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Samedi 19 janvier 2008
Vous vous souvenez de la campagne au sujet de la dépression?
On la voit encore de fois à autres.
Ce spot dessin animé, avec une voix off "il existe une maladie qui..."
Avec un guide qui se trouve là...
Où il est question d'un "épisode dépressif" qui se traite, autrement dit  où le modèle est la classification DSM IV.
Ca fait longtemps que je voulais  dire un mot de cettte campagne, mais voilà, le temps tue.. le temps...et certainement plein de choses ont dû être dites par des spécialistes.. mais  c'est pas une raison pour que je me la ferme, tiens.

Or donc, je suis vachement dans l'actu puisque je vais en causer maintenant tout de suite illico là.
Et je reprends, pour faire ce post, des notes que j'avais mises dans un coin.. il y  a donc heu, genre 2 bons mois.

Or donc, quand j'ai vu le spot la première fois, je me suis dit:
...tiens tiens, on fait une campagne de santé publique comme pour les fruizélégumes à manger nombreusement tous les jours pour vivre vieux et chier mieux (pardon hein c'est juste pour le slogan bien sûr) ...

Puis, comme je suis persuadée que plein de gens ignorent ce qu'il en est vraiment d'une dépression (sous diagnostiquée, déjà), j'ai pensé:
....bon ben au moins ça permettra d'en savoir un peu plus aux gens qui face à un-e déprimé-e disent:  oh ben taka!
Suivi au choix de: te secouer, sortir, voir des gens, faire du sport, voir la vie en rose (t'es trop hypersensible, allons), te calmer (un bon marqueur de la dépression est l'irritabilité), prendre tel médoc, essayer le yoga.
Et ça, pour bien des déprimé-e-s, ce serait un vrai soulagement, de plus entendre ces propos qui culpabilisent qqu'un-e déjà en pleine noirceur de soi-même.
Donc à la limite dire que c'est une maladie, ok, quoi.

Mais, aïe, là ça coince, voyez.
Parce que à bien y regarder (le message lui-même et ses supports) ce qu'il s'y dit, c'est qu'une dépression est UN trouble isolé, un trouble en soi, sans aval ni amont ni alpages sur tous les côtés, ce serait  une déviance de la santé, de la pensée et de l'activité normales (normées?) et en plus de tout, elle serait  définie par le traitement qui s'y applique.

D'abord comme traitée  par telle molécule.
Cad qu'une maladie arriverait par défaut de telle molécule dans le corps.(ce sur quoi jouent une bonne partie des antidépresseurs)
Genre, j'ai pas assez d'acide acétylsalicylique dans le corps, paff je me fais une migraine.
Bé zut tiens. C'est ballot. Si j'aurais su, j'en eu prenu !

Ou bien qu'elle arriverait par défaut de soin à porter à soi même, cad hygiène de vie.. définie par qui? Ha voui les spots de campagne de santé publique.
Et en termes d'hygiène morale (les TCC vous aprendront à vous autohypnotiser!), kicéki nous dit comment faut penser droit, fort et wouinneur pour ne pas laisser la vilaine humeur triste et paralysante qui coûte cher à la sécu s'installer?
Allons, déjà c'est ta faute si tu attrapes des virus, microbes et crobes entiers, déjà alors bon si en plus tu te mets à penser, hein...

Savez vous?
Des psys se sont battus pour que la diversité des thérapies possibles soit mentionnée.
Cad que c'était pas gagné au départ de la conception de la campagne.
Heureusement, mais ça ne change pas le fond du message: si traitement alors maladie.
Et maladie isolable.
Renversant, non?
(en plus d'être une maladie qui isole- ce qui est une réalité, ça, en revanche)

 Rappel:
Un symptôme : une des manifestations subjectives d'une maladie ou d'un processus pathologique en cours, tel qu'exprimé par le patient. En général, pour une pathologie donnée, les symptômes sont multiples et singuliers.
Signe clinique: manifestation objective d'une pathologie/maladie ... cad résultante (interprétation subjective?) de l'observation d'un-e patient.
Donc il faut avoir une collection de maladies prêtes à se caler dans/sur les signes et réciproquement, sinon... ça sort du cadre.


Une dépression c'est un symptôme ou un ensemble de symptômes pour dire un mal-être personnel ou un nœud psychique qui se trouve ailleurs.
En elle-même, elle ne signe pas une maladie, donc.
Même en mettant les dépressions des bipolaires (maniaco-dépressif-ve-s) et unipolaires (hahaha-pardon c'est nerveux- mélancoliques, donc) et donc tout le versant psychotique des dépressions du côté de la maladie, il n'en reste pas moins que la maladie qui s'exprime là, chez ces sujets, est autre chose que la dépression (ou la manie) qu'ils manifestent.(d'ailleurs, parle t-on de maladie -isolable, donc- pour la manie?)

