Mardi 1 avril 2008
   J'ai déjà dit ailleurs avoir été une élève relativement muette, et  à mesure qu'elle grandissait, ça s'accentuait ...
J'ai déjà dit aussi avoir zappé la GS: Maybesenior m'ayant appris à lire-écrire -compter en 1 mois de temps en été.
Je me revois écrire, le matin:
"rémi et colette ont coupé une tulipe rouge dans le jardin pour maman".
Après: plage. Yihou J'étais, je suis toujours, une fille du soleil et de la vague.

   Et donc arrivée au CP en ayant déjà plus que largement les bases.
En fait, par moments, je m'ennuyais.Notamment bien sûr  en début d'année.
Je feuilletais le Boscher entre 2 exos (ben oui quoi, j'allais à la fin du livre, histoire de...)..et je causais un peu à ma voisine.

NB: j'ai donc entamé la lecture en semi-globale ("Rémi et Colette", 1960) et continué le CP en syllabique pure ("Boscher", 1955). Heureusement, dès le CE1, on est passés à autre chose.
Et donc: j'ai toujours été bonne en french. Hé ouais.(voir méthode ici)
Et maintenant que je suis de l'autre côté du bureau, je fais du Sablier (aménagé à ma sauce, bien sûr, c'est en GS- ou MS- que j'exerce, en n'oubliant pas les muettes etc et surtout en partant d'albums qui ont accroché les petits)
Edit: en relisant le truc que je vous ai mis en lien je fais une rectif: je fais aussi de la mixte synthétique/analytique, en fait.
Boudiou.Chavais plus les noms...appelez moi Mme Jourdain :-)
Et vive la prérélem qui me laissait (snif) faire à peu près comme je voulais pour que les mômes avancent avec plaisir.

Petite robe bleue, 2 uniformes: un été, un d'hiver...

Un jour, j'ai dû trop parler ou bien causer trop fort.
Maîtresse m'a dit qu'elle m'avait avertie et que donc j'allais être punie, et que je savais comment (mais on n'y croit jamais, quand on nous le dit et qu'on ne l'a pas vu faire et qu'on sait pas du tout comment ça allait se passer, surtout) et pas plus tard que tout de suite:
allez, lève toi.
Je me lève.
Non, tu viens, au tableau, devant tout le monde, comme tu mérites.
Avez vous remarqué qu'on peut dire  'monter' au tableau.. genre Golgotha..
Tourne toi. Remonte ta robe et descend ta culotte.
Je m'embrouille dans mes gestes.
Elle me laisse attendre un peu, cul à l'air.
Elle prend le mètre en bois, la grande règle plate, et 2 coups sur mes fesses.

Je ne vais pas revenir sur mon vécu infantile, mais le médian de mon corps m'avait déjà été sujet de honte/culpabilité, et mon corps en entier, enfin ma présence physique indisposait ma mère: le terrain était propice à une humiliation durable.
Elle le fut: j'ai eu honte de mon postère pendant des années au point de faire en sorte de tourner le dos le moins possible aux gens. Garçons de préférence.

En tout cas...la petite Maybe en robe bleue, fesses à l'air, qui sentait tous les regards, a bien retenu la leçon.
Et sa langue.

D'autres "punitions" ont existé dans la Maisonmammouth.
Chance je n'en ai vu, ni reçu, aucune autre de cet ordre, physique je veux dire, genre, coup de règle sur les doigts etc... je sais pas  si c'est votre cas ...?

En tout cas, s'il y a bien une chose que j'ai tenté d'éviter au long de ma carrière c'est d'humilier ou de voir humilier, physiquement, bien sûr, mais aussi, voire surtout, moralement,  un-e gamin-e.


Mercredi 26 mars 2008
  Durant la même année de CM1 où eu lieu  cette espèce de 'test', pseudo-amical, un beau jour il s'est agi d'une leçon de science nat basée sur le corps (humain).
Or il faut bien que je vous le dise, mon trip pendant longtemps a été la biologie.Jusqu'à mon bac, sciences, donc. Après, l'accès m'en fut interdit.
Le "comment ça marche là dessous", et notamment les trucs qu'on voit pas (bah oui, ça fait penser à la psy, lol), notamment les maladies dont on ne voit aucun symptôme.
J'avais un specimen directement sous la main: je la savais malade, depuis toujours (le toujours se référant à ma naissance: je l'ai toujours connue ainsi), mais ça ne se 'voyait' pas, socialement.

   Bref donc, j'avais des petits fascicules expliquant bien tout à la maison, et ce jour là, nous avions droit d'apporter notre doc.
Bcp de mes condisciples avaient une série encyclopédique que je n'ai jamais eue, dont ils et elles se vantaient souvent,  et qui se nommait 'Tout l'univers". Je les entendais dire: tu as les tout l'univers?
D'abord j'avais mis du temps à comprendre: avoir l'univers, heu?
Ben quoi j'arrivais de loin, hein, je connaissais pas. C'est vachement conformiste les gamin-e-s.
Mmmh, et donc, j'étais déjà, depuis le CP suite à un moment bien précis, et pour plein de raisons, devenue inexistante à l'oral comme on dit.

