Welcomeoww

Le crâne en ébullition.
La bouilloire près du clavier.
Et un doigt dans l'oeil    du cyclone.

Mentions légales
Tous les textes présents dans ces pages sont ©Maybe et le blog Maybe Elle/hesed.info et appartiennent exclusivement à l'auteure aux termes des articles L111-1 et L112-1 du code de Propriété Intellectuelle. Toutes reproductions, diffusions publiques et/ou usages commerciaux sont par conséquent interdits sans autorisation du titulaire des droits.

Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /2008 08:30
Elle appelle quand elle s'ennuie.
Qu'elle est seule, pour ne pas être entendue de son mari.
Elle appelle pour se plaindre de sa vie.
Des gens.
De son mari.
De sa mère.
Des maladies, drames affectifs et  catastrophes qui ne vont pas manquer d'arriver.
Elle appelle parce qu'il ne lui reste que ça ...
Elle a éliminé toute autre relation possible dans sa vie.
Elle appelle d'autant plus depuis que sa mère est morte.
Elle appelle parce qu'elle a besoin de trouver une résonnance à l'autre bout du fil, de trouver qq'un qui fonctionnerait comme elle, qui serait elle.
Elle appelle parce qu'elle a besoin d'être malmenée, par moi, qui lui rappelle qq'un de malmenant.
Elle appelle pour se plaindre, et pouvoir plaindre qq'un qui serait comme elle, qui serait elle.
Elle appelle et ne supporte pas que je prenne des nouvelles de son époux, voire que je le prenne au bout du fil.
Elle appelle.
Morbide.
Elle appelle avec des jeux de voix différents selon sa demande , son besoin de me plaire ou de susciter mon intérêt compassionnel:
fausse alacrité, faux dynamisme humoristique, mais plus souvent voix désespérée, haut perchée et tremblotante, que d'aucuns réserves aux vrais drames, voix lasse qu'on pense au bord de la mort, voix véhémentement  affolée, qu'on réserve en principe aux accidents. Tellement jouée que je n'ai aucune empathie.
Elle appelle, et parle au répondeur parce que je ne réponds plus.
Je sais que la souffrance, même jouée, est toujours une souffrance, ailleurs.
Mais souffrir est son identité: je n'y peux rien, quoi qu'il se passe, sa jouissance est là, l'en priver serait pire pour elle, c'est affreux à dire.

Elle appelle, et se prend des pelles.
Et elle recommence.
Je l'envoie bouler, souvent, depuis longtemps.
D'autres fois, les jours de patience, j'écoute, je me protège comme je ferais d'un-e patient-e en consultation psy, mais je refuse d'être le support de transfert, or, comme la marée, elle revient, elle revient, elle revient.

Elle 'oublie' qu'elle a appelé peu de jours auparavant.
Elle 'oublie' bcp de choses.
Elle cherche à savoir la vie de l'autre, pour la raconter.
Car elle vit par procuration.
Elle est capable de se mettre dans une chambre du fond pour se plaindre d'un couple d'invités qu'elle a au même moment au salon, dont la femme serait soupçonnée de vouloir marier son époux lorsqu'elle-même sera morte.

Elle appelle 'pour prendre des nouvelles'.
3 jours après elle rappelle. Le répondeur l'écoute.
Lorsque j'écoute le message, pas de chance, le téléphone est frité, je n'entends que son ton.
Catastrophique. Comme il y a eu des pbmes hospitaliers, je rappelle, quand  même, le soir à l'heure où je sais son époux présent.
Qui m'explique que finalement, ils viennent de décider de partir le lendemain en tunisie plutôt qu'en espagne.
C'était ça, la catastrophe.
Car elle se plaint de ses voyages, aussi. De sa piscine, de son jardin, de sa maison climatisée..... De tout.
Six jours plus tard, 9 h le matin, un appel, je prends sans regarder le numéro qui s'affiche: je suis pressée, j'ai un rv toubib, si ça se trouve c'est un contre-ordre.
Non c'est elle, de tunisie, pour me raconter que le portable de son mari est tombé à l'eau et qu'ils rentrent le soir même, comme prévu.
Le lendemain, elle appelle pour dire qu'ils sont bien arrivés, que pour le portable, c'est réglé, et qu'elle rappellera (c'est le répondeur qui l'a écoutée).

Des années qu'elle se projette sur moi, qu'elle projette sur moi ses malheurs à elle.
Qu'elle tente de savoir, ou simplement imagine, mes malheurs à moi, pour me plaindre et  jouir de cette 'ressemblance'. Qu'elle est dans le mortifère, le morbide, le mortel, le mord tel...
Des années qu'elle me prend pour sa poupée, son boulet, sa copine, son miroir, sa psy, son extension, sa toubib, sa tortionnaire, sa prof, et maintenant, de plus en plus, pour sa mère.

Des années que je lui oppose du silence bourru, de la phrase qui ferme, du mot qui engueule, car au bout de 20mn de ses questions indiscrètes et de plaintes, je considère avoir fait mon devoir d'écoute bi-hebdomadaire.

Par Maybe - Publié dans : Sous, à, de-venir
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Retour à l'accueil

Meroww

                                                                                                             fembras.jpg                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

Autres Mrrrawww

Chagenda

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Langue au chat?

Cat tracks

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés