Dans le JdesPsys
** de ce mois, un article de H.Garner-Moyer s’intitule:
“Le poids de l’apparence physique dans la décision d’embauche”.
C’est un bon digest de ce qu’on sait déjà, je vais donc vous faire un résumé des propos de Mme Garner-Moyer, car 100 fois sur le métier...Qqes phrases entre crochets quand je veux râler tout de
suite là maintenant.
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Les caractéristiques les plus accessibles aux autres d’un individu lambda sont l’apparence physique et l’identité sexuelle.
Le concept d’interaction de Goffman permet de comprendre l’influence de l’apparence physique dans les relations sociales, puisque tout peut y être considéré sous l’angle du
corporel:
“l’acteur social, impliqué dans une multitude de situations sociales, utilise son corps et ses apparences en fonction des définitions qu’il donne à ces situations et développe des stratégies
adéquates.”
D.Picard prolonge Goffman en estimant que
“les interactions sont soumises à un code normatif, à un ensemble de règles culturelles où le corps (et ses apparences) prend valeur de
signifiant. Les apparences corporelles en situation d’interaction fournissent en effet, une sommes d’informations sociales sur les acteurs sociaux parce qu’elles résument partiellement ou
complètement l’identité sociale de ceux-ci”.
La première recherche sur le poids de l’apparence dans la décision d’embauche date de 1958 (B.M.Springbett).
S’en sont suivies des analyses sur les avantages d‘un physique séduisant dans le milieu professionnel, notamment par des chercheurs anglo-saxons dans les 70’s (la psychosocio entre dans le champ de
la gestion du personnel).
La psycho socio a continué à explorer cette question dans les 80’s et, dans le milieu des 90’s s’y sont mis les économistes: lien entre beauté et productivité, et beauté et rémunération
(D.Hamermesh et J.Biddle).
[alors ... la définition de la beauté?on peut s'écharper longtemps, mettons qu'il s'agit des standards en cours]
Justement, les économistes ont tardé à se pencher sur cette pbmatique, en raison d’une fiction d’un
homo economicus rendant délicate l’intégration des caractéristiques individuelles
dans les modèles économiques.
Or les théories de la discrimination proposent des grilles d’analyse applicables à l’apparence, à l’instar du genre ou de l’âge.
Elles sont fondées sur l’idée que l’employeur va chercher à diminuer l’incertitude des infos du marché du travail via des signaux informationnels indirects qui révèleraient des données sur la
personnalité et les qualités intrinsèques d’un individu.
“D’après ces recherches, l’apparence physique d’un individu, et plus précisément sa plus ou moins grande beauté, va influencer sa trajectoire professionnelle: son insertion comme son évolution
professionnelle ne sont pas indépendantes de son degré de beauté.”.
Le stéréotype ‘ce qui est beau et bon’ altère notre jugement :
”les mécanismes d’attribution et d’attente conduisent à porter un jugement globalement positif et indulgent sur la personnalité et les comportements des individus beaux, ce qui
confère à ces individus un statut social particulier.Ils sont jugés comme détenteurs de plus de qualités sociales, relationnelles (charisme, capacités de communication, force de persuasion...),
mais aussi intellectuelles que les autres (...)”
Mais attention:
“ Ce n’est pas directement l’aspect extérieur de la personne séduisante qui provoque cet effet, mais les attributs positifs associés à son apparence.”
Càd: c’est socialement construit. Pour mémoire:
"Des psychosociologues américains (Eggly et all 1991) ont montré que la culture US associe systématiquement la beauté à des qualités positives (sociabilité et popularité, notamment
à l’égard du sexe opposé) et la laideur à des caractéristiques individuelles négatives."
Confer les héros de ciné, de tv ou de pub.
A.Down et C Harrisson 1985 ont analysé le contenu verbal des messages pubs tv:
“les assertions exaltant les avantages d’un physique attractif sont extrêmement répandues et contribuent à façonner les représentations des téléspectateurs, notamment des enfants.Il
convient néanmoins de souligner que la culture populaire juge polairement la beauté; le stéréotype ‘what is beautiful is good’ contient un revers: les individus séduisants sont par fois
perçus comme ayant d’avantage d’inclination à la vanité et à l’égoïsme.”
Au sujet de la sphère professionnelle.
“Les jugements des employeurs peuvent se fonder sur 2 types de signaux non verbaux:
des signaux statiques (par le biais de la photo accompagnant le cv)
et des signaux dynamiques comme le regard, les attitudes, le ton de la voix (au cours de l’entretien).