   Alors, cette fois là, je savais qu'ayant les réponses sous les yeux, j'allais pouvoir être interrogée sans rougir de honte, voire lever le doigt? Allez, on tente.
La première question: combien le corps humain contient -il de muscles?
J'ai levé le doigt, il m'en souvient, à m'en déboîter l'épaule. J'étais au premier rang, l'instit ne pouvait pas ne pas me voir et pourtant... comme je l'ai déboîtée mon épaule... pendant d'interminables secondes où j'ai vu son air ennuyé se poser sur moi.
   En principe, un-e enfant qu'on n'entend jamais, qui un jour miraculeux lève le doigt avec alacrité, on se dépêche de le ou la  valoriser, de l'interroger, histoire de le ou la 'remettre dans le circuit' de la présence/participation orale.
Là, clairement, mon levage de doigt était  ennuyeux pour elle.
Je n'ai jamais su pourquoi, mais sur le moment je me suis sentie humiliée.
Et plus encore quand elle a laissé tombé d'une voix morfondue:
" Bon heu, Maybe, arrête de te trémousser comme ça, vas y alors?"
Toute à ma joie, j'en ai bafouillé. A cette époque, on se levait pour répondre.
(j'avais horreur de ça, être le point de mire, au secours...)
Je me suis rassise couverte de sueur et sans doute toute rouge de joie et de confusion.
Une fois la poussée d'adrénaline retombée...je me suis repassé le  petit film.

   A la question suivante...bah, non, j'allais pas encore embêter maîtresse, hein..ça se sentait tellement qu'elle avait pas envie que je parle, de me faire une fleur en somme.
A celle d'après, mes  fascicules ne donnaient pas l'info (ben oui je regardais évidemment, mais en fait je les connaissais par coeur) alors je les ai refermés...personne ne levait le doigt... et là, justement, une petite voix aigre:
"Alors Maybe, toi qui te trémoussais tellement juste avant, une idée de la réponse?"
"....."
La rumeur autour, derrière, la rumeur.
M'enfouir dans le sol?
Me carapater sous la table?
Disparaître de la surface de la terre?

   A la revoir, tant  de temps après, je trouve bien déplaisante cette saynète, qui a pu arriver à bien d'autres. Peut-être à vous, d'ailleurs, non? En pire, aussi.
   Et je la mets en lien avec tout le reste ... famille nouvelle dans le quartier, venue de loin donc pensée comme  "différente" (ha le charme des petites villes de province...)...  élève correcte mais déplaisamment silencieuse..
Allons, vous voyez ce que je vux dire, collègues, ce genre d'élève qu'il faut "aller chercher"?
Dont on a l'impression qu'il ou elle se bute, alors qu'en elle ou lui se place un désir terrifiant de plaire un peu à l'autre, de ne pas le décevoir...Et donc je suis redevenue muette à l'oral, ce e fut qu'un hiatus dans mon habitus, en somme ;-)

C'est chiant, hein, les enfants, les gens, un peu sensibles...des détails les tatouent bien (trop?) longtemps...
Lundi 17 mars 2008
   En début de ma MS, notre classe reçut au moins 2 stagiaires dont je me souviens.
Simples observateurs, gars, une fille.
Ce matin-là, l'un d'eux se posa près de moi qui étais sérieusement, et pleine de foi, en train de dessiner un bonhomme selon les canons de cet âge là.
Il me fallu dire que oui c'était un bonhomme (il est niais, ce grand ou bien?) mais même que d'ailleurs c'était une dame puisque je faisais les cheveux longs, droits en l'air comme il se doit, ça pousse comme l'herbe les cheveux non?
Et ces cheveux m'attirèrent une remarque:
"ben, ils devraient pas redescendre un peu les cheveux?"
Heu.
Ca m'avait bloquée d'un coup d'un seul.
Rappelez vous: à cet âge le rapport entre le réel et la maîtrise de la ressemblance n'est pas évident, pour le moins, et  la logique utilisée par l'enfant est celle de son monde à lui, pas celui des adultes, et pas forcément le monde objectif.

Alors il me dit qu'il me laisse finir.

Bon.
Je fais descendre les cheveux, pour voir. Bof. Passons.
Je m'occupe des finitions du bidon de mon personnage, le reste étant achevé.
Ce n'était certes pas un bonhomme têtard, mais bien un être humain avec de l'épaisseur, respect des membres, y compris les doigts, et présence du cou. (un peu comme le dessin complètement à droite de ça)
Le système digestif une fois bouclé, je rajoute une série de petits ronds, allant du cou à mi corps.

Le gars s'interloque tout seul:
"heu mais qu'est-ce que tu dessines là?"
Ben, les boutons du corsage! réponds-je très intimidée et cependant sûre de moi: il n'a pas de bons yeux ce monsieur là?

Alors il se lève et s'en va parler à sa comparse, non pas entre haut et bas, mais bien à haute voix, comme si je n'existais pas:
"..Psssssttt viens voir, paraît que c'est typique de cet âge: on voit l'intérieur du ventre par transparence mais les vêtements sont aussi représentés."
Ils reviennent à deux, et là je me sens toute honteuse, sans comprendre pourquoi.
Si un rat de laboratoire pouvait avoir honte, ça aurait été moi, ce jour là. (entre autres jours)

Pffff.
Ne jamais faire de remarque sur un enfant ou ses réalisations lorsqu'on n'a aucune intention de lui expliquer a minima pourquoi on les fait, si l'enfant est en mesure de les entendre.
Au moins faire l'effort de mettre des mots qui s'adressent à l'enfant comme acteur valable d'une discussion surtout s'il en est peu ou prou le sujet.