Quand on sait aussi que 30% des dépressions ont pour étiologie majeure... le contexte socioéconomique (on le dit pas souvent d'ailleurs, on privilégie d'autres choses en termes de causalité - j'avais qqes profs de facs dissidents :-))  ben ça peut aussi poser question.
Qui dérange, la question.

Quand on sait aussi qu'il y a 60% de rechute à 5 ans.. bon...

Par ailleurs, le "plan "santé mentale"(*) me ramène inévitablement à ce post ci et surtout à l'autre bouquin de Gori/DelVolgo  évoqué , ... et à rappeler ici que dans les facs (là où s'obtient le diplôme pro de psychologue) et en médecine pour les intéressé-e-s à la psychiatrie, la formation est de plus en plus axée DSM (cad un syndrome=une molécule) ou TCC,  et de moins en moins singularité du sujet.
Le temps de l'écouter, de suivre son histoire et sa plainte et de l'aider à se construire sa vie à lui, le temps d'avoir ses propres passages à vide qui vont le fonder autrement, non, !
...allons, voyons, soyons rentables.
Cad la formation est de plus en plus réduite à ce qui irait vite et marcherait. (et là je lolle, pour de bon)
Et les traitements feraient des gens bien formatés pour "fonctionner".
Pas pour imaginer, rêver, exister pour et par soi-même, changer d'horizon mental ou affectif, allons, c'est pas bientôt fini la dissidence?

 Voilà: je vous ai là reformulé en phrases mes notes du moment.

Et puis, un certain temps après ces reflexions là, sortait le JdesPsys du moment (cad celui de décembre janvier, quand je vous dit que je suis super en retard sur l'actu...), alors je vous en  livre l'édito in extenso:

"C'est décidé, n'y allons pas par 4 chemins, les suicidaires et les pédophiles sont génétiquement programmés, certains enfants auraient l'instabilité dans la peau dès le plus jeune âge, l'autisme est causé par un dérèglement biochimique.
Seule ombre au tableau, la dépression qui fait de la résistance, bien que la stimulation de certaines aires corticales pourrait, selon certains, éradiquer notre caractère bougon.
Ce qui est intéressant, c'est de constater que nombre de ces déviances font l'objet d'une rectification sociale à coup de campagnes publicitaires.
Leur trait commun est leur caractère épisodique: une campagne chasse l'autre. Il faut, cependant, que le citoyen intègre la précédente pour être réceptif à la suivante, surtout s'il vient à cumuler les défauts de fabrication.
Ainsi, la dépression est une maladie sur laquelle existerait désormais un consensus. Le journal Le Monde le dit. La dépression est devenue une maladie isolable qu'il faut traiter en tant que telle, si possible avec l'arsenal à la mode: petites pilules et, pourquoi pas, électrodes.
Cette dernière technique s'appelle "stimulation magnétique transcrânienne", est dite indolore et apportant bcp d'espoir aux malades!
Que signifie ce soudain consensus?D'où vient-il?
Est-il la conséquence de cette fameuse journée européenne du 9 oct 2007 contre la dépression?Resterait-il des stocks d'antidépresseurs à écouler?
Bien entendu il n'est pas question de nier l'affect dépressif et toutes les formes qu'il peut prendre.
A cet égard, la diffusion d'un guide peur revêtir des aspects positifs en termes d'information.
Mais les messages publicitaires qui consistent à présenter la dépression comme une épidémie à éradiquer au plus vite sont d'un simplisme pour le moins inquiétant, au risque d'occulter les multiples questions que pose la prise en charge réelle et complexe des signes que l'on place sous le terme de «dépression».
Et surtout le rabattement du soin du côté du tout médical alors qu'aucun moyen supplémentaire de prise en charge n'est envisagé dans l'avenir par ces temsps de ...morosité.
A multiplier les infos sur le syndrome dépressif, on risque au contraire de 'lintention de départ, d'augmenter  à l'infini la cohorte des déprimés et, du coup, on frôle le fléau national.
Répétons le .
Le mal-être subjectif a des causes multiples qui vont des difficultés sociales à des accès dépressifs profonds en passant par des périodes de retrait parfois inévitables pour le sujet, nécessaires à une reprise personnelle.
Après le risque de devenir méchants, obèses, ou encore de dangereux  anorexiques, voici les dépressifs, tous confondus, qui dovent rentrer dans la norme.
Reste t-il encore une place pour un sujet qui n'est pas sans défaut?"
D Col, P.Conrath

J'ai une définition perso: la dépression est une maladie du temps et de la  lucidité....
par Maybe publié dans : Jus de tibia
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Commentaires

