Dimanche 31 décembre 2006
L' année va changer de nom, et la ronde des mois va reprendre son envolée....   
Allez on fait les comptes :3 mois 1/2 de blog, à peu près, 124éme post, et l’âge de la capitaine.
  Le plus drôle là dedans, ce sont les requêtes qui ont amené certain-e-s jusque  là.
Certaines clairement sérieuses, mais beaucoup qui me laissent .... dubitative.
Alors, comme quasi toute la blogosphère:  florilège (avec l’ortho d’origine) arrangé by moi (le florilège, pas les requêtes).

truc
=> si je vous jure, à mon avis ça va lui faire des heures de recherches...
bienvenue bord + veuillez attacher vos ceintures
=> exactement, ce blog vous invite au voyage, c’est clair, non?
la voiture thermique la plus belle au monde
=> alors là... déjà faut m’expliquer le concept...
moire facades
=> heu vous parlez du visage de l’Anankè ou des reflets
    de votre future maison?

poste de voiture un cd bloque dedans
=> ha ouais.. c’est embêtant....
belle ouzbeck
=> c’est pour emporter?
panoramamix
=> ils sont fous ces netsurfeurs

il m'a trahi avec son ex
=> elle n’était pas si ex que ça, donc
comment rester calme et pas jalouse de son mari
=> mhhh... ne pas se marier :-)
vendredi samedi sa copine voir
=> lundi mardi, son boulot faire
comment dire a sa copine qu'on sait qu'elle nous trompe
=> avec des mots, non? je crois qu’on a pas trouvé mieux...
rupture avec sa copine
=> ha ben c’est encore le plus direct...
quand ses yeux se mouillent
=> tu lui files un mouchoir, faut être pragmatique
comment embeter son ex
=> ça va mal finir
comment porter plainte pour diffamation
=> ça a fini mal, donc

bougies, punition
=> pas saisi le rapport là...
ou peut-on être mieux qu'au sein de sa famille
=> mmh? sur mon blog?
c'est quoi une merveille
=> qui m'appelle?

mozart etait sourd
=> heu....ça rend sourd en effet...
ma soeur se masturbait
=> ha son prénom c’est wolfgangue?
la mère et la putain+psy
=> vous voulez tout ça à la fois? présomptueux, monsieur, non?
je recherche un lien pedo directe
=> ben c’est pas ici, abomiffreux personnage
mamie en chaleur
=> elle a sa méno, la pauvre, ou bien vous des désirs
    zzzinavouables?
rondouillette  nue
=> comment sait-il (ou elle)?


atsem qui se prennent pour des instits
=> les pauvres!
mammouthe
=> présente!
instit surbooke
=> présente aussi!
 instit paumé dans paperasse
=> je trissoie....
retard du matin , en maternelle
=> serez fouettés devant toute la classe
salle eps appropriation de l'espace
=> ben c’est tout le pbme....z’y ont mis des plantes vertes
    dans mon école.. si, si... ça devient du slalom rien que
    d’y entrer...

salle de motricite schema corporel enfant
=> allez sur un site pédago plutôt non?
infos sur le mammouthe
=> alors j'ai déjà vu le mammouth, la mammouthe,
    mais le mammouthe, j’avoue..  c’est une nouvelle race
    de magasins?

docs animaliers pour enfants
=> filmer les adultes
les grandes personnes sont etranges
=> qu’est-ce que je vous disais?
moins de relation parents enfants a cause  technologie
=> ha oui, c’est le risque, quand on joue avec la video...
enfant poids
=> on met quel verbe, entre les 2 mots? être? recevoir?
repetez apres moi
=> après moi
air ahuri
=> oui ça donne ça, souvent, quand on demande de répéter...
oui-oui respect
=> spécial dédicace voiture jaune pour rififi
phrases pour que les enfant non pas peur la nuit
=> on sent l’adulte qui se pose des questions existentielles...
    ou qui a envie d’avoir  la paix la nuit...:-) courage courage...
les manieres de faire le pain
=> .....avec les mains? (et pas dans la figure, le pain.)
bouilloire pylone, bouilloire elmer(*)
=> la première, elle a quelle forme, déjà?..
    la seconde,heu...
p’têt que le  merchandising elmer
    existe en version cuisine.. m’enfin...

