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Lundi 24 décembre 2007
   Obstacle :
Ce qui arrête ou ralentit le mouvement, la progression, le passage de quelqu'un ou de quelque chose.
Empr. au lat. obstaculum «obstacle, empêchement», dér. de obstare «se tenir devant», composé de ob «devant» et stare «être debout, dressé»

Extraits du chapitre "Considérations sur les obstacles"
issu de “Baisers, chatouilles et autres petits riens” 
Adam Phillips, 1993, trad 1998, Bayard Eds.


L’obstacle se tient devant nous, comme écran, symbole, fétiche, doudou....

‘...quelles sont les conditions préalables à la reconnaissance d’un obstacle?(...) première réponse: on ne peut reconnaître un obstacle -ce qui parfois signifie le construire - que si on est capable de le tolérer. C’est seulement en sachant ce qui constitue pour nous un obstacle que nous parvenons à comprendre nos fantasmes de continuité.”

Cas d’une mère qui se plaint de son fils qui, en âge de se mettre à marcher, serait toujours dans ses jambes, voire cramponné à.
Elle n’arriverait jamais à avoir un moment à elle, le fils est décrit comme ‘en travers de son chemin’.
Il y a donc un remaniement des enjeux du couple.
“Où irait-elle si son fils n’était pas en travers de son chemin? Je le lui demandai et elle répliqua gaiement: «Oh, je ne saurais plus où j’en suis!» Voilà qui m’amène à ma 2ème question: comment construit-on des obstacles? Et je donne une 2ème réponse: l’obstacle sert à dissimuler - «emballer» en quelque sorte - le désir inconscient. Si l’enfant est toujours en travers du chemin - et les parents et l’enfant sont tout à fait capables de s’assurer que ce soit le cas-, la mère ne risque pas de découvrir où elle pourrait aller si elle en avait la liberté (sans compter la liberté de chacun d’être lui-même un obstacle). Ainsi, une autre façon de décrire la situation familiale serait de dire que la mère et/ou le père ont besoin que l’enfant s’accroche à eux afin de bloquer la réalisation - ou la prise de conscience - de projets de rechange inconscients.
L’obstacle est un moyen d’empêcher que qqch d’autre arrive, une sorte de tache aveugle indispensable.”


“Autrement dit, la seule façon de découvrir son projet, c’est de repérer ce que l’on perçoit comme un obstacle et d’en prendre conscience. D’où ma 3 ème question:
quelle sorte d’obstacles se surprend-on habituellement à fabriquer?Ou, en termes cliniques, quel est le répertoire d’obstacles du patient, et, bien sûr, de l’analyste?Et la 3ème réponse pourrait bien être:
le désir ne révèle pas l’obstacle, c’est l’obstacle qui révèle le désir.
Mais si c’était si simple, nous pourrions demander à nos patient, ou à nous-mêmes: «Dis moi tes obstacles, je te dirai ton désir.»"