Je me souviens être restée perplexe et avoir arrêté de dessiner qqes jours, pour résoudre ce mystère:
Mon dessin était "de mon âge" -qu'est-ce que ça veut dire?Quel âge? Qu'est-ce qu'il a mon âge?
Il est pas bon, mon âge?
Et c'est typique?C'est quoi, typique?C'est quoi qui pique?Un type qui pique?
Et oui j'ai dessiné le dedans.
Moi, je sais bien qu'on le voit pas le dedans, que c'est pas transparent les habits.
Mais dans la vie, il y a des choses sous la peau, sous les vêtements, c'est la vraie vérité, ça, non?
Alors pourquoi ça leur fait bizarre?
C'est moi qui suis bizarre, hein?
Oui ça doit être moi :p


Jeudi 6 mars 2008
  A mon arrivée en CM1, j'avais un an d'avance depuis le CP, et déjà changé 4 fois d'école, parce que 5  fois de ville de résidence. Nouvelle maison, et nouvelle école donc.
Suite à des événements familiaux divers et autres trucs un peu difficiles, cette rentrée-là, j'étais devenue taciturne et tourmentée. Quand on est sensible, en général, on en souffre. Ben voilà, chez moi ça avait commencé très tôt.
De plus, dans les premiers jours de classe, j'avais senti le rejet, ou disons, je me sentais étrangère ou bien encore, on me le faisait sentir....De toute façon, c'est assez circulaire, ce genre de chose.

   De fait, lier connaissance m'était devenu difficile, à force de perdre les lieux, les gens, et de m'être vue trahie par mes plus proches; et, dans une petite ville de province, où, à cette époque là en tout cas, tout le monde surveille tout le monde et piapiate dessus, dès lors qu'on soupçonne chez eux une différence, ou qu'ils sont des "nouveaux" dans la communauté (le quartier, quoi), ce n'était de toute façon pas évident.

  Dans cette classe, 2 inséparables, une Isabelle et une Claire, se sont un jour intéressées à moi, avec une 3ème larronne, de façon fort peu catholique (je dis ça intentionnellement: ces petites fréquentaient assidûment le catèch, leurs parents étant à fond là dedans, ce que j'ai su bien plus tard, ne m'intéressant pas à la chose).Qu'avaient-elles entendu au sujet de ma famille par leurs parents?

Au lieu de faire un laaaaarge détour dans la cour, à la récré, lorsque leur chemin croisait l'endroit (un rebord de mur) où je m'asseyais en attendant... rien, elles sont venues me proposer de se faire entre nous un petit spectacle les unes après les autres, l'idée étant, à la fin, de voir qui savait le mieux faire rire les autres.
Autant vous dire que grande était ma joie de me voir enfin prise en compte par des filles paraissant si à l'aise dans leur peau, jolies et intelligentes...
Mais! Faire un petit discours marrant voire mimé devant un public ! Un numéro de cirque quoi...OMG! Comment faire ça?
Même avec la plus grande vanité je n'osais pas imaginer que j'allais y arriver.
Elles ont usé de toute leur persuasion, me flattant sur les capacités que j'vais sûrement, et j'avais tellement envie de les croire, et, de toute façon, j'avais tellement envie d'accéder à leur requête pour m'en faire des amies que.. comment refuser?

L'une d'elles commença.
C'était ennuyeux au possible, je trouvais même cela curieux, parce qu'en son ordinaire, elle était marrante au naturel.
Alors parfois je regardais un peu ailleurs.
Sans voir qu'on observait précisément mes réactions.
Puis une autre, pareil...
Quand ce fut mon tour, je ne sais plus ce que je racontais, sans doute un truc vécu à Abidjan (c'était mon passé immédiat alors bon..) avec Maybefrérot qui avait le chic pour faire des trucs improbables.
Leurs regards mornes m'indiquaient l'ennui profond... sauf la 3 ème larronne (misère, j'ai vraiment perdu son prénom) qui se retenait de pouffer.
À la fin, il y eu conciliabule.
Et jugement.

Et on m'annonça: que ce jeu avait été organisé pour vérifier si j'étais 'bonne' (au sens catho du terme, ce que j'ignorais, dois-je le redire) à savoir, étais-je capable de faire semblant d'apprécier les efforts de qq'un-e pour ne pas le ou la peiner.
Et que donc, les 3 filles avaient fait exprès de monter un petit numéro super chiant pour m'observer, et avaient convenu de ne pas rire si d'aventure le mien l'était,  "pour me donner une leçon" , et parce que " personne n'a à te servir, ici".
Promis elles ont employé ces expressions- là, le souvenir m'en brûle encore.
Je vous passe mes larmes d'humiliation et de tristesse.Encore une fois trahie.
Simplement parce que j'étais qui j'étais.
Et je me disais: ce sont elles qui ont raison, certainement, je suis moche en dedans de moi.
Il fallait s'adapter, je pensais y arriver suffisamment bien, à force d'aller de-ci et de-là, mais non, jamais.
Le faux-moi (p-ê faux-self )  n'était pas assez efficient...
Plus tard, Troisièmelarronne me dit qu'elle m'avait trouvée drôle justement, et qu'elle avait essayé de convaincre les deux autres de ne pas être si dures avec moi, mais sans succès.

   Pour info, la mère de l'Isabelle, un jour, avait toqué chez nous, nous habitions toutes 3 dans le même lieu (2 immeubles côte à côte que je vois encore quand je retourne dans cette ville) sachant que mes parents n'étaient pas là, pour me demander, sous couvert de s'informer sur  sa fille,  comment ça allait moi, mes parents, d'où nous venions et comment on vivait, avant d'arriver là.
J'étais flattée: comment? elle considère que je suis une bonne amie de sa fille?Allais-je la détromper?J'ai essayé, il m'en souvient, mais ce n'était pas l'intention de sa présence.
Naïve que j'étais...Elle est restée un petit moment.. ne dis pas à ta mère que je suis venue, n'est-ce pas...?
Mais je l'avais quand même raconté à Maybemother, évidemment.
Elle eut une colère noire.
Contre moi.. mais ne pas ouvrir la porte ou parler à la mère d'Isabelle?Comment aurai-je su qu'il ne fallait pas?
Bref une enquête de voisinage qui colporta que nous étions des  nantis qui se faisaient servir comme des coloniaux avant notre arrivée dans cette ville là. Bravo pour la tolérance. Qui explique bien des choses racontées plus haut.
Ce qui n'arrangea pas mes affaires pour lier des connaissances dans ma classe.

Puis tout cela se tassa....On vit, sans doute, que je n'étais pas si mauvaise bougresse, quoi...

Mais voyez comme ça reste encore bien présent.:
Encore maintenant, il m'arrive de penser  que ces filles avaient raison et qu'elles n'avaient blessé que mon amour-propre, càd mon orgueil.
Autrement dit, il est encore des moments où je ne m'écoute pas assez moi-même dans ma sensibilité et ma vérité, qui vaut bien celle des autres, et qui, puisque c'est la mienne, vaut au moins pour moi.
Alors que clairement la cruauté délibérée, au motif de "donner une leçon"  pour elles, tout à fait honorable, de bien-pensance, était bien de leur côté.
Me semble-t-il.
En tant qu'instit, si j'avais connaissance d'un tel agissement entre enfants, je crois que j'en ferais toute une séance de remise à plat.
Allez Maybepetite, on respire...
Mardi 3 avril 2007
    Sur un autre blog un post a rappelé un épisode à mon bon (?) souvenir.

...Ces 2 semaines avec 1/4 PS 1/4 GS 1/4 CM2 1/4 CE1, le tout dans des quartiers très hot.

   Traduction pour les non-initié-e-s:
Je faisais un remplacement de 4 décharges de dirlo, (parties en stage, tant mieux pour elles) dans des quartiers/cités  pas très proches les uns des autres, pas vraiment de lien bus, et je n’avais pas de voiture à l’époque, donc marcher (oui, entre midi et une heure, pour 2 jours de la semaine)... ha cheminer sur les bas-côtés de bretelles autoroutières... miam.

   Ce type de remplacement, quand on débute et qu'on n'a pas l'habitude des enfants (mon cas.. oui je sais  c'est bizarre dit comme ça),et même si on a une didactique réglée au quart de poil (ça  c'est une remarque pour saint meirieu et comparses)  c’est un peu la surchauffe des nerfs :
les gamins  voient arriver “la remplaçante”,  estiment très vite son degré de "tenue de route" (oui comme les pneus) et si  c'est dégonflé, se démobilisent scolairement et se mobilisent nerveusement:
 -"chic on va pouvoir se lâcher".

   Notamment dans ce CM2 que j’ai adoré, où ce quart temps était dévolu par l’instit en titre aux activités plastiques, qui m'avait donc demandé de ne faire que ça.
Mouais.
Autrement dit: se débrouiller en arrivant avec rien dans les mains, ni dans la tête, ni dans les placards, pour proposer fissa à la fois du matos, une organisation, un but, et de la discipline pour faire rouler tout ça sans trop de dégât.
   Rêvons pas: première année d’enseignement, je n’y suis pas arrivée comme requis par la brave (?)  dame.
Et j’assume.. maintenant.
Car sur le moment , je l’ai très mal vécu (oui comme déjà dit ailleurs, je suis affligée de conscience professionnelle qu’on peut aussi nommer culpabilité rémanente).
Voyez vous, l’instit qui assure la décharge, même si c’est un quart temps, est là toute l’année, donc elle ou il imprime sa marque, sa façon de faire, met en place des routines et des buts, des règles de vie...
Quand vous  venez remplacer 4 demi-journées.. heu....
   Alors on fait quoi dans ces cas là?
Ben on essaie de pas se faire bouffer toute crue, on assure l’animation , en gros,  garderie mâtinée d’activité colorée,  avec option boulot si ça se passe mal (en primaire, y’a des manuels!).
Et puis zut hein, au total ça leur a fait 2 journées un coup dans le zig, un coup dans le zag.. c'est pas la mort.

   Dans le même temps, la  PS:
les petits sont vite destabilisés par les changements, donc, si vous ne vous n'y prenez pas garde, et si les parents angoissent (surtout !! car l’angoisse des parents est une cause majeure de celles des enfants)  les gamins angoissent aussi et vous vivez dans un concert de pleurs en  cris majeurs pendant ... un bon moment.
Il faut l’avoir vécu, pour pouvoir se dépatouiller avec ce genre de situations :-)

Autant dire que ces 2 semaines là ont été parmi celles où s'est posé pour moi avec pas mal d'acuité le célèbre :
"je vais pas tenir 40 ans dans ce métier là..."
que je me dis encore tous les jours maintenant, assaisonné de :
"mais comment j'ai fait pour en avoir fait une grande partie déjà?"
Ce à quoi je me réponds que l'avoir fait a été au prix de bien des ...choses... (oui j'ai effacé, pas envie de développer).
Et justement je trouve que ça sofia comme ça, car j'en ai marre que ça moscou comme un prunier.
Ahem pardon je divague.

Halala, Maisonmammouth, ton univers impitoyââââbleuh.

(tiens j'avais des choses à dire finalement)
Mercredi 28 février 2007
     Brigade des Moeurs.

   A cette époque j'étais "brigade" .
Un-e ZIL intervient sur une zone localisée en remplacements courts( qqes jours) , un-e brigade sur une vaaaaaste zone en remplacements longs (les autres).

  Je visitais donc des cités diverses... comme quasiment tous les débutants dans le métier.
Chacune avait son heu... orientation particulière.
L'une: extrême pauvreté, l'autre: les primo arrivants, la voisine: les stups (certains matins, plus personne dans les rues.. une rafle avait eu lieu au petit matin), et ainsi de suite....
Dans la cité où se trouvait cette école et où  je remplaçais dans une GS, on avait des affaires de mœurs.
Bien sûr j'ai entendu des récits  crus/moches/tristes/difficiles avant celui qui vient, et d'autres encore après.
Mais celui là m'est resté un peu plus que d'autres.

  Un jour Boulenvrac est particulièrement silencieux.
Il a sa petite sœur en PS, dont j'apprendrai que ça ne va pas mieux: elle fiche toute la classe en l'air.
Je finis par trouver moyen de le faire parler un peu.
Et je ne comprends pas ce qu'il me dit :
- " Papa il a fait le chien avec maman, il voulait qu'on reste regarder, et il lui tenait les cheveux très fort... maman elle criait, après il a crié aussi, il disait que c'était bien fait pour elle... après c'était fini"
?????
Décodage rapide: les parents se sont disputés (c'est pas la première fois, mais Boulenvrac ne me rapportait que des cris, pas de gestes) et il y a eu agression physique dont je n'arrive pas à comprendre la configuration ni la gravité, qui , visiblement, a beaucoup choqué  Boulenvrac.

  Qqes jours plus tard, avec des yeux angoissés, Boulenvrac me demande:
- " le trou pour faire caca, ça fait mal si on met comme un bâton dedans?"

3000 tours/secondes dans ma tête.
Oh non, quelle mocheté :-(

Je questionne:
- " Tu veux dire que ta maman  a eu le bâton de ton papa dans le trou pour faire caca?"
- "[acquiescement muet] elle avait mal ma maman"

Peu de temps après j'apprendrai la réalité de la scène par 2 sources différentes:
le père a voulu "punir" la mère d'avoir fait un achat qui ne lui agréait pas, et lui a imposé une violente sodomie en demandant aux enfants de rester pour qu'ils voient bien
-  " quelle chienne est [leur] mère et souvenez vous en" (les mots -hurlés- ont été entendus par la tierce personne qui m'en fera le récit.)

  Avant de savoir tout ça, mon boulot aura été de rassurer l'enfant...notamment sur le fait que les disputes entre parents ne sont pas de sa faute ... car dans l'imaginaire de l'enfant,  s'il y a crise, elle est provoquée par ses fantasmes libidinaux et destructeurs à lui (cf M.Klein) .

   En revanche lui faire saisir ce qu'il en est des violences dans le couple de ses parents, dont sexuelles comme  celles qu'il a vues ...  l'univers de la classe n'est pas vraiment adéquat pour ça, excepté sur le côté social (lois , interdits etc) il lui aurait fallu une aide psy.
Evidemment, vous vous doutez bien que vu la config familiale et mon temps de remplacement je ne risquais pas de simplement le suggérer....
  Me demande ce qu'il est advenu de ces gamins...Comment ils ont construit leurs relations, amoureuses ou non, ensuite...
Lundi 26 février 2007
Une tapette
Ou la rencontre du troisème type.
   Dans cette même cité et année que dans 'Et soudons nos lèvres' ...

   C’est viscéral je ne supporte pas la négation de mon être en tant que femme, ni la négation des autres femmes d’ailleurs, que je ressens lorsque certains pères/ hommes  s’adressent à moi.
Ou la relegation des femmes à leur corps/sexe ce qui revient au même, en somme.
Que ce soit au motif de religion ou de machisme, on peut discuter - mais vu que les religions   sont écrites par et pour les hommes, bon... suffit d’être un peu(?) extrêmiste dans l’application de la lettre (qui tue, rappelons le) pour que ça devienne irrespirable en tant que femme...et c'est l'extrêmisme en question qui me dérange, quelle que soit la religion. Donc les extrêmistes.

  Un  jour, un père apparemment de ce tonneau  vient me demander des niouzes de  son garçon, sans me serrer la main pour dire bonjour, et surtout surtout sans me regarder en face en me parlant (c’est agréable ça, je vous dis pas).
Hé ben ce jour là  j’en ai ras le bol d’être traitée comme une impure intouchable et irregardable au motif que mon contact et mon regard souilleraient  le sûrement irrrRRRrrrréprochable et vertueux  homme qui est  à  mes côtés.
   De ce fait, je termine la discussion avec un grand sourire  bonhomme (enfin, bonnefemme),  et en disant:
-- “c’est bien d’être venu me demander des nouvelles, mais ne vous tracassez pas, il apprend et avance vite, votre fils”...
...je lui tapote gentiment l’épaule.

