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Lundi 19 novembre 2007
    Avant de causer construction du père, je vous livre de § que je trouve bien bien bien important  au sujet de la construction sexuée (voire sexuelle selon comment vous vous placez): 
“S.Freud a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’une des différences entre la dynamique œdipienne de la fille et celle du garçon concernait la question du changement d’objet d’amour.
Selon lui, en effet, la fille doit effectuer  un changement d’objet (de la mère prédipienne au père œdipien), tandis que le garçon n’aurait pas à procéder à un tel changement d’investissement (puisqu’il ne ferait que passer de la mère préœdipienne à la mère œdipienne).
Macroscopiquement cela peut paraître juste. Pourtant, en observant les choses  à un niveau plus fin, et en tenant compte des acquis de la psychanalyse précoce comme de ceux de la psychologie du développement, il apparaît aujourd’hui que la mère œdipienne est tout aussi différente de la mère préœdipienne que ne l’est le père œdipien de cette même mère préœdipienne, tant et si bien que les enfants des deux sexes, les garçons comme les filles, ont finalement à remanier profondément leurs investissements libidinaux autour du point de bascule œdipien.”
Hop tout le monde à égalité:-)
Merci Bernard (ref plus bas)


  Je parle souvent de la place ou de la position du père dans mes posts.
Notamment lorsque la relation mère-enfant me paraît poser pbme
(à l’enfant  s’entend, puisque c'est ça mon taf.. ).
En effet, je dois préciser ici que quand je parle de ces liens mères-enfants trop confusionnels, je me place du côté de la fonction paternelle séparatrice, différenciatrice.
Mais avant, ou concomitamment, d’être différenciatrice, la figure paternelle doit être ou avoir été protectrice de la dyade mère-enfant et avoir proposé une contextualisation de cette dyade.
Comment expliquer .. heu....
La dyade doit être posée dans le monde, dans les filiations, dans le couple parental, dans le psychisme de chaque parent et dans celui de l’enfant, elle doit être protégée de la possibilité de devenir un huis-clos duel, ou chacun bouffe l’autre ou n’existe que par l’autre, mais aussi protégée du monde autour et des agressions internes et externes (père comme pare-excitation en somme).
Une image perso, pour faire exemple:
le père préœdipien protège des agressions, humidifie/nourrit et promène la bulle de savon transparente mère-bébé, ce qui contribue à sa durée, à son regard sur le monde et du monde sur  elle et à son irisation poétique (ou pas),
le père œdipien donne une main à chacun des deux une fois la bulle éclatée: chacun des 3 avance avec les autre puis les mains interchangeront, puis on lâchera un peu les mains...
 -ça vous parle comme image?
Le père a une position (position psychique, évidemment) “méta” en somme, dans ces tout premiers temps après la naissance (et même avant), ce qui n’est certes pas facile.

   Et tout cela, ça commence très tôt.
Cad que vous, messieurs les (futurs) papas, sentez vous  concernés au plus tôt, please (et là, concerné n’est pas un imbécile circonscrit par l’adversité)
NB: je cause des pères passke j’ai déjà bcp bossé sur les mères, par ailleurs, ne voyez donc pas d’indifférence à leur égard :-)
Bon, jusque là, vous me suivez? Alors en avant pour la suite.
Donc, depuis le temps, je voulais causer de la façon dont le “père” est construit par le bébé, ça tombe bien:
 là, je viens de finir un bouquin que je recommande à toute celles et ceux qui se penchent sur la psycho du bébé, d’autant que l’auteur prend la peine, pour chaque notion abordée, de récapituler les positions des grand-e-s auteur-e-s et acteur-e-s de  la psycha (-nalyse et -chiatrie) du bébé.
L’être-bébé
B.Golse
Ed Le Fil Rouge aux PUF 2006
B.Golse c’est lui
Alors pour les trucs théoriquement bien construits, zzallezzy, moi je vais vous causer simple mais en m’appuyant dessus, cad en le citant, comme ça vous êtes sûr-e-s que je dis pas de bêtises, hein que ça vous rassure, d’un coup, là?
;-)
Et entendons nous bien: il s'agit là du bébé tout-petit, les tout premiers temps.