Cas de ce jeune homme qui ne tombe amoureux que de “femmes inaccessibles” cad, pour lui, qui avaient déjà qq'un dans leur vie.
“Je lui suggérai alors que cette inaccessibilité dont il se persuadait le rassurait peut-être et (...) qu’il avait besoin d’un obstacle pour exprimer son désir. Il admit qu’il se sentait plus  en sécurité quand les femmes qui lui plaisaient avaient  un ami pour le se protéger.. de lui.
Je demandai si ce n’était pas plutôt  lui qui voulait être protégé par un homme plus fort.
Et il répliqua, du ton dont on énonce un proverbe ou un dicton: «Pour avoir l’homme, séduisez la femme.»
Il est impossible d’imaginer le désir sans obstacle , et partout où nous repérons un obstacle, c’est que nous sommes  en état de désir.
(...) Nous ne savons pas très bien lequel des deux nous cherchons et il nous est difficile d’imaginer une histoire sans leur action conjuguée. Ce qui amène  à ma question suivante: pourquoi faut-il que nous nous les représentions comme inextricablement liés Si nous avions la réponse, nous saurions sans doute qqch d’intéressant sur les fictions que nous fabriquons autour du désir.
(...)
Pour en revenir au cas de mon jeune patient, ce jumelage apparemment inévitable de l’obstacle et du désir nous conduit à proposer une autre réponse: on ne peut se représenter l’objet du désir inconscient qu’à travers les obstacles à l’objet conscient du désir. Ce jeune homme avait conscience d’être attiré par certaines femmes et d’être freiné dans son élan par la présence de leurs partenaires.
Mais, pour lui, l’objet inconscient de son désir était justement cet obstacle, à savoir l’homme à supplanter.
Dans ce cas, le désir pour l’objet  sert  à masquer le désir pour l’obstacle.
(...)
Si je ne peux savoir ce que je désire qu’en me heurtant à ce qui m’empêche de l’obtenir, c’est que j’ai besoin de ces obstacles qui sont autant de moyens mnémotechniques  inconscients de mon désir. L’obstacle me rappelle ce qu’une partie de moi veut oublier. Les symptômes bien sûr, sont toujours interprétés par l patient comme des obstacles. Aussi vaut-il la peine de se demander comment le patient imaginerait sa vie en l’absence de telles contraintes.
Quels sont les scénarios catastrophiques - ou délicieusement catastrophiques - dont ces chers obstacles le préservent tout en lui promettant la réalisation dans un avenir sans cesse différé?”

 Cas de JJ Rousseau qui n’arrive pas à aller faire un achat dans une boutique, le regard des autres inhibant sa démarche, raconte t-il.
Il s’était fait chantre de l’innocence, celle-ci cachant l’idée que rien n’est interdit.
“La satisfaction pour Rousseau est la mort des possibles.
Dès lors, il éprouve le besoin, non de surmonter les obstacles, mais de les entretenir.(..) Lorsque nous nous retenons de faire qqch, ce n’est aucunement par maîtrise de nous-mêmes, c’est simplement que nous avons trouvé le moyen de rendre ce que nous ne faisons pas  plus excitant encore.(...)
Dans son [celui de Rousseau] esprit , les femmes au comptoir, les jeunes gens, la servante - cette avalanche d’obstacles - s’intéressent passionnément à son désir. Il a de l’argent en poche, mais il a besoin de ces obstacles pour qu’une banale envie devienne, à ses yeux du moins, criminelle.(..) Il est incapable de songer à  ce qui se passerait si personne ne s’intéressait à son désir.(...)
Mais si tout l’intimide - autrement dit, si tout l’excite - c’est parce que partout il découvre des obstacles et que chaque obstacle fait de lui un criminel en puissance. Et il ne peut devenir un homme que s’il se perçoit inconsciemment comme criminel.
Rousseau attire ici notre attention sur notre amour des obstacles.
Ce qui m’amène à proposer une autre réponse: c’est avec des obstacles et non des objets que nous avons nos premières relations.”

Correspondances avec le fétiche et l’objet transitionnel, A.Phillips remonte au jeu de la bobine pour parler de la constitution de l’objet... via l’obstacle, notamment celui de l’absence-présence de la mère.Et l'Ics peut être pensé comme un espace exempt des obstacles créés par le processus psychique secondaire, les obstacles appartenant à d'abord notre monde interne..

“ Ce que je suggère ici, c’est que l’enfant ne peut découvrir ce qu’est l’objet - ou plutôt, se faire une idée de ce qui pourrait être, de ses propriétés et de ses relations aux autres objets - que s’il trouve ou invente des obstacles à franchir pour y accéder ou en disposer.
Cette quête d’obstacles - ce besoin de leur imposer une apparence familière dans le temps et l’espace - fait partie de la recherche toujours déçue et recommencée de la nature de l’objet.
Je ne peux déterminer la nature de ce qq'un ou de ce qqch qu’en repérant ce qui s’interpose entre nous.”
“Dans la conception freudienne(..) nous sommes aussi faits de deux mondes: un monde affranchi des obstacles habituel - cet inconscient que Freud appelle «l’autre scène»- et un monde qui est un véritable parcours d’obstacles, un monde présidé par un moi éperdument en quête d’obstacles.”