Et le best :
peut on reconnaitre un doute avec certitude
=> oui oui moi j’ai le truc, mais faut un minimum d’éclairage...


Bonne journée à toutes et tous... bon réveillon....
que fêtes vous d'ailleurs?
:-)
Vendredi 29 décembre 2006
Gens vus:
en descendant mes poubs: Mamandepetitethéâtreuse
en allant à la pharmacie: Bébécygne et maman
en traversant le boulevard en face: Missbouclette+ frère et  mère
en me baladant en ville... plein d'autres ....
"hé c'est ma maicresse, là, t'as vu? maicrrrreeeeeeessssee"
et je veux m'enfoncer sous terre, oubliez moiiiiii chuis pas làààààààààà
Allons, leur sourire-banane montre qu'au moins , elles et ils ne sont pas malheureux avec moi.

Choses vues:
la toute jeune matinée a de ces grâces qu'il ne faut pas  négliger...
le soleil encore bas allonge les ombres des buissons et arbres sur l'herbe givrée des près..
j'ai pris la voiture et des chemins creux pour admirer l'air immobile et le rayon fureteur,
le coton effiloché des brumes entre les branches nues et  l'éclat vif d'une goutte tombante....

Douceurs faites:
accroché des boules graines+graisse  pour les oiseaux de mon triangle de verdure...
chardonnerets, mésanges, rouges-gorges pépient sous mes diverses fenêtres  depuis des mois, l'automne fut si doux.. les tourterelles de turquie ont fondé au moins une HLM dans la haie en face du salon.. et tout ce petit monde a chassé les pies qui avaient tenté de coloniser  l'espace ces dernières années.. leur plumage en domino revient parfois, mais peu...
Le plus téméraires: les chardonnerets... qui sont ensuite allés digérer leur provende.. on ne les a plus vus de l'après midi...

[edit: je crois que tous les piafs du quartier se sont donné le mot, c'est un plaisir de voir voleter et d'entendre plus encore de pépiements divers.. d'hiver :-) ]

Mots entendus
"A force d'avoir été contraint à la solitude, je suis devenu un solitaire."
Merci Maybesenior, d'oser me parler de toi. Je t'aime, papa.
Et sans doute vas-tu te rendre compte que la lignée de pensée, la lignée d'affects.... tout ce qui est de l'ordre d'une transmission... si cela se fait d'une génération à une autre, même en en sautant parfois, cela peut tout à fait se faire en transversal, d'un sexe à l'autre.

sol invictus
Jeudi 28 décembre 2006
Pour en finir avec le barbichu de nowel, et sans revenir sur ce que j’ai exposé, qui, je vous rappelle, est une lecture perso d’un dossier mag, je me pose qqes questions que je ne peux pas étayer n’ayant pas fait les recherches nécessaires ...

   Alors bien sûr la dimension d’adhésion au groupe, du rituel de passage (du je crois au je ne crois pas, mais, au je ne crois pas tout court), la cohésion annuelle de la famille, le recours au modéle du père... Bon...ce sont des pistes intéressantes.

   Au-delà de ça, dans l’aire d ‘influence du PN, on sait que le religieux perd apparemment de sa prégnance en tant que pratique et référence quotidiennes, mais qu’il ressurgit partout ailleurs.
(je dis apparemment parce que les ‘églises’ diverses avec prédicateurs qui mettent les ouailles en transes ont de plus en plus d’audience)

Et finalement,le PN ne serait-il pas une modalité pour  reprendre une sorte de culte ?

Ne pas bondir ;-) je vais prendre des exemples très codés qui sont, tous ou en partie, représentés dans les  repas de fête de nowel... même si orientés par les codes familiaux, et donc ritualisés de façon privée.