Il ne faudrait pas imaginer que le bébé ne construit la tiercité que des mois, voire plus, après sa naissance: il y est d’emblée confronté, mais “au sein de triangulations précoces, prégénitales et  partielles, dont la confluence et la  totalisation progressives donneront finalement lieu à  l’instauration de  la très emblématique triangulation œdipienne..”
p121

   Exemple d’une triangulation précoce: le langage.
Chaque fois que sa mère
(ou figure ou fonction maternelle, vous êtes des grand-e-s personnes, vous traduisez tou-s-tes seul-e-s comme ça vous agrée, ok?) parle , le bébé sent bien qu’une certaine partie de cette parole lui est adressée, et une autre non, qui s’en va vers un ailleurs (où l’enfant ne met pas encore forcément d’objet) non défini pour lui.
Autre exemple, référé à la fonction ‘object-presenting’ de D W Winnicott, les situations où la mère va introduire un objet, genre peluche, jouet...entre elle et son enfant.(cf  les moments d’«attention conjointe»  de Bruner)
Elle crée là une situation à 3 termes, et un espace tiers où elle et son enfant posent ensemble leur regard; cet espace est ressenti par le bébé comme ni-elle-ni-moi, et est absolument fondateur car pourront s’y s’édifier ensuite les différentes fonctions paternelles.
Autre exemple: «l’angoisse du 8eme mois» où le bébé est effrayé par un visage inconnu et va se tourner vers celui de la mère: il retrouve ainsi un espace connu et se confronte à un espace non-mère, quelque peu menaçant encore et qui interfère entre lui et l’image maternelle: un espace tiers.
Ces espaces là, (on parle d’espaces psychiques)  qui ne sont ni sa mère, ni lui, ni lui-et-elle, marquent donc  l’existence d’un lieu (psychique s’entend, en gros) propice à construire de l’autre, à construire la fonction paternelle.

Donc, le père se construit... se co-construit.

B.Golse propose: “le père comme processus” en guise de titre de chapitre, et ma foi,  ça colle bien :-)
Toutes les citations, à partir d’ici, en sont issues, pp 149 à 170 du bouquin.
Car le père n’est pas une représentation mentale statique mais un agent d’une  dynamique psychique, qui se remaniera au fur des développements de l’enfant.
A considérer que les interactions précoces permettent des triangulations précoces, on peut, au même titre qu’on parle de mère préœdipienne parler de père préœdipien.
Puis l’un et l’autre peuvent s’envisager en œdipiens et postœdipiens.

Au niveau interpersonnel:
“En période préœdipienne, le père n’a pas, tant s’en faut, de fonction séparatrice entre la mère et l’enfant. Quels que puissent être ses fantasmes à ce sujet ainsi que ceux de la mère elle-même, tout nous montre au contraire, aujourd’hui que le père exerce plutôt une fonction de liaison et de contextualisation à l’égard de  la dyade mère-bébé.”
Mère et bébé coopèrent à la construction de la place du tiers: le père est un “horizon partagé par eux deux, horizon qui les rapproche bien plus qu’il ne les éloigne.”

Cette proposition ne se tient pas dans la ligne lacanienne pour lequel “l’une des fonctions paternelles principale - et immédiate- est que le père interdise à la mère de faire de son enfant un substitut phallique. Autrement dit, le père doit faire d’emblée en sorte que l’enfant ne soit pas le tout de la mère.”
Pour Lacan, même si cette fonction est en elle même un processus, elle donnée d’emblée, comme si elle était déjà-là et tout de suite efficiente, c’est le domaine de la fameuse Loi du père qui transcenderait les générations.
Golse propose, et ça convient à plein de monde, dont moi,  que cette fonction soit “progressivement forgée et établie par le jeu des relations.”

Que le père “castre” la mère (cad  qu’il ait une fonction différenciatrice) est donc une partie des fonctions paternelles: les fonctions de liaisons sont possibles (nécessaires) dans le même temps.

Donc reprenons:
- la place du père se coconstruit par mère et bébé dans le cadre des interactions triangulaires précoces;
- le père préœdipien a un rôle de soutien et d’approvisionnement nourricier et de mise en contexte de la dyade mère-enfant, alors que  le père œdipien  a un rôle plus distanciateur;
- un fonction fondamentale du père est de transmettre la fonction de transmission (et là on  a bénéfice à poser cette idée du côté du père de la mère)
- la construction de l’espace paternel est indissociable de l’accès à la différence des générations, même si, dans un temps initial, l’enfant peut le fantasmer comme un autre bébé de la mère.

De toute ceci il ressort “que l’espace paternel se trouve être le résultat d’une coconstruction de la dyade mère-bébé, et non pas seulement une construction maternelle proposée, ou imposée , à l’enfant...”
Traduction personnelle: il faut donc aussi que la mère ait la capacité psychique (en rapport à son histoire singulière, à ses imagos parentaux) de faire cette construction et la faire *avec* son bébé.

