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Dimanche 4 novembre 2007
    Le retour du pavé, ha ça vous manquait, hein???
Dans le J des Psys d’octobre, certains articles m’ont bien intéressée, dont un qui rejoint bien ce que nous vivons/voyons dans nos classes, même si nous avons d’autres termes pour en parler et d’autres pratiques que celles des psys, évidemment (lol).
   A vrai dire, l’article m’est particulièrement parlant, au point que je le citerais volontiers in extenso, mais bon ça se fait point et ça vous soûlerait sûrement.
Je renvoie les amatrices-teurs au mag.
Article de Florence Guignard: “Le psychanalyste et l’enfant dans la société occidentale d’aujourd’hui”, pp36-40. (un texte d'elle )
Il y est question bien sûr de donner des pistes aux praticien-ne-s, notamment en 3ème partie d’article, puisque la société d’europe centrale dans laquelle tonton Sigmund a fait ses découvertes n’est carrément plus d’actualité, et donc ses modèles psys, se doivent d’être, et sont,  requalifiés.
 Mais tout ce qui précède est passionnant aussi:
Il s’agit surtout de l’influence du virtuel sur la  2eme génération d’internautes  (en gros les enfants et ados) dont les effets s’installent bien et deviennent durables
Alors je  vous propose un digest du texte, avec qqes notes persos, comme d'hab.

Des changements
“La société occidentale connaît des modifications structurelles dont le rythme va croissant. Le fantastique développement du monde du virtuel vient s’ajouter à la fragilisation et aux profonds changements des structures familiales(...) ce double impact, social et numérique, a entraîné des changements considérables dans le mode d’adaptation proposé aujourd’hui au fonctionnement psychique de l’enfant par l’environnement.”
“Dans le système de valeurs occidentales actuel, le développement de la vie psychique de l’individu est devenu très secondaire par rapport aux critères d’efficacité et d’adaptation à un environnement qui, pour sa part, s’est modifié à grande vitesse “ ces 30 dernières années et surtout depuis 10 ans.
“Le développement des moyens d’information -et de désinformation- immédiate sur ce qu’il se passe dans le monde entier confronte l’individu à de nouvelles exigences dans l’économie de ses pulsions, et, partant, de nouvelles formes d’angoisse.”
L’expansion de la communication  virtuelle augmente le risque de voir la mentalité de groupe prendre le pas sur la pensée personnelle.

Nous ne mesurons pas encore la façon dont le virtuel influera sur, et sera influencé par,  une civilisation, ni dans quelle direction, mais au moins une quesiton se pose, celle de la transmission intergénérationnelle.
En tout cas, le modèle classique de la névrose concerne de moins en moins les jeunes générations, mais bien plutôt
“une pathologie des limites: limites entre soi et autrui, entre penser et agie, entre la réalité psychique et la réalité extérieure, et, depuis qqes années, entre le virtuel et le réel. Fragiles, mal organisées, ces limites se désintègrent d'autant plus facilement que les limites de la société environnantes se sont elles-mêmes assouplies , désorganisées, voire délitées.”
Or ces pathologies limites sont tellement nombreuses, maintenant, qu’on peut se met à reconsidérer les modèles psys, les paramètres de base de la théorie (des invariants comme la névrose infantile et la névrose de transfert ne faudrait-il pas mieux simplement garder que qqes éléments ?et lesquels?) , et que sont concernés par là tout ce qu’il en est du désir, de la culpabilité, du refoulement, et des identifications.

Enfant roi ou objet narcissique?
“C’est sur l’enfant que va se produire l’impact le le plus violent du monde du virtuel.”
L’enfant a, du fait de son immaturité intellectuelle et émotionnelle, des difficultés inhérentes à son cursus développemental pour mettre en place la capacité de symbolisation (qui requiert  une relation entre 3 termes: le Moi, le symbole et l’objet symbolisé).
Donc l’enfant est tributaire des générations précédentes pour ce faire.
“Or, on assiste aujourd’hui à une importante dérive de l’infantile des adultes qui, théoriquement en charge d’éduquer la génération suivante, se servent en réalité des plus jeunes pour y projeter et  y satisfaire leur propre hédonisme infantile.”
(en ai-je assez parlé sur ce blog, de ça!!)
F.G.. parle de
“.. la primauté accordée  par l’adulte d’aujourd’hui à la satisfaction immédiate  de ses propres désirs infantiles au travers de ses rejetons. Il y manque la dimension essentielle de toute civilisation: un espace-temps de latence entre la formation d’un désir et sa satisfaction.”
Bien sûr, les causes de ces changements sont multiples, et il ne s’agit pas non plus de stigmatiser les parents/adultes qui fonctionnent ainsi: c’est un phénomène social suffisamment global pour qu’il faille repenser  bien des choses, et notamment la façon dont on peut faire comprendre aux adultes qu’ils devraient se questionner sur leur comportement.
Qqchose d’important est à pointer en tout cas:
“la découverte de l’altérité de la mère et de l’existence du tiers paternel par le tout jeune enfant.
La vie sociale de l’enfant commence tôt, dit F.G..
Je dirais sa vie en collectivité, plutôt , expression qui ne semble  recouvrir d’autres choses, notamment en termes de formatage, mais ça n’engage que moi.
Et ce via la crèche et l’école préélem:
“L’imprégnation de l’enfant par un tissu familial est réduite à la portion congrue  en raison, d’une part, du peu de temps passé en famille et, d’autre part, de la transformation grandissante de la structure familiale.”
Là aussi je mets un grain de sel: pas sûr que le temps passé en famille, en termes de quantité de présence soit un gage d’imprégnation familiale réelle, de plus, dans les milieux populaires, ça fait looooongtemps que les femmes travaillent (usines, champs etc) et que donc  ce modèle de présence longue et cocoonante de la mère ne concerne qu’une frange sociale pas bien énorme....quant au père...
Donc, en ce qui concerne les changements dans les mises en place relationnelles,  je vote pour le changement de structure familiale, entre famille  nucléaire et familles composées-décomposées-recomposées:
“...l’enfant se  voit de plus en plus souvent obligé  de cliver précocement ses investissements parentaux, du fait de l’évolution de la vie des couples.(..) Le tiers paternel, indispensable pour sortir de la symbiose  et organiser une problèmatique œdipienne, prend donc actuellement des formes extrêmement floues et changeantes dans lesquelles le groupe social et sa mentalité de groupe remplacent l’apport du couple parental d’origine.”
F.G.. parle de tiers paternel, perso, j'ajouterais que cette position psychique peut être tenue par quiconque, investi par la mère, ouvrira la dyade mère-enfant ('mère' aussi, on peut causer...) afin d'opérer une triangulation. Une tryadisation, même. Et  c'est un processus, c'est dynamique.
Un effet de ces changements,  dans les couples et les familles, peut être
 “un sentiment de culpabilité, qu’ils [les parents] vont tenter de calmer en accordant des compensations  matérielles à leurs enfants, espérant pallier ainsi les carences affectives  qu’ils leur font subir.(...) Plus que jamais l’enfant est en mesure d’obtenir  la satisfaction immédiate de ses désirs matériels, qu’il apprend vite à exprimer en lieu et place de son besoin d’écoute et de contenance. Il tire très vite parti de la situation de clivage passif qu’on lui impose et joue sur les 2 tableaux de la famille éclatée. Par ailleurs les défaillances de l’éducation familiale placent les enseignants dans une situation, paradoxale, d’éducateurs sans autorité ni mandat, souvent contestés par les parents.”
(merci madame)