    Je suis l’instit de son fils, donc il  vient me voir parce que je détiens ce ‘pouvoir’  (très limité) et ce ‘savoir’ là (pareil) , mais comme j’ai des coquetiers intégrés et non des bourses apparentes, je suis  une souillure en puissance sur pattes?
Hého.
   Il y a une distorsion entre le rôle socio-professionnel donc ma fonction, et l’être qui le joue donc ma nature uniquement dans son aspect sexué (voire sexuel, ouh la vilaine elle jouit peut-être au lit!, Et pourquoi vilaine,  lui non  peut-être?)  et  c’est cette dernière qui prévaut .
   Qu’on ne vienne pas me parler de relativisme culturel, en ce qui concerne les femmes, c’est effectivement culturel, mais pas relatif du tout, je ne peux pas accepter ça.
   D’ailleurs en classe, j’oblige mon discours et la grammaire à tenir compte du féminin, je modifie les histoires pour enfants  pour casser les stéréotypes, et je me bats à ma petite mesure contre les assignations genrées que les enfants intégrent extrêmement vite, hélas.
C'est normal: nous vivons dans ce contexte là.

    Bon, et le papa tapé, comment il a réagi?
Il m’a lancé un regard noir (ha tiens, j’ai donc eu ses yeux en face des miens, le mal était fait, quoi, et le mâle défait), a grommelé  une sorte de “merci”  et on s’est séparés ...

(texte modifié reposté)
Mercredi 17 janvier 2007
    En ce moment, chez nous,  une AVS en remplace une autre.
Son visage me parle et inversement, nous nous sommes regardées et...tilt !!
    Il y a 8 ou 9 ans, elle était déjà AVS, et par miracle et bras long, des parents  avaient obtenu un mi-temps d'aide dans ma classe pour leur 2 enfants qu'ils venaient d'adopter: ils étaient allés les chercher en Roumanie l'été précédent après moult démarches.

   Poingsdurs, petit blond rageur et donc castagneur et Grandpleurs, brun longiligne dont vous devinez la bruyante activité.
Age de CE1 mais non francophones, découvrant leur nouvelle famille adoptive, les structures temporelles, les nouveaux espaces, les gens, tout.
   N'étant pas frères :
les parents ont visité un orphelinat, avisé Grandpleurs et l'ont  préempté.
Or, à chaque visite,  un petit blond les suit partout, se fait présent et collant.
La mère me dira:
- " A force de le voir toujours avec nous et Grandpleurs,  on a imaginé, peut-être en se faisant des idées, qu'il sentait que c'était sa chance. Le destin?
On a craqué devant toute cette misère, alors, au lieu de n'adopter qu'un enfant comme prévu, ben on a pris les deux."

   A cette époque, dans l'école se trouvaient 2 sections de GS, but de leur intégration en pré-elèm: les rendre aptes à aller en primaire l'année suivante.
Logiquement: nous décidons de mettre l'un dans l'une des GS et l'autre dans l'autre.
    Seulement voilà: pour Poingsdurs, se retrouver en collectivité d'enfants , ca signifie y être à nouveau abandonné.
Et pour Grandspleurs aussi d'ailleurs.
Alors pour Poingsdurs, être en plus séparé de Grandspleurs, c'est hautement déclencheur d'une détresse majeure.
    Initialement, je propose à la maman de rester avec moi dans la classe, les premiers temps, pour faire transition, puis elle reprend le boulot.
Et à force de voir Poingsdurs tenter de rejoindre Grandspleurs, je  le prends dans ma classe aussi.
    Ils sont l'un et l'autre assez grands pour atteindre le verrou de la porte d'entrée de l'école: il faut surveiller en permanence, or c'est une classe de 30, il m'est arrivé une fois de le rattraper in extremis sur le trottoir: ma classe est la plus proche de ladite porte (3m de couloir, et je ne ferme jamais  la porte de ma classe, ca m'asphyxie, entre autres raisons).
     Lorsque l'AVS est là, ça soulage  un peu, ils ont une attention plus ciblée sur eux....
Quand ce n'est pas le cas, les premiers mois, c'est assez dur.
Et puis.... ils reprennent confiance... en eux-mêmes, en la vie, en les adultes (en vrac et dans le désordre) autres que leurs parents adoptifs.
Ils parlent français avec un accent trrRRrrès rocailleux, au début.
Grandspleurs est passé de  niagaresque/hurleur à rigolard qui veut bien faire et Poingsdurs s'implique dans le scolaire, il veut réussir, réussir pour être gardé, dirait-on, mais reste un dur des poings.
Ils passeront en primaire, je saurai plus tard que les choses ont suivi leur cours... correct :-)

    J'ai admiré les parents adoptifs pour leur abnégation: 2 enfants de 8 ans ayant passé un temps x dans un orphelinat roumain... fallait avoir la foi, les tripes, le coeur pour.
Bravo à eux.
Jeudi 11 janvier 2007
Restons soudés
   Il faut faire gaffe à ce qu’on dit, des fois.
Dans cette classe de CE2 (un remplacement je ne sais plus où), début d’été, il fait entre 30 et 35° dehors déjà, donc avec la chaleur humaine, dans la classe...
  Pas mal d’enfants  sont issus de familles pauvres, y’a pas d’autre mot,  et la négligence parentale se rajoute  à leur pbmes de vêture.
Ca se voit moins en été,  mais  ça se sent  plus.
Je veux dire avec le nez.
   Notamment cette petite , là, que je vais nommer Caroline, ayant oublié son prénom ...
Ses baskets en toile, comme tous les baskets en toile du monde quand on transpire dedans, puent.
  Et pas que ses baskets.
Un jour de touffeur maximale, je n’arrive plus à aller près d’elle pour lui expliquer un truc.
Or elle a besoin d’aide,  et de présence  affective, je m’en veux bcp, mais là, c’est trop.
Et puis ça ne doit pas être confortable pour elle, non plus.
...Ben oui, pas de bol, j’ai une  voix douce et un nez fin (oui, au figuré), ça n’aide pas , dans ce métier.
Alors je m’en ouvre à une collègue:
-” tu crois que je peux discrétement dire à la mère de penser  au lavage quotidien de Caroline?”
-” suuuuuuurtout pas” me répond-elle vivement “suuurtout pas, l’an dernier j’ai essayé,  et elle est revenue le lendemain en ayant du mal à marcher, la gosse.”
-”????”
-” .. . le soir j’en ai parlé à la mère, et elle m’a dit:  «ha bon? pourtant je lui ai lavé les pieds, hier soir, dans mon seau de soude, c’est bien pour le ménage, et ça lui a bien lavé les pieds...» alors tu sais, ne dis rien !!”
   Oh, boudiou.....la concentration en soude avait dû bien décaper la plante de pieds de Caroline...pauvre gosse.
   Et j’ai appris l’apnée circonstancielle.