Par exemple:
 - il suppose un ensemble de rituels, comme déjà dit,
    et j'y rajoute les chaussons/ssettes et autres "nourritures"
    pour  le PN, sous le sapin ou la cheminée...
 - et un temps bien déterminé, à la fois par la durée
    d’activité/d’action  et par la datation,
 - un code de nourrissage à la fois dans les dispositions et
    dans les menus (pensez à la table sacrificielle, reste de
    l’autel, aux banquets du même acabit, à la table de
    communion chrétienne -Cène- ...)
 - un code d’offrande (chaque famille a son code de don, genre:
    uniquement aux enfants, ou à tous, ou avec un seuil de prix,
    ou avec alliance pour respecter un désir, et donc du lien...)
 - un code de lien et d’appartenance
 - un respect dû à “ceux qui y croient” (les enfants) et même les
    rétifs en général font l’effort de faire semblant et de respecter
    le missel, pardon le nowel et son père du même nom...
 - une répartition genrée des rôles: homme gardien du dogme,
    et donc un peu dans le règne (cad attendant que sa volonté
    soit faite)et femme(s)  exécutant la besogne et faisant
    respecter les codes
 - un rappel de l’office sacré du découpeur (de viande, cf les lectures
    d’entrailles qui précèdaient les agapes dans certaines cultures-
    ou du répatiteur (des morceaux, des pains, etc) et de   
    l’ouvreur-distributeur de la boisson (initialement, l’alcool était
    ‘sacré puisque permettant une exaltation .. éthylique,
    une transe...)

Un culte rassurant donc, car,
 - on peut toujours feindre et feindre de feindre, d’ailleurs....
 - on peut  s’en souvenir avec tendresse (ha le temps où tu y
    croyais)
    ou avec moquerie
 - on sait que ça commence et ça finit (un mois en général),
    donc que le culte est restreint à une périodicité annuelle
 - on retrouve ainsi du “merveilleux” prétexte aux dépenses
    superfétatoires (dimension sacrificielle de la dépense)
    qui caractérisent les dons/ex-votos et autres offrandes
    à des instances transcendantes médiatisés par le don concret
    à l’autre...(l'enfant est-il transcendant dans notre culture?)
 - on fait un deal avec l’amour de l’enfant (j’ai déjà dit ailleurs
    que bcp de  parents actuellement demandent à leurs enfants
    de leur prouver leur  amour pour eux, et réciproquement,
    cherchent à se prouver à eux-mêmes leur amour pour leurs
    enfants , et demandent aux enfantst de les rassurer sur
    leur qualité de parents).. et ce, même après la ‘disparition’
    du PN,
 - le PN revient annuellement, le reste du temps, censément,
    il prépare des jouets, on peut assimiler cela au mythe
    de la dormition (de la Vierge, d’Arthur, de qui vous voudrez,
    y’en a plein les mythes) et donc de l’éternel retour
    (là aussi, vous mettez ce que vous voulez comme mythe,
    y’en a partout)
    tout en ne s’offusquant pas de notre incroyance.

C’est donc une figure toute bonne au final...
pour un temps donné, dans un cadre donné, à condition de respecter
certains interdits/mots/attitudes...
....tiens tiens, ça fait penser à qqchose... ;-)

Bien pratique en effet... non?
J'extrapole trop? Je capillotracte?
Lundi 25 décembre 2006
Plus qu'une ch'tite  semaine pour les trouver ....Faites vos vœux, faites vos vœux !!
Pour la nouvelle année!

    Déjà connu de nombre d'entre vous, passke l'an dernier déjà ...
oui je sais je radote... je refile les mêmes trucs.... je recycle... (on dit réinvestir, en pédago:-) )
mais pourquoi se passer de quelque chose qui vous fit rire l'année précédente
quand on n'a rien de mieux sous la dent?

Gnak. Non toujours rien de mieux.

Donc toujours utile quand ne sait plus  à quel vœu se vouer ....
ce qui est mon cas, faut bien reconnaître:
le
 Générateur Interactif de Bonnes Résolutions pour 2007
(et ses petits copains sur la même page mais plus bas)

Voilà ce que le sort m'a proposé :

Projeter impoliment de tout oser bêtement.
    -ha oui, mais non, enfin j'veux dire...
Imaginer avec brio de se morfondre  à la piscine.
    -heu, on va attendre l'été ok?
Continuer héroïquement à boire avec dédain.
    -avec qui ça??
Tâcher brillamment de vivre sur une chaise.
    - oh ben même sans briller hein..
S’interdire sans scrupules de siffler pour des idées.
    -ha oui, les idées ca se siffle, pfuiiit viens ici, idée!
Imaginer tendrement de s’admirer sans y penser.
    - oui ben ça va rester de l'imagination ça.
Tenter de l’aguicher sous les bombes.
    -ça aussi :p

Allez à vous  !!

Have fun.
Lundi 25 décembre 2006
   Je vais vous parler d'un temps que les moins de 20 ans... blah...
oui voilà, c'est ça, ça se passait il y a  bien  plus de 20 ans.
(Brdl.Je prends un micron de profondeur de ride en plus à chaque mot.)

  Donc, une fois, y'a longtemps, once upon a time, j'étais jeune.
Et je débutais dans le métier.
En début de carrière, on tombe pas dans des coins particulièrement facile à gèrer comme vous le savez tous, et en général on débarque comme remplaçant-e d'une manière ou d'une autre.. 
Depuis qqes temps, pour les sortants des IUFM, a été mise en place une première année dans un poste pas trop douloureux, mais surtout fixe pour l'année ... avant de rejoindre le "mouvement" normal. Qui fait mal. Au début.

   Donc c'était y'a un moment.
J'ai du mal à me remettre dans l'état d'esprit et de corps que j'avais alors, mes points de repère sont éminemment personnels, en revanche les émotions suscitées par les situations dont je vais vous faire part sont en moi toujours aussi vivantes, vivaces, et vive le roi.
Ha non, on est en démocratie pardon.
Je veux dire, si je les évoque je les ressens tout autant qu'à leur naisssance.  Et c'est pas agréable.
   Alors on va y aller à reculons. En hiver. Puisqu'on y est, en ce moment.

Le Noël de la mère grand.
  Là, Maybejunior tétait encore sa mère.
J'avais donc qqes 6 mois de job derrière moi et un poste à l'année(en tant que brigade). Pas de la tarte.
TPS (toute petite section) dans une cité perchée en haut d'une colline; au dessus de l'école passaient (passent toujours) des lignes à haute-tension, on entendait 'grrrzzzzzzgrrrrzzzgrrr' les jours d'humidité,  je ne sais pas si c'était ça qui influait sur le comportement des enfants mais.. c'était effectivement électrique.
  Pendant les 3 semaines qui précédent LE jour , les enfants font leur objet de nowel.
Parallèlement, avec la dotation noël de la mairie de cette année là (pour info cette année dans la ville où je suis actuellement, c'est 5 zorros par enfant) j'avais fait acquisition de petits bouquins pour tout-petits, un chacun, me disant que ça manquait chez eux.
Rappel: à la cantine le repas de nowel  est doublé d'un sachet de bonbons divers.
  La dernière semaine avant la fête de nowel, un enfant ne vient plus: je finis son objet moi-même.
  C'est un petit super gâté, la famille n'est pas particulièrement en manque financier, contrairement à bcp d'autres dans ma classe pour lesquelles ça ne va pas fort  côté finances, c'est le moins qu'on puisse dire.
Il se laisser vivre sauf pour faire des ...nneries, est souvent mal tenu, cheveux longs en catogan (j'aime bien) mais gras (j'aime pas), mais bon bref, il a 3 ans, il est comme on l'élève.
    Il ne vient pas  à la fête non plus. Dommage pour lui.
Or  on n'est pas en période de Ra*adan ni voyage, ni quoi que ce soit d'autre (je suis informée par d'autres familles) il n'y a aucune raison à son absence.
     Et qui vois-je arriver à la sortie ce jour là?
La mère grand.
Je lui lance un air interrogatif (ça piaille trop autour de moi), elle me tend la main, non les deux, et me désigne la distribution en cours  de départ vers les parents qui récupèrent donc leur enfant, qui ont en mains, tous fiers, le sachet mairie, l'objet de nowel confectionné par les petites mains et le livre-cadeau mairie.
    Je lui lance un regard interro-négatif (ca sert la grammaire, c'est vachement visuel en fait).
Et elle se décide à parler, sur un ton gémisso-suppliant:
- "pour Hychem, le pôôôôôôôvre, ses cadeaux."
J'en reste coite. Et je préfère le rester, parce qu'il y aurait trop à dire.
Grmblll

