre bonheur et bien-être."
Suit une description rapide d'un expérience avec des agneaux: un groupe-test est confié à des "marâtres", un groupe contrôle (les agneaux restent avec leurs mères respectives). Les interactions affectueuses et de secours sont moins nombreuses dans le groupe-test, et à l'âge adulte, ces sujets sont devenus plus hypnotisables que ceux du groupe-contrôle.
"La réaction à suivre est moins rapide chez les adoptés qui répondent aux cris après un temps de latence et s'intègrent mal au groupe.
Cette observation expérimentale fait comprendre que l'intégration des individus qui facilite l'harmonie du groupe dépend de leur aptitude à la soumission acquise au cours de leur enfance.
La non-intégration désorganise le fonctionnement du groupe. Mais une trop bonne intégration charpente un groupe stéréotypé. Peut-être une intégration imparfaite serait-elle parfaite? En  donnant place à des individus mal adaptés, insoumis, donc aptes à provoquer certains changements, ellle constitue une réserve de potentiels évolutifs.
Ce qui implique un conflit bénéfique entre le groupe qui désire la stabilité et les insoumis qui ont besoin de changement? Quoique changement ne veuille pas dire  progrès, ni même adaptation. L'effondrement d'un groupe est aussi un changement, parfois attribuable à une innovation.
Les soumis, heureux et tranquilles dans un groupe sans innovation, s'opposent aux insoumis malheureux et anxieux dans un groupe en changement.
Les soumis sont angoissés par les insoumis qui cassent leur équilibre ronronnant en leur posant des pbmes dont ils ne veulent pas.
Alors que les insoumis sont angoissés par les soumis qui les contraignent à une vie frileuse.
Le conflit devient une force bénéfique qui permet aux individus d'adapter le groupe  à son milieu, en évitant les maléfices extrêmes  de la désintégration des insoumis ou de la pétrification des soumis.
L'angoisse devient alors un moteur de l'évolution!"

B.Cyrulnik
"L'ensorcellement du monde" O.jacob,1997
Vendredi 23 novembre 2007
    Bon alors, les gens, voilà.
J'allais pour vous faire un digest de ceci:
Corbin, Alain.
"Les filles de noce: misère sexuelle et prostitution au XIX°"
Paris: Flammarion. 1978/1982

Travail pionnier bien connu sur la prostitution française de l'époque et que je viens d'achever, qui mérite lecture et qui est tout à fait passionnant,
notamment sa partie retraçant les empoignades entre réglementaristes (qui avaient le pouvoir décisionnaire durant tout ce temps), abolitionnistes (prohibitionnistes évangélique et libéraux) et la toute petite voix légaliste, 
les rapports de force politiques, la façon dont est envisagée la prostitution (et les rapports f/h d'ailleurs)selon les courants (gauche, droite, anars- eux les seuls à penser la prostituée avec amitié et à prôner la liberté suexuelle aussi pour les filles)
comment s'est placé le féminisme là dedans, tout ça tout ça..
....avec évidemment une esquisse du fonctionnement et des substrats socioculturels de l'époque, sinon on n'y comprend rien.

Mais bon, c'est long, j'ai peur de pas y arriver etc (corollaire: je suis nulle, à quoi bon...)
 
   Une remarque quant même:
'misère sexuelle', ou bien 'disette' de même , ou bien 'besoins sexuels masculins' ... je sursaute à chaque fois, bien sûr. Retracé dans le contexte de l'époque, remarquez, on comprend mieux l'emploi des 2 premiers termes, mais enfin...
Qui écrira un jour (ou bien est-ce déjà fait?) l'histoire de la misère sexuelle féminine?

    Bon si j'ai un super pouvoir de super courage de superwoman je fais mais heu.. faudrait que je m'intéresse à ma classe, plutôt.

   Vous pouvez aller consulter cet entretien (Des femmes, des hommes et des genres , cliquez sur  texte intégral) avec Alain Corbin et Michelle Perrot  ou cette itw de Corbin sur l'amour au XIX°
Lundi 19 novembre 2007
    Avant de causer construction du père, je vous livre de § que je trouve bien bien bien important  au sujet de la construction sexuée (voire sexuelle selon comment vous vous placez): 
“S.Freud a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’une des différences entre la dynamique œdipienne de la fille et celle du garçon concernait la question du changement d’objet d’amour.
Selon lui, en effet, la fille doit effectuer  un changement d’objet (de la mère prédipienne au père œdipien), tandis que le garçon n’aurait pas à procéder à un tel changement d’investissement (puisqu’il ne ferait que passer de la mère préœdipienne à la mère œdipienne).
Macroscopiquement cela peut paraître juste. Pourtant, en observant les choses  à un niveau plus fin, et en tenant compte des acquis de la psychanalyse précoce comme de ceux de la psychologie du développement, il apparaît aujourd’hui que la mère œdipienne est tout aussi différente de la mère préœdipienne que ne l’est le père œdipien de cette même mère préœdipienne, tant et si bien que les enfants des deux sexes, les garçons comme les filles, ont finalement à remanier profondément leurs investissements libidinaux autour du point de bascule œdipien.”
Hop tout le monde à égalité:-)
Merci Bernard (ref plus bas)


  Je parle souvent de la place ou de la position du père dans mes posts.
Notamment lorsque la relation mère-enfant me paraît poser pbme
(à l’enfant  s’entend, puisque c'est ça mon taf.. ).
En effet, je dois préciser ici que quand je parle de ces liens mères-enfants trop confusionnels, je me place du côté de la fonction paternelle séparatrice, différenciatrice.
Mais avant, ou concomitamment, d’être différenciatrice, la figure paternelle doit être ou avoir été protectrice de la dyade mère-enfant et avoir proposé une contextualisation de cette dyade.
Comment expliquer .. heu....
La dyade doit être posée dans le monde, dans les filiations, dans le couple parental, dans le psychisme de chaque parent et dans celui de l’enfant, elle doit être protégée de la possibilité de devenir un huis-clos duel, ou chacun bouffe l’autre ou n’existe que par l’autre, mais aussi protégée du monde autour et des agressions internes et externes (père comme pare-excitation en somme).
Une image perso, pour faire exemple:
le père préœdipien protège des agressions, humidifie/nourrit et promène la bulle de savon transparente mère-bébé, ce qui contribue à sa durée, à son regard sur le monde et du monde sur  elle et à son irisation poétique (ou pas),
le père œdipien donne une main à chacun des deux une fois la bulle éclatée: chacun des 3 avance avec les autre puis les mains interchangeront, puis on lâchera un peu les mains...
 -ça vous parle comme image?
Le père a une position (position psychique, évidemment) “méta” en somme, dans ces tout premiers temps après la naissance (et même avant), ce qui n’est certes pas facile.

   Et tout cela, ça commence très tôt.
Cad que vous, messieurs les (futurs) papas, sentez vous  concernés au plus tôt, please (et là, concerné n’est pas un imbécile circonscrit par l’adversité)
NB: je cause des pères passke j’ai déjà bcp bossé sur les mères, par ailleurs, ne voyez donc pas d’indifférence à leur égard :-)
Bon, jusque là, vous me suivez? Alors en avant pour la suite.
Donc, depuis le temps, je voulais causer de la façon dont le “père” est construit par le bébé, ça tombe bien:
 là, je viens de finir un bouquin que je recommande à toute celles et ceux qui se penchent sur la psycho du bébé, d’autant que l’auteur prend la peine, pour chaque notion abordée, de récapituler les positions des grand-e-s auteur-e-s et acteur-e-s de  la psycha (-nalyse et -chiatrie) du bébé.
L’être-bébé
B.Golse
Ed Le Fil Rouge aux PUF 2006
B.Golse c’est lui
Alors pour les trucs théoriquement bien construits, zzallezzy, moi je vais vous causer simple mais en m’appuyant dessus, cad en le citant, comme ça vous êtes sûr-e-s que je dis pas de bêtises, hein que ça vous rassure, d’un coup, là?
;-)
Et entendons nous bien: il s'agit là du bébé tout-petit, les tout premiers temps.

Il ne faudrait pas imaginer que le bébé ne construit la tiercité que des mois, voire plus, après sa naissance: il y est d’emblée confronté, mais “au sein de triangulations précoces, prégénitales et  partielles, dont la confluence et la  totalisation progressives donneront finalement lieu à  l’instauration de  la très emblématique triangulation œdipienne..”
p121