Donc de même que le bébé se représente d’abord la mère comme partielle, avant qu’elle ne puisse être envisagée par lui comme un personnage  global, un objet total et sexué, “il va être confronté à une tiercité beaucoup plus partielle qui désigne la place de cette imago ultérieure et qui en prépare l’édification. La tiercité n’attend donc pas que le bébé se représente son père dans sa complétude.”
Conclusion concrète pour les parents et futurs parents:  papa partiel, et en devenir total, ne vous enfuyez pas: c’est pareil pour les mamans :-)
Car “l’espace paternel et les fonctions qu’il re va contenir revêtent, en période préœdipienne, bien davantage une fonction protectrice et nourricière (à prendre au propre et au figuré: il faut nourrir la relation) de la dyade mère-enfant, qu’une dimension castratrice ou séparatrice, comme il est coutume de s’y référer en période postœdipienne.
Le père apporte à la dyade mère-bébé une sorte d’enveloppe, de contenance, de holding...”
cf mon image de la bubulle, plus haut.

Donc il se trouve d’emblée “des alternances et des oscillations entre ces aspects de tiers séparateur et de tiers réparateur. En tout état de cause, c’est sur fond de toute une série de petites triangulations partielles et fondamentalement préœdipienne que va progressivement s’organiser la triangulation œdipienne classique par convergence,  confluence, globalisation et totalisation de ces triangulations précoces jusqu’à l’émergence du triangle emblématique père/mère/enfant.”

Au niveau intrapsychique
Dans ce processus de coconstruction, il faut bien prendre en compte ce qu’il en est de la place du père , ou du masculin, dans la tête de la mère.
“On sait désormais, en effet, que les modalités de l’accordage affectif permettent à la mère, implcitement et à son insu, d’induire chez son enfant des identifications et des contre-identifications aux images de son monde représentationnel à elle, et en particulier aux images masculines de celui-ci. Il y a donc là, on le sent bien, un aspect intrapsychiqu de l’organisation triadique qui, chose importante, implique, peu ou prou, toute l’histoire infantile de la mère avec sa dimension de conflictualité névrotique et sa charge de processus  transgénérationnels.”

Avant, donc, de correspondre au père proprement dit, “le tiers renvoie en fait à de multiples objets, espaces oiu processus parfois éminements partiels.Pour dire les choses autrement, l’une des grandes questions du bébé à propos de la tiercité- et donc de la future fonction paternelle- pourrait au fond se formuler de la manière suivante:«qu’est-ce que c’est que cet espace qui n’est ni-moi-ni-elle?».En ajoutant bien sûr, que cette questiion du pôle tiers, inconnu pour l’enfant, peut aussi se jouer au niveau de la mère seulement.Quand la mère est fatiguée, anxieuse ou déprimée, par ex, le bébé va immédiatment remarquer que son style interactif ou que ses réponses en termes de schémas d’attachement, ne sont pas comme d’habitude.L’inconnu est alors la mère elle-même, et on a là, semble t-il, le germe de triangulation précoces, pathologiques dans certains cas.”

Le passage de l’interpersonnel à l’intrapsychique
Il se fait quand le bébé devient capable de penser , à propos de sa mère absente, que  si elle n’est pas là c’est qu’elle est ailleurs..On n’arrive pas trop bien à saisir le ‘comment’ (c’est pas moi qui le dit, c’est le bouquin!)

Ce passage à l’intrapsychqiue, d’une certaine manière, correspond pour l’enfant  “à une identification au rapport que la mère entretient avec son propre psychisme et, pour la question qui nous occupe ici, au rapport qu’elle entretient avec son propre espace personnel.Autrement dit encore, ce qui permet à la triade interpersonnelle et à la triadification comportementale de se constituer en triangulation intrapsychique c’est tout le jeu complexe et successif des incorporations, des introjectison et des identifications.”
E fait, c’est pas vraiment observable, puisqu’il s’agit de se demander comment l’espace tiers des interactions précoces va se structurer et s’intérioriser pour devenir «l’autre de l’objet».