Nous pouvons donc distinguer 2 temps de l’analyse de l’impact de l’apparence: avant l’entretien, où les stéréotypes et les a priori vont se fonder sur la photo, et pendant l’entretien, au cours
duquel se dégage la 1ère impression sur l’individu, concentré de jugements a priori et en cours de formation sur l’individu à partir de son apparence
extérieure.”
L’apparence dans le filtrage des cv
En laissant de côté les candidatures par cooptation, où le niveau d’information sur le candidat est plus élevé et considéré comme fiable, lors de recrutements concurrentiels (cad avec grand nombre
de postulant-e-s) le recours à la photo pour apprécier les qualités intrinsèques de l’individu est un critère de sélection au même titre que le diplôme ou l’expérience dans le métier.
(exemples extrêmes: sites de candidat-e-s à des stages, où il faut cliquer sur une photo pour être informé sur le-la candidat-e)
Au niveau cognitif, l’apparence physique constitue un stimulus non négligeable dans le tri des cv:
“à un type d’apparence vont correspondre des attentes spécifiques et réciproquement.”
Les réponses au signal de l’apparence sont d’autant plus nettes et profondément ancrées qu’elles sont automatiques: plus l’évaluateur est pressé ou stressé, plus ce processus de réponse sera activé
et les biais en faveur des plus séduisants apparaîtront.
D’après Baudoin,Tiberghien 2004,
"les caractérisiiques matures du visages (saillance des pommettes, pilosité) seraient les plus fortement associées aux dimensions de compétences et de
qualifications."
[j’aurais dit masculines plutôt que mature, mais j'ai l'esprit mal tourné sûrement]
La première impression
Les préjugés inférés sur le candidat lors de la vision de la photo du cv vont sans doute influencer les impressions de l’entretien :
“le stéréotype est, dès lors, susceptible d’entraîner
un phénomène de «confirmation perceptuelle»:«l’impression que le recruteur se forme du candidat tend à se conformer aux attentes que le recruteur détient à propos du candidat»” (O.Klein, S.Pohl
2007).
On sait que pour certains consultants et chasseurs de têtes, le jugement sur l’apparence peut être tout à fait conscient et faire l’objet d’une notation: la “valeur personnelle” du candidat, qui
complète la “valeur professionnelle”, est fortement corrélée avec la présentation du candidat:
des considérations esthétiques, de caractéristiques physiques, d’atouts corporels du côté de la culture physique (sport), de façons de se présenter forment l’opinion sur la personne
elle-même.
“Il apparaît que«le jugement moral et esthétique complète donc le jugement sur les capacités managériales et sur l'excellence professionnelle.» (Gautié,Godechot,Sorignet)"
Instrumentalisation de l’apparence
On sait que les entreprises instrumentalisent la variable ‘apparence physique' à des fins de promotion de leurs produits ou de leur image.
Avoir le ‘physique de l’emploi”, une fois l’évaluation première passée, peut aussi correspondre plus ou moins bien à l’image de marque de l’entreprise.
Il faut distinguer l’apparence-vitrine, image de l’entreprise, à usage instrumental (remporter l’adhésion d’un public)
et l’apparence symbolique, représentative du poste occupé, à usage symbolique (l’apparence est alors la représentation du respect dû à ces interlocuteurs, du sérieux de la fonction et des
responsabilités attachées).
Quels canaux pour cet impact de l’apparence sur la décision d’embauche.
- Un 1er courant de recherche propose que
“l’apparence n’influence la décision d’embauche que lorsque beauté et séduction constituent un critère central du poste à pourvoir.”
- Un autre courant
“suggère qu’un apparence séduisante influe positivement la décision d’embauche lorsqu’elle est précisément et positivement reliée à un stéréotype de la fonction à pourvoir.
Ce courant s’appuie sur la théorie de la personnalité implicite (...).
Plolinko et Popovich 2001 posent une hypothèse centrale pour comprendre cette influence: les biais liés à l’apparence physique sont fonction de la correspondance perçue entre les compétences
sociales requises pour un poste et celles attribuées à un candidat.”
Pour des postes à hautes compétences sociales, les candidats séduisants seront préférés, car, dans la théorie de la personnalité implicite, de meilleurs compétences relationnelles leurs sont
attribuées d’emblée.
Les compétences requises par les postes peuvent varier selon l’exposition ou non au public et la façon dont les recruteurs vont en faire un critère au regard de l’image qu’eux ont de ce poste
(ex: une réceptionniste téléphonique pourrait avoir un physique indifférent, mais les recruteurs reste attachés aux stéréotypes de séduction dans les critères d’embauche).