   Exemple d’une triangulation précoce: le langage.
Chaque fois que sa mère
(ou figure ou fonction maternelle, vous êtes des grand-e-s personnes, vous traduisez tou-s-tes seul-e-s comme ça vous agrée, ok?) parle , le bébé sent bien qu’une certaine partie de cette parole lui est adressée, et une autre non, qui s’en va vers un ailleurs (où l’enfant ne met pas encore forcément d’objet) non défini pour lui.
Autre exemple, référé à la fonction ‘object-presenting’ de D W Winnicott, les situations où la mère va introduire un objet, genre peluche, jouet...entre elle et son enfant.(cf  les moments d’«attention conjointe»  de Bruner)
Elle crée là une situation à 3 termes, et un espace tiers où elle et son enfant posent ensemble leur regard; cet espace est ressenti par le bébé comme ni-elle-ni-moi, et est absolument fondateur car pourront s’y s’édifier ensuite les différentes fonctions paternelles.
Autre exemple: «l’angoisse du 8eme mois» où le bébé est effrayé par un visage inconnu et va se tourner vers celui de la mère: il retrouve ainsi un espace connu et se confronte à un espace non-mère, quelque peu menaçant encore et qui interfère entre lui et l’image maternelle: un espace tiers.
Ces espaces là, (on parle d’espaces psychiques)  qui ne sont ni sa mère, ni lui, ni lui-et-elle, marquent donc  l’existence d’un lieu (psychique s’entend, en gros) propice à construire de l’autre, à construire la fonction paternelle.

Donc, le père se construit... se co-construit.

B.Golse propose: “le père comme processus” en guise de titre de chapitre, et ma foi,  ça colle bien :-)
Toutes les citations, à partir d’ici, en sont issues, pp 149 à 170 du bouquin.
Car le père n’est pas une représentation mentale statique mais un agent d’une  dynamique psychique, qui se remaniera au fur des développements de l’enfant.
A considérer que les interactions précoces permettent des triangulations précoces, on peut, au même titre qu’on parle de mère préœdipienne parler de père préœdipien.
Puis l’un et l’autre peuvent s’envisager en œdipiens et postœdipiens.

Au niveau interpersonnel:
“En période préœdipienne, le père n’a pas, tant s’en faut, de fonction séparatrice entre la mère et l’enfant. Quels que puissent être ses fantasmes à ce sujet ainsi que ceux de la mère elle-même, tout nous montre au contraire, aujourd’hui que le père exerce plutôt une fonction de liaison et de contextualisation à l’égard de  la dyade mère-bébé.”
Mère et bébé coopèrent à la construction de la place du tiers: le père est un “horizon partagé par eux deux, horizon qui les rapproche bien plus qu’il ne les éloigne.”

Cette proposition ne se tient pas dans la ligne lacanienne pour lequel “l’une des fonctions paternelles principale - et immédiate- est que le père interdise à la mère de faire de son enfant un substitut phallique. Autrement dit, le père doit faire d’emblée en sorte que l’enfant ne soit pas le tout de la mère.”
Pour Lacan, même si cette fonction est en elle même un processus, elle donnée d’emblée, comme si elle était déjà-là et tout de suite efficiente, c’est le domaine de la fameuse Loi du père qui transcenderait les générations.
Golse propose, et ça convient à plein de monde, dont moi,  que cette fonction soit “progressivement forgée et établie par le jeu des relations.”

Que le père “castre” la mère (cad  qu’il ait une fonction différenciatrice) est donc une partie des fonctions paternelles: les fonctions de liaisons sont possibles (nécessaires) dans le même temps.

Donc reprenons:
- la place du père se coconstruit par mère et bébé dans le cadre des interactions triangulaires précoces;
- le père préœdipien a un rôle de soutien et d’approvisionnement nourricier et de mise en contexte de la dyade mère-enfant, alors que  le père œdipien  a un rôle plus distanciateur;
- un fonction fondamentale du père est de transmettre la fonction de transmission (et là on  a bénéfice à poser cette idée du côté du père de la mère)
- la construction de l’espace paternel est indissociable de l’accès à la différence des générations, même si, dans un temps initial, l’enfant peut le fantasmer comme un autre bébé de la mère.

De toute ceci il ressort “que l’espace paternel se trouve être le résultat d’une coconstruction de la dyade mère-bébé, et non pas seulement une construction maternelle proposée, ou imposée , à l’enfant...”
Traduction personnelle: il faut donc aussi que la mère ait la capacité psychique (en rapport à son histoire singulière, à ses imagos parentaux) de faire cette construction et la faire *avec* son bébé.

Donc de même que le bébé se représente d’abord la mère comme partielle, avant qu’elle ne puisse être envisagée par lui comme un personnage  global, un objet total et sexué, “il va être confronté à une tiercité beaucoup plus partielle qui désigne la place de cette imago ultérieure et qui en prépare l’édification. La tiercité n’attend donc pas que le bébé se représente son père dans sa complétude.”
Conclusion concrète pour les parents et futurs parents:  papa partiel, et en devenir total, ne vous enfuyez pas: c’est pareil pour les mamans :-)
Car “l’espace paternel et les fonctions qu’il re va contenir revêtent, en période préœdipienne, bien davantage une fonction protectrice et nourricière (à prendre au propre et au figuré: il faut nourrir la relation) de la dyade mère-enfant, qu’une dimension castratrice ou séparatrice, comme il est coutume de s’y référer en période postœdipienne.
Le père apporte à la dyade mère-bébé une sorte d’enveloppe, de contenance, de holding...”
cf mon image de la bubulle, plus haut.