Et soudons nos lèvres
   Et à savoir utiliser le mensonge par omission. Ou disons un certain type de silence très diplomatique: on sait que c'est parfois nécessaire en ce qui concerne les apprentissages, mais c'est aussi le cas pour les comportements, parfois.
Dont cette fois là, en GS. Poste pour l'année, quartier assez difficile, cité à pbme, contacts avec les parents variables, sans plus... mais bon...
    C'était  plus tard, j'avais quoi 3 ou 4 ans d'exercice derrière moi (je compte par rapport à l'âge de Maybejunior) , j'étais plus tout à fait bébé-instit, mais ça n'a pas empêché l'erreur cette fois là.
Dans cette classe, assez vaste, outre le coin maison/dînette, on avait un grand coffre de vêtements divers, dont des grands robes/djellabah, trucs qui brillent, écharpes à paillettes etc.. donc: coin-déguisement.
  Comme vous savez, le  jeu symbolique est très important pour les enfants.
Et les p'tits meks ne sont pas les derniers à jouer à la dînette, et à se déguiser... en princesse.
Pour tout un tas de raisons dont on peut discuter, mais qui se résument à celle-ci: le jeu symbolique, c'est important !!!
 Notamment un grand brun costaud, un peu fanfaron, qui a hésité un moment avant de se lancer dans ce jeu là ... depuis lors, en classe, il est.. comment dire... plus sûr de lui, donc moins dans le théâtre de lui-même et plus ouvert aux apprentissages en cours.
Les parents m'ont tout l'air ouverts et sympa... père un peu beaucoup macho, mais bon, vu la culture et le quartier.. c'est banal.
  Jusqu'au jour où, ledit paternel me demandant comment va son garçon, je le rassure et ajoute avec un grand sourire 'surtout depuis qu'il se déguise en princesse, ça l'amuse bcp '.
Changement à vue du père: les yeux noircissent, je me ratatine, j'ai clairement fait une bourde monumentale... j'essaie de rattraper la chose, je noie tout ça sous un flot de paroles....

   Le lendemain, Brunfanfaron ne va pas jouer, regarde ses potes au coin-déguisement, est tout silencieux.
   A la récré il bouillonne, effervesce, papillonne, dervichetourne partout,  fait suer le monde, se met en danger et est un peu plus violent que d'ordinaire.
Qqchose cloche, c'est clair.
Retour en classe.... après les ateliers :
-"Alors Brunfanfaron tu ne vas pas là-bas (coin-fripe) aujourd'hui?"
-"non, pas envie"
Tête baissée, ce n'est pas son habitude, je le sens triste  et incertain.
-"pourquoi donc, ça t'amuse d'habitude"
- [ton violent et accusateur] "c'est pour les filles!!"
Ha.... c'est là que le bât blesse.. et blesse est bien le mot.
Je vous le fais court, mais en parlant avec le petit, j'apprends que le père lui a fichu une rouste  pour lui interdire  de se déguiser "en fille"...
Je m'en veux ***bcp***, j'aurais dû estimer mieux la situation, ça faisait un bail que j'avais pas fait de bourde majeure comme ça.
   Merde alors.  Pauvre gosse.
Sans compter que le gamin n'a plus confiance en moi, du coup, il me faudra retravailler le lien avec lui, ce qui s'avèrera difficile, notamment, comprendrai-je ensuite, parce que le père n'a plus confiance en moi non plus (je fais de son fils ... une mauviette, disons poliment).
   Alors voilà.. la variable culture/famille.. c'est vraiment qqchose à ne pas oublier...
Mardi 2 janvier 2007
     Continuons à égrenner des  vieilleries...

Aimez vous les uns les autres
   Un de mes premiers stages en responsabilité (cad seul-e) du cursus de l’EN.
Un CM2, dur, très dur. Je remplace un gars.

 Je suis complétement démunie, j’arrive à rien, larguée là, à tenter de faire tourner cette classe pendant 3 semaines.
Je crois que je suis pas de taille.
J’en suis malade de stress le soir en reprenant le car. Et le matin en me levant, si d’aventure j’ai dormi la nuit.
Un vrai désespoir.