Cet effet joue notamment dans les fonctions de commercial: plus on est beau, plus on aurait des compétences relationnelles élevées et plus on vendrait.
”Plus finement, la dimension séduction de l’individu peut avoir un impact plus ou moins fort en fonction de l’expérience professionnelle de celui-ci; ainsi, une femme expérimentée bénéficiera
moins de cette prime à la beauté, ses compétences professionnelles seront privilégiées, tandis que, dans le cas d’une femme néophyte, l’apparence jouera davantage comme élément subjectif
susceptible d’influencer le jugement de l’acheteur.”
D’ailleurs des études ont montré que le client est influencé dans sa décision d’achat par l’apparence du vendeur;
“le mécanisme des prophéties autoréalisatrices semble donc effectif dans
le cas des métiers de la vente avec contact en face-à-face avec la clientèle."
Mais pour certains postes, ces stéréotypes fonctionnels peuvent être désavantageux (Snyder, Berscheid et Matwychuk 1988)
Exemple: un libraire verrait sa séduction être un inconvénient.
Là, le même processus de stéréotype est à l’œuvre: la beauté, pour certains métiers/fonctions, est une marque de légèreté, de futilité, de manque de profondeur....elle est décrédibilisante.
- Un dernier courant s’inscrit dans la lignée des stéréotypes sexuels :
” une apparence séduisante est un atout seulement si le poste est considéré comme approprié avec le sexe du candidat.
Ainsi les femmes séduisantes sont moins embauchées pour des postes de management que les autres, car des compétences managériales plus élevées sont d’emblée attribuées aux hommes.”
De Bossecher, Desrumeaux-Zagrodnicki 2002
“concluent que l’impact de la beauté varie selon le niveau hiérarchique:
pour un poste subalterne, le candidat attirant est préféré,
mais pour un poste élevé, la beauté favorise les hommes et défavorise les femmes.
Selon [ces recherches], le prototype masculin associé à ce type de poste semble être incompatible avec la beauté féminine (...) le poste de manager requiert des capacités jugées masculines,(..) et
la beauté des femmes semble être un rappel de leur appartenance au sexe féminin. ou encore synonyme de légèreté et futilité.
La difficulté ici est de distinguer ce qui relève du fait d’être une femme de ce qui relève du fait d’être séduisante.”[oui, là c'est moi qui souligne]
Rosen et Jerdee 1974 ont expérimenté ces hypothèses et indépendamment de l’apparence physique,
“aboutissent à la conclusion que pour des postes de directions, les hommes sont préférés aux
femmes à qualifications équivalentes.”
Rappel, 30 ans plus tard: les femmes forment 45% de la population active mais 17% des postes de dirigeants, dont 13,4% dans la fonction publique (Smée, Novethic, 2005).
Cash Gillen & Burns 1977 ont mesuré de l’effet combiné du sexe et de l’apparence physique: ils distinguent l’influence de l’apparence en fonction de 3 types de postes jugés masculins, féminins
ou neutres [heu.... ça pose certes un pbme de définition desdits postes...].
“Ils concluent que l’apparence physique influence les décisions de recrutement en avantageant les candidats séduisants à condition qu’ils postulent à des postes en adéquation avec leur sexe.
Pour les postes neutres, les candidats séduisants sont toujours préférés, qqe soit leur sexe.”
Ils supposent que l’impact de l’apparence physique pourrait s’intensifier pour des postes élevés
.”(...) être une femmes n’est pas en soi défavorable pour obtenir un poste de manager mais être
une femme séduisante revendiquant une apparence féminine l’est assurément.”
Bref: être séduisant est un avantage si l'on respecte les stéréotypes sexuels en vigueur dans le milieu
professionnel.
Conclusion:
On peut donc parler d’impact réel de l’apparence physique au moment du recrutement.
En ce qui concerne la poursuite de la carrière, l’influence devrait être moindre, puisque l’employeur dispose de plus d’infomartion sur son employé-e, et cependant,
"des différences de
promotions et salaires ont été constatées au profit des salariés séduisants dans des études récences (Garner-Moyer 2007). Les mécanismes d’attente et prophéties autoréalisatrices sont susceptibles
d'expliquer celles-ci.".
Mais prouver cet impact durant la vie professionelle est plus difficile que lors du recrutement, conclut l’auteure.
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Bien: rien de nouveau sous le soleil, donc.
Je ne vais pas trop en rajouter, car, c'est déjà long, mais:
L’en -ête de l’article nous dit:
“Cette étude s’attache essentiellement à élucider les mécanismes psychosociaux par lequel s’opère cette influence.”
C’est sûr que dans un article on ne va pas forcément développer sur les aspects historiques d'une culture, les rapports sociaux de genre, ou sur l’âgisme en cours, mais, tel
quel, il m’a laissée sur ma faim.
Edit: rectif , voir comm n°2
A vrai dire, sauf les noms/dates des expés citées (je ne retiens jamais les réfs, ouh la honte) j’avais eu qqes infos là dessus, et en cours de psycho sociale et en psydiff, et nous en
étions arrivés à nous dire que finalement, puisque tous ces effets étudiés sont socialement construits, il faudrait se pencher sur ce qui est en amont.
Par ex, comme cité plus haut: “les assertions exaltant les avantages d’un physique attratif sont extrêmement répandues et contribuent à façonner les représentations des
téléspectateurs, notamment des enfants”...
Ok ce qui est utlisé, diffusé et prôné découle de ce qui (pré)éexiste, sinon films et pub ne s’appuieraient pas dessus, mais ça devient un amont pour les générations qui l'absorbent à défaut de
toute autre connaissance aussi massivement ingérée sur autrui.
Alors?
Au fil des cultures et des époques, les canons de beauté, cad les attributions que nous faisons à chaque caractéristique physique ou à leur agencement, changent.
Pour ne parler que de l’occident, “nous” donc, l’iconographie dont nous sommes quotidiennement bombardé-e-s imprègne nos façons de voir les autres et de leur attribuer telle et telle qualité
personnelle, cette iconographie est prégnante dans notre culture depuis qqes décennies, ce qui était moins le cas aux époques précédentes: comment pourra t-on modifier ces critères d’attributions,
puisque déjà il est extrêmement difficile de donner à voir à nos imaginaires des physiques non standards (films, tv pub papier ou pas...)
Les *vraies * gens ne nous font pas rêver, majoritairement, et je ne parle de façon globale, pas simplement de séduction sexuelle; et même, nous avons désappris à porter sur le quelconque des
jugements positifs.
Il doit bien être possible de le réapprendre sans que ce soit un effort de volonté personnelle allant à contre courant..
En attendant.. pour trouver un job...
Qes définitions au cas où:
Attribution
Inférence ayant pour objectif d’expliquer un événement ou de déterminer les dispositions d’une personne.Elle correspond à « une cause » perçue qui peut être erronée.
La question des attributions rejoint celle des images sociales de la personne :
Dans le contexte professionnel, décrire un métier, c'est décrire les qualités de celui qui l'exerce. Nous avons des théories implicites sur la personnalité des gens, attribuées en fonction de leur
profession ( un comptable est rigoureux, un vendeur est extraverti…).
Représentation sociale
Une forme de connaissance sociale, la pensée du sens commun , socialement élaborée et partagée par les membres d'un même ensemble social ou culturel .
C'est une manière de penser, de s'approprier, d'interpréter notre réalité quotidienne et notre rapport au monde, de prendre des positions dans un ensemble de rapports sociaux et d’ordres
symboliques.
Stéréotype
Ensemble des croyances concernant les caractéristiques que partage un groupe de gens.
Ce sont des théories implicites de la personnalité que partagent l’ensemble des membres d’un groupe à propos de l’ensemble d’un autre groupe ou du sien propre.
Les stéréotypes peuvent ainsi être envisagés comme étant liés à un processus de catégorisation, c’est à dire d’une classification ou découpage simplifié de l’environnement en termes de
catégories.
Théories implicites de personnalités:
A partir de quelques indices, on peut se faire une idée générale de la personne, et pour Bruner et Tagiuri 1954, si nous donnons une certaine cohérence aux observations et aux informations
qu’on a pu avoir d’une personne, c’est que nous avons des connaissances préalables sur la personnalité d’autrui et c’est ce qu’on appelle les TIP.
TIP:Théories naïves (pas vraiment explicables par le sujet, émanant du groupe social dont il est issu, et pas forcément insconscientes) que chaque individu a de la personnalité et qui rendent
compte du fait que les gens considèrent que certains traits de personnalité vont généralement ensemble et d’autres non, ils vont donc introduire des cohérences dans la description d’autrui.
Croyance générale à propos de la fréquence d’un trait, à propos de sa variabilité et de sa liaison avec d’autres traits.
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