La place, les rôles, les fonctions.
Il  ya donc une place du tiers, puis une place du père au sens strict.
A.Green parle de “triangulation généralisée à tiers subsituable”.
“cela signifie que la cette place du tiers peut être occupée par des personnages différents, et que le père va  donc avoir à se signifier comme un tiers particulier”.
(et qu’il se passe un travail pour passer des triangulations d’objets partiels à des triangulations d’objets d’objets totaux)
On va surtout se pencher sur : comment le père va t-il se signifier  comme père à partir de cette place qu’il n’est pas le seul à pouvoir occuper?
Alors je vous pass les développement s purement psys, entre père développemental, métapsychologique et psychanalytique, entre père observé et père reconstruit...
“.. comment le nouage se fait. La dynamique de l’après-coup et des effets de reconstruction a posteriori est, éveidemment, essentielle à prendre en compte.
Mais sans doute faut-il aussi intégrer à la réflexion ce qu’on pourrait désigner comme l’injection dans le développement de toute la sexualité infantile du père-et de la mère-, de sa propre conflictualité œdipienne et préœdipienne - et de celle de la mère-, et enfin des processus inter et trans générationnels inhérents aux deux filiations (maternelle et paternelle), tout cela , on le voit, en mentionnant à chaque fois la mère , car il n’y a pas de père sans mère et réciproquement dit (..) c’est suelement ainsi qu’on peut comprendre comment, pour le bébé et pour l’enfant, le père ne représentera jamais un tiers comme les autres. En raison de ce que père est lui-même, de ce que la mère est elle-même- au niveau notamment de son rapport au masculin et au paternel- mais en raison aussi des liens fonctionnels qui existent entre le père et la mère quant au couple, quant aux fontions maternelle et paternelle qu’ils s’accordent mutuellemen , et quant aux spécificités de leurs investissements inconscients, libidinaux et agressfis, de leur enfant et de l’enfance.”
J’ai tout cité, parce que tout me paraît important dans ce §.
Je vous citerais bien tout le reste, d’ailleurs, mais bon.
Donc le père (cf Meltzer) a un rôle à assumer “...et à jouer en tenant compte des rôles de la mère et du bébé(..) un rôle qui transcende donc, en qqe sorte, le simple niveau des fonctions, qui ne pourraient être, sinon, qu’antinomiques.”
Ben oui: lier-séparer, nourrir-sevrer...ça paraît antinomique si l'on ne tient pas compte de l'aspect 'méta', de liaison donc et de transmission de la capacité à transmettre, du rôle du père.

Paternité/paternalité.
Ceci est souvent évoqué, tout aussi bien pour les mères (maternité et maternalité), et  s’inscrit dans les noms connus de ‘parentalité’, et de ‘parentalisation’, laquelle se joue à différents niveaux (cf Houzel: pratique, exercice et expérience) et “se définit comme l’ensemble des processus qui permettent ce cheminement toujours progressif.” qui est de se sentir parent de tel enfant.

Se sentir parent d’un enfant recouvre “la nécessité d’un véritable travail psychique, en grande partie inconscient, et qui correspond à l’édification ou au remaniement d’un certain nombre de représentations mentales” telles l’enfant imaginaire, fantasmé, narcissique, et mythique-culturel.
On observe donc “chez le père comme chez la mère une grossesse psychique, et ce, aussi bien en cas de grossesse biologique  qu’en cas d’adoption, démarche qui nécessite également une profonde évolution psychique des futurs parents pendant la période qui précède l’accueil stricto sensu de l’enfant.”
Le processus de parentalisation se poursuivra  au-delà de la  naissance de l’enfant...
La naissance physique d’un enfant et la naissance psychique d’un parent peuvent donc parfois ne pas coïncider d’un point de vue chronologique...voire être très décalées, dans un sens ou dans l’autre.

Conclusion
La place du père est une position entièrement tenable, le double niveau de la coconstruction de cette place par la dyade (aux niveaux interpersonnel et intrapsychique) constitue un processus dynamique qui “donne véritablement accès à la mise en place d’une structure psychique”, structure qui n’est pas donnée d’emblée, mais se met en place “à partir de précurseurs partiels qui vont avoir à se jouer, à s’organiser, et à s’agencer dans le cadre des interactions précoces.”

    Bon, résumons nous:
Un père, c’est comme une mère, ça vient pas tout  seul, ça se travaille
(le ou la premièr-e qui me cause d’instinct maternel, je lui file mon virus du moment, mes os cabossés et ma classe pendant 6 mois pour faire bonne mesure, ha mais) et ça travaille plein de choses en soi, qui vont bouleversifier  des tas de trucs enfouis plus ou moins commodément depuis quelques lustres, ainsi que des options relationnelles familiales.
Chance: ça se travaille pas tout seul: tout le monde s’y met  mère, enfant et ... père (ha ben quand même  un peu, hein)...et même.. la famille autour participe (des fois on voudrait bien avoir la paix, c’est sûr...)
Autre chance: y’a des pros du travail psychique qui peuvent accompagner le boulot interne de tout ce petit monde, quand le petit monde en question se sent démuni face à la grande nouvelle: “ha, je suis enceint-e” (ou “l’adoption est en bonne voie”).
Chance encore: on sait et il faut le dire très fort que l’arrivée d’un enfant, les soins à lui donner, le temps à y consacrer, etc, c’est pas de la poésie pure, et que si on se sent pas prêt-e à entrer dans la période du grand chambardement interne et extérieur, on peut choisir de ne pas se précipiter.

Elle est pas belle, la vie?

:-)
par Maybe publié dans : Page à page
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