ça me rappelle des discussions que j'ai eues avec des gens au moment de la sortie du "livre noir de la psychanalyse" et - sans doute pas un hasard - du "boom" des thérapies comportementalistes.
Où j'en étais venue à penser que le fond de l'attaque contre l'analyse, c'est qu'elle n'est pas "rentable".
Alors que la PNL ("programmation" neuro-linguistique, tout un programme en effet!) et tous ces trucs censés te retaper en deux coups de cuiller à pot, ça fait surtout de toi un être "socialement rentable", qui se conforme à ce qu'on attend de lui (être un "battant") et qui, surtout, ne remet pas en cause l'ordre du monde.
Servan-Schreiber fils, celui de Psycho Mag, qui te promet qu'on "guérit" la dépression, est un super bon exemple de cette tendance à faire de la souffrance psychique une déviance par rapport à la norme.
Les thérapies comportementalistes, c'est ni plus ni moins un outil de pacification sociale à destination d'une population angoissée par la précarisation des divers aspects de son existence.
Et le problème, c'est que ça marche. L'utilisation des techniques de PNL en entreprise, y a pas grand-monde que ça défrise...
commentaire n° : 1 posté par : Ama-L (site web) le: 20/01/2008 13:29:51
Exact, Ama-L, ce bouquin, qui était vendu comme une nouvelle critique de Freud, ne fait que reprendre des trucs qui ont été dit sur lui et la psycha depuis un bon siècle, et déjà de son vivant, mais surtout fait partie du mainstream qui veut que le "bon" sujet, soit le citoyen (?) formaté à la cul-tu-re du moment.
Et donc à l'efficience.
Et les praticien-ne-s doivent s'y mettre aussi.
A la fac de psycho de rennes, mais pas que là, ça se généralise, il y a eu récemment des bagarres monumentales au sujet de l'enseignement à donner aux futurs psys, l'idée du prez étant d'y éradiquer au max le substrat psychanalytique ...
Ca renvoie bien au post de Leirn (cf son blog dans les liens à gauche) sur les directions d'université..

On peut critiquer la psycha, y'a bcp à dire dessus, et justmeent c'est bien de pouvoir le faire, c'est pas une chapelle inviolable, comme pour plein d'autres choses, mais c'est encore la théorie et la méthode, ou le substrat théorique de thérapie (brève par ex PIP), qui, bien menés, laissent le plus de possibilités de construction *personnelle*, singulière, de soi.
Mais ça prend du temps.
Et ça permet aux gens de réflechir leur vie, y donner du sens.
Ce qui n'est pas forcément confortable tous les jours, mais entre lucidité et souffrance qui va avec, et oeillères + confort mais qui marche sur la tête de l'autre, j'ai choisi.
Ne jetons pas les diverses thérapies à la mode ou préconisées actuellement,, y compris le tout médical etc: sachons où nous mettons les pieds.

J'ai récemment aiguillé qq'un-e sur un praticien en TCC pour affronter et utiliser/gérer au mieux sa phobie, sachant qu'elle fait une thérapie analytique en parallèle pour trouver le noeud de son pbme.
Ainsi, elle peut envisager de ne pas s'effondrer au boulot, ou simplement dehors, parce que ça constituait pour elle une urgence, (et qui ,au niveau personnelle, lui fait ressentir qu'elle peut avoir une maitrise de son vécu/ressenti, c'est donc une indication- au sens médical- qui lui convient bien) mais ne s'arrêtera pas à cette autohypnose que constitue le training des séances tcc.
C'est comme les antidépresseurs et anxiolytiques: pour travailler sur son mal être et sa souffrance, il faut arriver à avoir un peu une distance: pour vous voir dans le miroir, il faut un minimum de centimètres entre vos yeux et la surface réflechissante.
Les médocs, dans la plupart des cas (je mets de côté les pathologies mentales lourdes), servent (devraient servir) surtout à ça, avec une thérapie associée, sinon, c'est un cautère sur le bras, alors que c'est la jambe qui veut pas.
Je schématise, bien sûr...
commentaire n° : 2 posté par : Maybe le: 20/01/2008 13:51:18
Réponse à la question subsidiaire que je m'étais autoposée:
si la nana n'avait pas commencé et compté continuer sa thérapie analytique, lui aurais-tu quand même indiqué que peut-être une tcc l'aiderait à passer un cap?
=>Non.
commentaire n° : 3 posté par : Myabe le: 20/01/2008 14:07:30
"la dépression est une maladie du temps et de la  lucidité...."
PTIN, t'as vraiment l'art de remonter le moral toi!
;-)))
commentaire n° : 4 posté par : Ardalia shame on her! (site web) le: 20/01/2008 17:24:32

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