La crème trop glacée
  Là, Maybejunior était en un micro-tas qui croissait et se multipliait. Mon premier vrai poste (brigade, remplacement long).
   Dans cette GS, j'avais 80% d'asiatiques. Adorables, mais d'une pauvreté à pleurer.
Accotés à la cité, des bidonvilles, où vivaient ces familles.
Oui des bidonvilles, les familles se servaient de l'eau des caniveaux. Je n'exagère pas.
C'étaient des réfugiés, primo-arrivants, du Cambogde,  sauf erreur de ma part.
   Les enfants avaient un mal fou à prononcer mon prénom, nous riions de conserve quand ils essayaient ...ils avaient un sens du graphisme et de l'occupation de l'espace.. wwoww (une constante, que je remarque toujours chez les arrivants d'Asie), une envie d'avancer, d'apprendre, une  vivacité remarquable... enfin que sont-ils devenus...Bref.
    Un jour, je dois dire qqchose à une maman, elle parle un français surrané, qu'on dirait appris dans des livres  classiques- et  c'est sans doute le cas- avec un accent tout mignon.. mais je ne sais pas si elle comprend tout bien: une histoire d'horaire pour une sortie.
Et puis  très vite, j'ai l'impression qu'elle part en live, ses yeux "décrochent", je ne comprends plus ce qu'elle me dit, je m'énerve un peu, mon ton de voix devient un peu.. disons métallique?
Et là ...elle se ratatine, physiquement,  près de moi, je la sens rapetisser, presque se fondre dans le sol.. je ne comprends pas.
Je suis jeune, j'ai pas mal d"autres soucis, et une grossesse pas facile à assumer.
Mais c'est pas une raison.
    Le lendemain matin j'en parle à une collègue.
Qui me dit:
- "Tu sais tous ces gens, tu as remarqué ils parlent notre langue, sont polis, n'ont pas un sou... tu sais qu'ils sont réfugiés.."
- "Oui, ça je sais, mais elle a eu l'air tellement incohérente, je l'avais pas vue comme ça,  je ne comprends pas ce qu'il s'est passé, qu'est-ce que j'ai fait?qu'est-ce qu'elle a?"
- "Cette femme.. elle était prof de philo. Son mari, de français. Ils ont été torturés avant d'arriver à émigrer avec les petits. Tu comprends maintenant?"
      Oh oui j'ai compris.
Une formidable honte m'a instantanément glacée de la tête au pieds.
Le soir, à la sortie des enfants,  j'ai voulu prendre cette femme dans mes bras, juste comme ça, pour lui dire.. lui dire rien, d'ailleurs, car je  n'étais pas censée connaître son passé. Jamais osé.
J'espère qu'elle me pardonne là où elle est. Que sont -ils tous devenus...?