   Je me vois pas faire ce boulot là 40 ans de ma vie.(rappel: je ne l'ai pas vraiment choisi, mais comme tous les consciencieux qui "peuvent toujours faire mieux", je ne peux pas m'imaginer l'exercer par dessus la jambe)
C’est mai-juin, il commence à faire très chaud.
Un jour où l’emploi du temps suppose sport au gymnase, je suis complétement débordée.
Le caïd du clan  se masturbe à moitié (ou complètement, j’ai pas vérifié) en haut de la corde à grimper, pendant que son second  met le feu en bas, histoire de pas  laisser possibilité de me multiplier.
  Je ne sais plus comment  j’ai réussi à ramener ce petit monde en classe.

Je leur demande de faire je en sais plus quoi... rien ne vient, que du bruit, du mouvement, le scolaire est un jeu qui a des règles, ces enfants là ne les acceptent pas, tout bêtement.
    J’en peux plus. J’ai honte. Terriblement honte.
Ce caïd-là a doublé ou triplé des classes de primaire, je dois avoir 6 ans de plus que lui, 7 au mieux, avec une vie très... on va dire “protégée" de la confrontation au social ("enfermée" siérait mieux).. je ne sais pas du tout manipuler les comportements qui partent dans tous les sens.
 Tous les jours, ma pensée va vers les profs de collège: comment font-ils?
Je ne sais absolument plus quoi faire  j’ai épuisé mes “trucs”, ma voix, ma “carrure” morale...
... de plus  je ne suis qu’une femme, ça compte, dans la culture de ces enfants là.

   Alors, ce jour là, je m’effondre en larmes sur le bureau.
Personne ne nous avait prévenu-e-s de ça, dans l’Ecole Normale, ni expliqué un peu comment s’en sortir; on nous disait:
- “vous savez, ici on vous donnera pas de recettes, à vous de trouver.”
Merci.
   Je ne suis pas sûre que ça ait changé dans les IUFM (mais les PE sortent plus  âgés que nous l'étions) , du moins ce que m’en on rapporté des actuel-les sortant-e-s, c’est qu’on donne aux futur-e-s PE le discours à la Meirieu, càd:
- "avec une bonne didactique, vous tiendrez votre classe, si votre pédago est bonne, si votre séquence est bien préparée, pas de pbme de discipline."
   Mais bien sûûûûûr..... et sauf aussi que c’est la journée entière qu’il faut tenir, pas que la séquence...
J’entends, entre mes sanglots  et l’énergie que je mets à ne pas trop les montrer, la voix du caïd:
- "bon allez on se calme, t’as vu, elle pleuuuuure."
- "ouais.... on arrête, tout le monde."

 J’ai honte, de moi, de mon incompétence,  de mon manque de poigne, de ma nullité pédagogique, donc...
Pour aller bosser les jours suivants  c’est un calvaire.

   Maintenant, quand je revois la situation, en raisonnant dessus, je sais que le pbme, c’était pas vraiment moi ou mon éventuelle incompétence, mais bien que l’école est à la fois une base mais aussi un reflet de la société où elle se trouve.
Et que ces enfants là étaient déjà bien cabossés par la violence de leur vie.
Qu'enseigner dans  ces conditions là c'est d'abord suppléer aux familles, cad éduquer, pour instruire, on verrait plus tard, s'il y a un plus tard.
Maintenant ça je le sais.
Je sais que quand on agresse, quand on déstabilise, c'est bien qu'on vit dans ou avec une peur, quelle qu'elle soit, qu'on cherche à savoir comment l'autre fait avec sa propre peur,  comment l'adulte fait dans une situation critique, comment il se donne du jeu par rapport au cadre pour y puiser une ressource personnelle, que l'adulte doit donc avoir composé avec sa propre violence, son agressivité face au danger, donc ses propres peurs ... identitaire, entre autres, sexuée, pour la confrontation aux pubères.. tout ça maintenant , je le sais.
Ce qui ne veut pas dire que j'aie envie à nouveau de m'y confronter avec un autre public que celui auquel j'ai à faire : enfants de prélémentaire et surtout surtout leurs parents.
  En tout cas, dans mon ressenti, de cet épisode subsiste l'urgence à rentrer sous terre, à  rentrer tout court, à la maison, sous la couette, disparaître, ne plus être, espèce d'incapable.

   Je ne sais pas comment je m’en suis sortie, comment j’ai achevé ce stage.
Sans doute ai-je laissé choir toute velléité de transmission, et ai-je simplement tenté de faire fonctionner ce qu'on appelle maintenant le 'vivre ensemble'.
Je ne sais même plus  comment j'ai pu être validée par le prof passé me voir.
Il y a un grand blanc dans mon souvenir, une ressource a dû venir d’assez profond en moi pour ne pas m’effondrer et continuer à être présente à ces gamins, mais je ne sais absolument plus quoi.

   Il ne me reste que cette impuissance, brûlante comme les larmes sur mes joues que je sens encore, ma bouffée de rage incendiaire contre moi-même, toujours vivace, le sentiment d’abandon total dans cette classe, de n’avoir aucun recours, aucun, et personne à qui donner le relais 5mn pour me  reprendre une contenance, ou juste me rassurer...me dire que la “variable didactique groupe classe” jouait à plein, là, du côté de la violence...
  Plus tard aussi, j’ai appris qu’une autre “variable didactique” qu’on néglige de signaler aux jeunes enseignants (enfin peut-être que si, maintenant) c’est la famille.
   En elle-même.
   Dans ses effets sur l’enfant, ses désirs et développement de capacités.  
   Dans ses interrelations et ses rapports au monde.
   Et donc le monde où elle s’insère.

Tout ça, on l’apprend sur le tas, en fait.
Pauvre tas.


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