          ................

     Donc, gens de l’internet mondial, mes frères z’et mes sœurs, sans z’obstacles, nous serions perdus.
Car en vérité je vous le dis, seul l’obstacle peut nous dire ce qu’est le monde, qui nous sommes et nous montrer la voie.
Tiens... ceci me fait penser que l'obstacle pourrait prendre un autre nom....


PS: vous vous êtes endormi-e-s?
Remarquez que j'ai pas mis de commentaire :-)
A vous d'en faire :-)
par Maybe publié dans : Page à page
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Commentaires

Tsss, je croyais que c'était les fêtes, qu'il fallait faire léger, tout ça... :o))))
commentaire n° : 1 posté par : Djac Baweur (site web) le: 24/12/2007 10:05:51
C'est très très léger :-)
Pis t'es pas obligé de croire tout ce qu'on te dit, non plus !

Pis ici c'est cheumoué, ch'fais skeuj'veux ;-)
commentaire n° : 2 posté par : Maybe le: 24/12/2007 11:11:43
Chaipa pourquoi, je sens que ce post fait obstacle à tout commentaire.. tchiptchip...:-)))
 Oui je sais, cénowel !
 Rhalala.Douée pour choisir mes moments, moi :-)
réponse de : Maybe (site web) le: 24/12/2007 21:59:54
hou la la comme c'est compliqué avant Noël ! Mais tu as raison. j'ai lu vite mais je suisd'accord : l'obstacle rend le résultat plus précieux. Réflexion toujours d'actu. Joyeuses fêtes ! passe un bon moment, quelle que soit la façon dont tu t'y prennes !
commentaire n° : 3 posté par : fanette (site web) le: 24/12/2007 17:52:35
nan nan, il est très bien pour demain ce post ! :-)
là j'ai été obligée d'arrêter de le lire parce que ça me prenait trop de ressources cerveau à gamberger tout seul alors que mes cellules grises sont réquisitionnée à travailler plus pour dépenser encoreplus et rentabiliser l'automatisation du trouvage-emballage de cadage... ;o)
commentaire n° : 4 posté par : rififi le: 24/12/2007 18:00:39
@fanette: bienvenue par ici :-)
Mais justement aucun mot n'est de moi dans ce post, il s'agit d'extraits d'un bouquin....

@ Rififi: ha forcément si tu emballes, hein...tes cellules grises s'emballent.. ça le fait pas quoi.. y'a comme un obstacle en fait...
commentaire n° : 5 posté par : MAybe le: 24/12/2007 19:38:41
oué ben justement, pourquoi donc que tu as choisis ces extraits d'abord ?
me suis pas endormie, pourtant "Baisers, chatouilles et autres petits riens" j'aurais imaginé ça plus léger comme lecture...

je suis d'accord avec un truc "Il est impossible d’imaginer le désir sans obstacle , et partout où nous repérons un obstacle, c’est que nous sommes  en état de désir." Si on considère que s'il y a désir, il y a peur d'échouer et que dans ce cas on a tendance à relever les éventuels obstacles
enfin je crois, mais c'est un peu facile de dire que si on bloque toujours sur qqch c'est parce qu'en fait c'est ça (le blocage) qui fait triper, d'autant plus que si on bloque, c'est qu'on n'y prend pas de plaisir.
Se taper la tête sur un mur parce que ça fait du bien quand ça s'arrête, c'est pas trop mon truc.

"sans obstacles nous serions perdus" > ah ok ! c'est pour ça qu'il y a de plus en plus de barrières partout pour pas qu'on fasse ce qu'on a envie, c'est parce qu'on aime ça.
Bon sang mais c'est bien-sûr, suis-je bêêête, tout est fait pour combler nos désirs :-/

(5k6... et un blanc svp ;o) )
commentaire n° : 6 posté par : rififi le: 25/12/2007 15:10:38
Je ne vois plus les tourniquets du métro de la même manière, maintenant... :op
commentaire n° : 7 posté par : Djac Baweur (site web) le: 25/12/2007 15:13:40
Le titre du bouquin est tout à fait crétin.
En VO c'est:
"On kissing, tickling, and being bored: psychoanalytic essays on the unexamined life".
A noter: c'est de la psycho anglo-saxonne, comme bien vous avez compris.