Le mouton doré.
   Et là,  Maybejunior n'avait pas encore pointé la moindre de ses cellules, j'étais en un des stages de dernière année d'Ecole Normale, dans une classe où les 17 enfants de CE1 ne se comprenaient pas entre eux.
L'école accueillait des enfants de la cité, perchée sur colline (aussi!) réputée pour sa pauvreté,  et d'en bas de la colline: des grappes de petites maisons moches, étriquées et tristes sur la départementale.
   C'était l'hiver. Il neigeait ET cela tenait, glaçait.
C'etst assez rare ici...alors on s'en souvient.
Dans ma classe, un préfa en bois, un poêle à mazout. Ca crâme le mazout. Ca gèle aussi. Si, des fois.
A l'époque, sans permis et sans voiture, je faisais le trajet avec un jeune collègue. 30 bornes.
Lorsqu'il neige ici, ces qqes kilomètres sont une expédition au far-west, et il n'y avait pas de Tphone portables...Nous décidons de tenter le déplacement, on verra bien si on arrive jusqu'à notre lieu de travail.
On y arrive.. plein de gens ayant décidé de ne pas bouger de chez eux, ça a bien roulé sur la route ... entre les plaques de verglas.
Le poêle est gelé. Je retourne dans la salle commune de l'école, en dur, où l'on s'y sent comme dans un frigo géant. Personne n'a enlevé ses fringues.
J'ai sur moi un manteau 3/4 en mouton doré.
Don munificent de ma mère-grand, que je ne mets jamais (moi .. la fourrure, je peux pas ) qui a 50 ans  (il y a donc prescription, merci mouton)  et qui tient chaud (donc exception car là.. il fallait) Impossible de travailler.
 Mais 3 enfants sont arrivés: 2 CM2 en anorak et une petite, 8 ans,  en sandales et légère veste, qui, me dit-on, a été  amenée à pieds par le père (pourquoi, mystère).
Nous décidons ( 5 enseignant-e-s présent-e-s)  de fermer l'école.
Il faut donc que les enfants repartent, on peut appeler pour les 2 premiers.
Pas de téléphone pour la dernière. Il faudra (c'est interdit de faire ça, mais on prend le gauche) ramener la petite chez elle.
    Depuis son arrivée dans la grande salle, enfin surtout la mienne de retour d'avoir visité ma classe-congélateur, je vois la petite qui grelotte, alors,  je refléchis pas, je fais lui replier ses pieds  sous ses genoux, et je l'enveloppe de mon manteau, elle a les lèvres bleues...
et je lui parle un peu.
Les grands autour prennent des décisions... ils n'ont pas besoin de moi.
    A ce moment-là,  je réalise qu'il s'est fait un grand silence autour d'elle et moi, et qu'on nous regarde un temps. Un temps qui me paraît looooong.
J''ai fait une grosse bourde? Je suis mal à l'aise.
   Puis les conversations reprennent, les choses se mettent en place... collègue et moi ramenons la petite et rentrons chez nous... nous reviendrons bosser 2 jours plus tard, et je resterai longtemps  sur le vague malaise dû à  ce silence autour de Salomé et moi quand je lui ai posé mon manteau autour, je ne sais pas ce que ça veut dire, je suis mal mal mal, ça me tracasse.
      Mon stage se termine.
      Des mois  plus tard, je tombe sur ce collègue-taxi.
Je lui reparle de cet hiver-là, comme des vétérans se parlent de leurs faits d'arme ou de service ...
Et, par lui, j'ai le fin mot de l'histoire:
-".... et je me souviendrai toujours de toi, à  ce moment là, tu sais  quand on a décidé de faire repartir les enfants."
-"???" (au secours, qu'ai-je donc fait comme baitiserie, malheur de malheur.. quand je vous dis que je suis une sensible)
Il a un visage tout raide.
-".. ben oui, tu nous a tous donné une bonne leçon à nous et à nos anoraks"
-"heu?"` (aïeaïeaïe, il se fout de moi en plus?)
Il penche la tête et me fait face  d'un air hyper sérieux:
-"... tu as été la seule à penser à réchauffer une enfant qui grelottait auprès de nous."
    Ah.
C'était que ça?
C'était donc pas à moi de me sentir mal, en  fait, et j'aurais pu dormir les nuits suivantes au lieu de me torturer....
Petite pensée à cette Salomé.. qu'est-elle devenue....
Lundi 25 décembre 2006
   Suite de ça.
 Alors alors ... fonction paternelle.

Pour être comprise des matheux on va tenter une explication simple:
une fonction  suppose une  corrélation.
Donc c’est une mise en relation d’au moins 2 éléments.
Donc la fonction paternelle est constitutive de la tiercité.
Pas du tiercé dans la ville, de la tiercité.
Cad de mettre en rapport une chose avec une autre.
Pour qu’il y ait relation, il faut qu’il existe une séparation, un espace, un délai, une non ressemblance suffisante, entre ces choses,
et une fonction (qui fasse donc opération, si on peut dire).
Autrement dit, ce n’est pas la personne du père qui est là sollicitée mais ce qui est nécessaire pour qu’il y ait du père.
Càd:  la parole, le langage, qui peut renvoyer d’un mot à un autre.
C’est une fonction symbolique en exercice. 
  Accepter qu’une chose ou un mot vienne à la place d’un autre suppose que tout objet soit marqué de par la perte de l’immédiat: il a toujours un caractère décevant ou inadéquat.
C’est cette expérience du manque qui fait d’un être humain un être de langage, un sujet de désir.
Jusqu’ici, tout va bien?

   Donc ce qu’il se passe pour le bébé c’est qu’un moment donné, dans la fusion mère/enfant, le tiers s’inscrit, càd qu’il y a de l’autre, auquel la mère se réfère.
Elle est l’autre d’un autre.
Donc elle n’est pas toute, ni toute pour l’enfant, ni l’enfant n’est tout pour elle.
Elle existe comme femme avec/pour/aux côtés de son homme, le père, et doit aussi lui laisser une place.

  Quand je dis, dans mes posts sur certains enfants: ‘où est le père?’, c’est donc de cela qu’il s’agit.
Le père doit d’abord être l’homme de sa compagne, afin qu’elle même soit d’abord femme avant d’être mère de.
A tous les niveaux, dont sexuel.
Il ne s’agit donc pas d’une position morale ou d’autorité, mais simplement d’un équilibre de base dans un couple, où l’adulte est d’abord un adulte avant d’être un parent.
   Or ce qu’on voit le plus souvent, dans le cas d’enfants en souffrance, ce sont des parents qui ne sont pas adultes - ou ne le veulent pas - (ce n’est pas conscient le plus souvent)  ,
   et/ou des mères qui, portées par les stéréotypes de la féminité doublés par la vogue de la maternité béate et merveilleuse, culpabilisent d’exister comme femme et n’existent/ font en sorte de n’exister  que comme ‘mère de’ ,
  et/ou des pères qui, dans cette même structure sociale,  ne signifient pas à leurs compagnes comme à leurs enfants qu’ils ne sont pas frères ou enfants de cette même mère, mais bien l’homme désiré par et désirant ( ou l’ayant été ... ça marche ainsi dans le cas de séparations) cette femme-là.

Donc, reprenons, la  fonction paternelle permet à l’enfant de renoncer à la fusion d’avec sa mère (et réciproquement parfois)., de comprendre qu’il n’a rien à attendre là, et qu’il doit se constituer d’autres choix pour prendre sa place de femme ou d’homme dans la société.

La parole  impose cette contrainte à notre désir : il nous faut renoncer à posséder le tout, à être dans le tout, et même être le tout.

NB: c’est évident mais il vaut mieux que ça soit dit: pour moi mère et père sont des raccourcis pour dire figure/position maternelle ou paternelle,  autrement dit, le sexe biologique importe peu.

 Alors, et le PN dans tout ça?
Là je vais suivre l’article de  JPLebrun , toujours dans le même mag (le Journal des Psys de décembre).
  Il propose que notre modèle social est en pleine restructuration: cad que le patriarcat s’effondre.
Boum.
Que le Père (en tant que symbole, et même en tant que qu’instance religieuse)  et donc aussi le PN,  est un signifiant qui donne à croire qu’il  y a toujours qq’un qui veille à ce que les choses tournent à notre avantage.

   Or la WWII et surtout les horreurs de la Shoah (je mets ce mot pour faire court car il n’y eut pas que cela, mais c’est  à cela que se réfère  l’auteur de l’article)  nous montrent que ce Père n’a pas su nous en protéger, ni non plus  de nos propres horreurs internes  d’humains.
   Donc il faut se défier de croire au Père.
Au PN aussi. (d’ailleurs l’apostrophe ‘tu crois encore au PN’ est un signe de dérision face à une naïveté ‘enfantine’... grandir serait donc ne plus ‘croire au Père’)
Et  c’est là qu’on revient à la fonction paternelle.

   Jusque maintenant, dit JPL, le père lambda pouvait s’autolégitimer  dans sa parole de père de l’existence socialement  construite et admise du Père (celui d e la Loi, etc.; de ce que vous voudrez...)
  Or le lien social qui était vertical, pyramidal , avec autorité clairement identifiée , posée dans un lieu d’exception, et qui légitime ceux qui y ont recours ... devient une structure sociale en réseaux, horizontale.
Merci à la mis en question du patriarcat:
les femmes ont pu prendre la parole dans le social (mouais...) et la répression sur le sexuel s’est levée (mouais aussi)..
ce qui fait que l’issue uniquement maternelle du féminin et le patriarcat comme refuge de l’homme-père pour asseoir son autorité ont été bousculées (JPL parle  d’effondrement).