Donc il se trouve d’emblée “des alternances et des oscillations entre ces aspects de tiers séparateur et de tiers réparateur. En tout état de cause, c’est sur fond de toute une série de petites triangulations partielles et fondamentalement préœdipienne que va progressivement s’organiser la triangulation œdipienne classique par convergence,  confluence, globalisation et totalisation de ces triangulations précoces jusqu’à l’émergence du triangle emblématique père/mère/enfant.”

Au niveau intrapsychique
Dans ce processus de coconstruction, il faut bien prendre en compte ce qu’il en est de la place du père , ou du masculin, dans la tête de la mère.
“On sait désormais, en effet, que les modalités de l’accordage affectif permettent à la mère, implcitement et à son insu, d’induire chez son enfant des identifications et des contre-identifications aux images de son monde représentationnel à elle, et en particulier aux images masculines de celui-ci. Il y a donc là, on le sent bien, un aspect intrapsychiqu de l’organisation triadique qui, chose importante, implique, peu ou prou, toute l’histoire infantile de la mère avec sa dimension de conflictualité névrotique et sa charge de processus  transgénérationnels.”

Avant, donc, de correspondre au père proprement dit, “le tiers renvoie en fait à de multiples objets, espaces oiu processus parfois éminements partiels.Pour dire les choses autrement, l’une des grandes questions du bébé à propos de la tiercité- et donc de la future fonction paternelle- pourrait au fond se formuler de la manière suivante:«qu’est-ce que c’est que cet espace qui n’est ni-moi-ni-elle?».En ajoutant bien sûr, que cette questiion du pôle tiers, inconnu pour l’enfant, peut aussi se jouer au niveau de la mère seulement.Quand la mère est fatiguée, anxieuse ou déprimée, par ex, le bébé va immédiatment remarquer que son style interactif ou que ses réponses en termes de schémas d’attachement, ne sont pas comme d’habitude.L’inconnu est alors la mère elle-même, et on a là, semble t-il, le germe de triangulation précoces, pathologiques dans certains cas.”

Le passage de l’interpersonnel à l’intrapsychique
Il se fait quand le bébé devient capable de penser , à propos de sa mère absente, que  si elle n’est pas là c’est qu’elle est ailleurs..On n’arrive pas trop bien à saisir le ‘comment’ (c’est pas moi qui le dit, c’est le bouquin!)

Ce passage à l’intrapsychqiue, d’une certaine manière, correspond pour l’enfant  “à une identification au rapport que la mère entretient avec son propre psychisme et, pour la question qui nous occupe ici, au rapport qu’elle entretient avec son propre espace personnel.Autrement dit encore, ce qui permet à la triade interpersonnelle et à la triadification comportementale de se constituer en triangulation intrapsychique c’est tout le jeu complexe et successif des incorporations, des introjectison et des identifications.”
E fait, c’est pas vraiment observable, puisqu’il s’agit de se demander comment l’espace tiers des interactions précoces va se structurer et s’intérioriser pour devenir «l’autre de l’objet».

La place, les rôles, les fonctions.
Il  ya donc une place du tiers, puis une place du père au sens strict.
A.Green parle de “triangulation généralisée à tiers subsituable”.
“cela signifie que la cette place du tiers peut être occupée par des personnages différents, et que le père va  donc avoir à se signifier comme un tiers particulier”.
(et qu’il se passe un travail pour passer des triangulations d’objets partiels à des triangulations d’objets d’objets totaux)
On va surtout se pencher sur : comment le père va t-il se signifier  comme père à partir de cette place qu’il n’est pas le seul à pouvoir occuper?
Alors je vous pass les développement s purement psys, entre père développemental, métapsychologique et psychanalytique, entre père observé et père reconstruit...
“.. comment le nouage se fait. La dynamique de l’après-coup et des effets de reconstruction a posteriori est, éveidemment, essentielle à prendre en compte.
Mais sans doute faut-il aussi intégrer à la réflexion ce qu’on pourrait désigner comme l’injection dans le développement de toute la sexualité infantile du père-et de la mère-, de sa propre conflictualité œdipienne et préœdipienne - et de celle de la mère-, et enfin des processus inter et trans générationnels inhérents aux deux filiations (maternelle et paternelle), tout cela , on le voit, en mentionnant à chaque fois la mère , car il n’y a pas de père sans mère et réciproquement dit (..) c’est suelement ainsi qu’on peut comprendre comment, pour le bébé et pour l’enfant, le père ne représentera jamais un tiers comme les autres. En raison de ce que père est lui-même, de ce que la mère est elle-même- au niveau notamment de son rapport au masculin et au paternel- mais en raison aussi des liens fonctionnels qui existent entre le père et la mère quant au couple, quant aux fontions maternelle et paternelle qu’ils s’accordent mutuellemen , et quant aux spécificités de leurs investissements inconscients, libidinaux et agressfis, de leur enfant et de l’enfance.”
J’ai tout cité, parce que tout me paraît important dans ce §.
Je vous citerais bien tout le reste, d’ailleurs, mais bon.
Donc le père (cf Meltzer) a un rôle à assumer “...et à jouer en tenant compte des rôles de la mère et du bébé(..) un rôle qui transcende donc, en qqe sorte, le simple niveau des fonctions, qui ne pourraient être, sinon, qu’antinomiques.”
Ben oui: lier-séparer, nourrir-sevrer...ça paraît antinomique si l'on ne tient pas compte de l'aspect 'méta', de liaison donc et de transmission de la capacité à transmettre, du rôle du père.

Paternité/paternalité.
Ceci est souvent évoqué, tout aussi bien pour les mères (maternité et maternalité), et  s’inscrit dans les noms connus de ‘parentalité’, et de ‘parentalisation’, laquelle se joue à différents niveaux (cf Houzel: pratique, exercice et expérience) et “se définit comme l’ensemble des processus qui permettent ce cheminement toujours progressif.” qui est de se sentir parent de tel enfant.

Se sentir parent d’un enfant recouvre “la nécessité d’un véritable travail psychique, en grande partie inconscient, et qui correspond à l’édification ou au remaniement d’un certain nombre de représentations mentales” telles l’enfant imaginaire, fantasmé, narcissique, et mythique-culturel.
On observe donc “chez le père comme chez la mère une grossesse psychique, et ce, aussi bien en cas de grossesse biologique  qu’en cas d’adoption, démarche qui nécessite également une profonde évolution psychique des futurs parents pendant la période qui précède l’accueil stricto sensu de l’enfant.”
Le processus de parentalisation se poursuivra  au-delà de la  naissance de l’enfant...
La naissance physique d’un enfant et la naissance psychique d’un parent peuvent donc parfois ne pas coïncider d’un point de vue chronologique...voire être très décalées, dans un sens ou dans l’autre.

Conclusion
La place du père est une position entièrement tenable, le double niveau de la coconstruction de cette place par la dyade (aux niveaux interpersonnel et intrapsychique) constitue un processus dynamique qui “donne véritablement accès à la mise en place d’une structure psychique”, structure qui n’est pas donnée d’emblée, mais se met en place “à partir de précurseurs partiels qui vont avoir à se jouer, à s’organiser, et à s’agencer dans le cadre des interactions précoces.”

    Bon, résumons nous:
Un père, c’est comme une mère, ça vient pas tout  seul, ça se travaille
(le ou la premièr-e qui me cause d’instinct maternel, je lui file mon virus du moment, mes os cabossés et ma classe pendant 6 mois pour faire bonne mesure, ha mais) et ça travaille plein de choses en soi, qui vont bouleversifier  des tas de trucs enfouis plus ou moins commodément depuis quelques lustres, ainsi que des options relationnelles familiales.
Chance: ça se travaille pas tout seul: tout le monde s’y met  mère, enfant et ... père (ha ben quand même  un peu, hein)...et même.. la famille autour participe (des fois on voudrait bien avoir la paix, c’est sûr...)
Autre chance: y’a des pros du travail psychique qui peuvent accompagner le boulot interne de tout ce petit monde, quand le petit monde en question se sent démuni face à la grande nouvelle: “ha, je suis enceint-e” (ou “l’adoption est en bonne voie”).
Chance encore: on sait et il faut le dire très fort que l’arrivée d’un enfant, les soins à lui donner, le temps à y consacrer, etc, c’est pas de la poésie pure, et que si on se sent pas prêt-e à entrer dans la période du grand chambardement interne et extérieur, on peut choisir de ne pas se précipiter.

Elle est pas belle, la vie?

:-)

Meroww


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