From rififi: "mais c'est un peu facile de dire que si on bloque toujours sur qqch c'est parce qu'en fait c'est ça (le blocage) qui fait triper, d'autant plus que si on bloque, c'est qu'on n'y prend pas de plaisir."
Justement, c'est pas si simple, de plus le "plaisir" conscient n'est pas celui de l'inconscient, blocage-déblocage et plaisir-déplaisir ne sont pas non plus en relation de causalité; il y a plusieurs modalités de considération possible de la personne/de l'objet/de la situation etc qui fait qu'on le ou la construit comme obstacle.
C'est *ce* qui fait qu'on construit qqch comme obstacle qui est "objet" de désir.

Et s'il y a désir, il y a peur.
Pas peur d'échouer.
Peur tout court :-)

@djac: si tu es un photographe ou un peintre, le tourniquet n'est pas un forcément obstacle mais un support visuel qui fera création, si tu es un préposé au comptage de voyageurs ou à la comptabilité de la ratp, le tourniquet n'est pas non plus un obstacle mais ou outil, si tu es un de ces sportifs citadins qui grimpent partout dont le nom m'échappe, le tourniquet fait support physique, etc...
On n'est pas rendu-e-s :-)
commentaire n° : 8 posté par : Maybe le: 25/12/2007 15:44:04
mmmhhh.. je reviens sur "d'autant plus que si on bloque, c'est qu'on n'y prend pas de plaisir." de rififi:
Si, justement. C'est exctement ça, le truc.
Rester bloqué permet de ne pas affronter la résolution du désir.Qui bouleverserait bcp de choses construites- y compris pathologiquement- de façon à conserver une hoémostasie.
On peut donc considérer ca comme un plaisir.

Et pour préciser que le mot "désir" ne s'entend pas dans l'acceptation générale.
commentaire n° : 9 posté par : Maybe le: 25/12/2007 16:47:00
Billet  (extrait), parfaitement génial, le simplications sont vertigineuses!
Merci! Et bon Noël.
:-)
commentaire n° : 10 posté par : Ardalia le: 25/12/2007 19:59:58
Vertigineuses en effet.
C'est bien de la psy à l'anglosaxonne, j'ai dû lire ce bouquin en 1 h.
Le fait que je n'aie porté que des extraits accentue la chose (il manque toute la reflexion sur le fétichisme et l'objet transitionnel).
réponse de : Maybe (site web) le: 25/12/2007 20:11:51
oui, peur tout court, bon d'accord

ce qu'il y a, c'est que je ne pense pas qu'on se ballade tout le temps avec notre ombre inconsciente qui fait rien qu'à nous embêter tout le temps à éprouver du plaisir là où on pense pas en avoir.
Je suis pas spy moi, je sais pas me déguiser et me faufiler dans ma tête-ombre pour regarder ce qu'il y a. c'est bien dommage d'ailleurs.

n'empêche que ça me fait soucis c't'histoire, ça perturbe mon homéostasie ;-p
commentaire n° : 11 posté par : rififi le: 25/12/2007 22:19:06
Hihihihi
Zen rififi, zen.
commentaire n° : 12 posté par : Maybe le: 25/12/2007 22:23:55
Très intéressant, tout ça, merci ;-)
Dès que je (re)trouve la ressource pour, ça va ébullitionner dans mon cerveau à ce sujet...
commentaire n° : 13 posté par : lulu le: 27/12/2007 11:24:40
Oui les question sont assez ouvertes.. alors on peut carburer.
N'oublie pas que c'est nowel, t'as le droit de glander, quand même :-)
commentaire n° : 14 posté par : Maybe le: 27/12/2007 11:26:52

Meroww

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