Pour Freud, la sexualité humaine se développe en 2 temps: séparés par la période de latence (de 6 à 12 ans environ).
“Dans cette période intermédiaire, les acquis de la résolution du complexe d’œdipe; que sont  la formation d’un Surmoi Idéal et la double reconnaissance de la différence des sexes et des générations, se renforçaient et constituaient le relais identificatoire à des parents, eux-mêmes garants de la suprématie du principe de réalité sur le principe de plaisir-déplaisir.”
Or, les praticiens s’accordent à reconnaître que la période de latence est en voie de disparition, que depuis les 70’s la différence des sexes et des générations tend à s’estomper, au niveau social mais aussi familial.
(si la perte d'importance de la première - qui nous donne un monde binaire- me paraît sans gravité fondamentale, si l’on veut bien trouver et assumer sa position de sujet, celle de la seconde l’est à mon sens bien plus).
“La remise en cause salutaire d’un certain mode d’éducation a connu son effet pervers: l’inhibition et la transformation des pulsions ont cessé de représenter des valeurs reconnues  et transmises, pour devenir plutôt des tares dont il faudrait se libérer”.
L’exigence éducative était contraignante certes, il fallait modifier  certaines choses, mais cette contrainte était aussi garante d’une fonction  contenante que les nouvelles modalités éducatives n’ont pas (pas encore?) trouvée.
Donc l’enfant doit mettre en place d’autre barrières défensives contre la désintrication des pulsions (cad contre le délitement de l’intrication amour-haine du mouvement objectal : lorsque c’est désintriqué, le danger d'’acter l’un ou l’autre exclusivement est maximal ...puisque le sadisme primaire n’a plus de barrière, notamment  familiale).
Et les “barrières sont devenues actuellement de nature groupale plutôt que familiale, et cet état de fait pose des pbmes nouveaux à la société et à la communication des individus.”
Ex: les syndromes d’hyperactivité qui se multiplient.
“On n’observe  plus de «refroidissement » de l’expression pulsionnelle chez les enfants de 6 à 12 ans , qui manifestent une excitabilité aussi importante que les enfants de 3 à 5 ans, d’âge dit «œdipien», tout en imitant à l’envi les attitudes et les comportements sexuels des adultes.”

Le virtuel et les principes du fonctionnement psychique.
L’univers du virtuel est celui de la simulation.
Ca rend bien des services en termes de connaissances et de communication, malgré les dérives immondes qu’on peut aussi y trouver.
Mais le  virtuel modifie aussi le domaine relationnel, notamment
“le sentiment de solitude propre au devenir de toute être humain et, du même coup, l’investissement qu’il fait de sa vie psychique.”
Dans les rencontres virtuelles, la différence des sexes, des générations ne joue plus vraiment.
Ni celle entre la proximité et la distance (physique s’entend).
Ceci a une incidence sur le réseau relationnel proche (famille, scolaire, social).
Mais surtout:
 “Le monde du  virtuel fonctionne selon une logique binaire. Il entretient avec le principe de plaisir-déplaisir et le principe de réalité des relations fort différentes de celles qu’entretient le fantasme.
Alors que seule une organisation projective pathologique peut entraîner le sujet à confondre le fantasme avec la réalité, le virtuel propose une illusion du réel qui permet de faire l’économie du travail psychique de lien et de transformation nécessaire aux bons rapports entre le monde psychique interne et la réalité extérieure.
Il manque donc au virtuel le critère même du développement psychique individuel: apprendre à accepter l’aléatoire et l’incertitude.

Le virtuel engage  l’investissement des connaissances et des performances plutôt que l’investissement des émotions et le développement de la pensée qui en découle. Il favorise le développement de la maîtrise  et la revalorisation narcissique du triomphe sur l’ennemi ou sur les obstacles matériels. Il sollicite l’action, dans cette forme bien spécifique de pensée qu’est la stratégie. Or un bon stratège fait taire ses sentiments.
La dimension relationnelle est implicitement traitée ici comme une valence à gérer plutôt que comme une composante du développement psychique de la personnalité et de la qualité de la relation d’objet.”
Le virtuel impose des perceptions prédigérées, le travail psychique de représentation est rendu inutile, et les relations avec le monde réel sont subtilemement décalées (“échappatoire non négligeable, lorsque la perception de la réalité est trop douloureuse.”).

L’enfant est donc sollicité en tant qu’il reste passif (psychiquement):
“On retrouve donc ici l’importance du clivage passif dont j’ai [F.G..] indiqué plus haut l’accroissement pour des raisons sociologiques.”
Il faut noter enfin le développement du monde de l’image, tellement imposée à la perception visuelle que la place et le rôle du langage dans la représentation (mentale/inconsciente/fantasmatique, au choix) du monde  sont modifiés voire bouleversés:
‘Du point de vue du monde psychique, les objets  proposés par le monde du virtuel sont des pseudos-objets, dont les liens avec les objets internes du sujet demeurent inconnus.
La tentation est grande pour le sujet de substituer la perception de ce monde virtuel au laborieux travail de représentation psychique en lien émotionnel avec ses objets internes.
Ainsi le langage intérieur n’a plus lieu de se développer.”
Et le langage ‘extérieur’ tout autant semble t-il: il devient pauvre, réduit à l’utilitaire, comme l’individu à qui il est adressé.

Et voyez vous, lorsque j’ai parlé de ci de là de la transformation de notre société en société de la perversion, je me dis que ces générations montantes, qui n’ont plus  à (ou ne peuvent plus)  mentaliser; à penser le monde, à penser l’autre, ne vont faire qu’accentuer le processus.

Résultantes
Les pulsions épistémophiliques ne s’organisent plus autour de la scène primitive et donc autour de la somme d’expériences contenues par le couple parental, la famille et, au delà, par la pensée humaine.
Ces pulsions (sur lesquelles s’appuie l’école en somme) s'orientent vers l’action, qui, comme le virtuel, fonctionne dans une logique binaire.
“En ouvrant directement sur la mise en acte de la solution présélectionnée, la logique binaire ramène le sujet  au niveau primaire du principe de plaisir-déplaisir tel que Freud l’a décrit en 1925 «bon, à avaler, mauvais, à recracher». Cette solution par l’action qui court-circuite et évacue l’angoisse de l’inconnu et l’angoisse de mort a plusieurs conséquences, notamment:”
- le désinvestissement du temps (et donc de la marche vers la mort) au profit de l’agir immédiat vécu comme intemporel (je rajouterais donc qu’on est aussi dans une fantasme agi de toute -puissance)
- le déni du principe de réalité (F.G. ajoute que cela dénie en premier lieu la réalité de la mort de l’individu, moi je mettrais volontiers là le déni de l’autre en tant qu’il est sujet de lui -même, qu’il est un autre, et existe pour lui-même, donc)
- les mythes de transformation et renaissance orientent vers ceux de la technologie (extérieure), au détriment du développement des capacités psychiques (se transformer soi-même en interne, plutôt qu’exiger cela de la réalité externe, humains compris, en somme)
De fait  l’enfant qui a pris comme mode de défense le monde du virtuel ne peut plus en sortir au risque de retrouver une angoisse aussi lointaine et prégnante que la réalité qu’il n’a jamais appris à affronter.

Le refoulement  se désorganise aussi:
“...les modes infantiles de sexualité demeurent manifestes de façon continue entre l’œdipe et la puberté” (et au-delà ajouterais-je)
“On observe notamment une excitabilité sans limites de la génitalité infantile caractérisée par un mimétisme de la sexualité adulte, expression directe du déni de la différence des générations.
Les enfants ne vivent plus leur enfance, et on peut se demander si leur apparente maturité nest pas de la pseudomaturité.
En effet les affects dépressifs sont évacués dans l’hyperactivité jusqu’au burn-out  ou au break down suicidaire.”

Les éléments œdipiens ne s’organisent plus en complexe, ni d’œdipe ni de castration (rappels ici)
“Dès lors, la relation d’intimité, pierre de touche d’une structure psychique véritable, ne pourra pas prendre place dans la 2 ème partie de ‘l’adolescence. Elle sera remplacée par des valeurs phalliques et groupales que sont la recherche de l’exploit dans une mentalité voyeuse et exhibitionniste.”
Nous assisterions à un mode de fonctionnement basé sur la pensée opératoire.. qui peut  bien être relié à la logique binaire évoquée plus haut.

Une conclusion
“...l’effondrement dépressif menace plus que jamais les générations à venir, notamment parce que la société d’aujourd'hui ne fournit plus guère de contenance psychique aux nouvelles générations (...) il [le psy] devra  sintéresser suffisamment ;longtemps à la scène du virtuel que propose l’enfant pour  que les  «objets inanimés» qui la constituent acquièrent une «âme».
C’est à ce prix que ceux-ci quitteront leur place d’objets préfabriqués pour devenir des représentants des émotions plutôt que demeurer des évacuations sous forme d’actions.”

Bon je vous ai livré ça un peu brut de pomme, parce que si je mets mes commentaires tout au long, ça va faire des pages....donc, à vous les questions :-)
par Maybe publié dans : Page à page
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