  Le père n’a plus de légitimité à intervenir  pour aiguiller sur la tiercité si ce n’est qu’avec ses ressources interne d’être humain, cad comment lui même s’est libéré de la fusion originelle à sa mère pour devenir sujet.
Le père est donc mis en demeure d’amarrer mieux ses interventions que de s’appuyer commodément sur  le lieu d’exception du Père dont il serait représentant par construction sociale: c’est une autre manière de penser son rôle de père, et cela peut tout à fait se faire en dehors d’un système patriarcal, puisque  c’est  le langage qui est agent de cette tiercité: il faut renoncer à posséder le tout, être dans le tout, être le tout.

 Le père n’est plus soutenu dans sa fonction paternelle par le patriarcat?
Mais la fonction en question reste au programme, c’est seulement l’idole du père qui est tombée de la scène....
Cette idole au nom de laquelle on a commis les pires massacres ou les pacifications les plus coûteuses en termes de culpabilité ( rituels, sacrifice, travail...)
L’idole qui pompe l’amour au point de bouffer l’érotisme à son profit.
   Maintenant l’homme doit engager son désir singulier, et non se protéger par l’armure du patriarcat, pour s’adresser à une femme et endosser la tâche de père, il ne peut plus compter que sur lui-même... autrement dit se responsabiliser individuellement dans son rôle de père.

   Dans le patriarcat le ‘père hors la loi’ était confondu au ‘père dans la loi’, celui qui    l’énonçait: son statut d’exception  l’innocentait d’avance de tout abus et l’exonérait de toute culpabilité.
Il ne s’agit pas non plus de le soupçonner du fait même de cette place, les choses vont se réguler, mais le père délégitimé doit maintenant rendre compte individuellement de ses actes....
Il ne s’agit pas pour lui de seulement être plus présent dans la petite enfance ou d’intervenir autant que la mère, cad de dupliquer la mère, mais d’occuper la place de père pour ses enfants cad celle du monsieur concret qui assume la jouissance permise ( car elle l’accepte et la désire aussi, idéalement) qu’il tire de sa femme.
L’enjeu de la fonction paternelle reste donc  d’aider l’enfant à se séparer de la mère,  en tant que celle-ci occupe toute la place dont l’enfant a besoin pour désirer, désirer parler et parler
Mais ‘croire au père’ fait question, au bas mot.
Croire au PN aussi, en tant qu’il serait un représentant du mythe du Père (Symbolique pour le coup).

Et dans ce cadre là, je vais m’inscrire en faux par rapport à ce que propose iniialement JPL, non pas sur le fait que les hommes sont dans une phase de remise en question de leur position de père, mais sur son idée que le patriarcat s’est déjà effondré.
Je le verrais plutôt en cours de.
Voire au début du.
Voire remplacé par ... l’androcentrisme.
Cad le masculin comme place d’exception , et qui satellise tout le reste.

   Si le PN est une représentant du Père du patriarcat, et que ledit patriarcat s’effondre, si grandir  c’est renoncer à croire au Père (dont Noêl) comment se fait-il que son ‘culte’ (consumériste notamment) soit si prégnant, et tellement maintenu à grand renfort de concrétisations diverses?
   C’est la peur de le sentir s’effondrer qui conduit à cela?
Je ne vois pas vraiment le pouvoir masculin s’effondrer, voyez vous... sans doute faut il dissocier père et masculin.
Auquel cas, le patriarcat en prend effectivement dans la tronche .. et ma foi, tant mieux, mais l’androcentrage du social reste, et prend le relais avec bcp de puissance. Disons un masculinocentrage.
Au sens des stéréotypes de genre masculin vs féminin.

   De fait, on oublie commodément, dans le mythe familial du PN qu’il y a derrière lui une mère noël de la réalité qui prend en charge les offices (je prends ce mot à dessein).
Elle maintient le rituel :
de la préparation et toutes ses anticipations temporelles et spatiales,
du décor (sauf s’il y a bricolage lourd -- je parle de tendances majeures, me tapez pas dessus ) ,
du rassemblement (invitations diverses, réunion de famille) et de la cohésion du groupe,
de l’offrande ... pardon de la nourriture à la famille,
de la gestion matérielle des cadeaux...
    En quoi cet ensemble d’activités remet -il en question le patriarcat, là?
Puisque le père, comme homme de la famille,  reste dans sa position d’exception?
    De même, lorsque les parents se réfèrent au PN  pour légitimer leur autorité pendant le ou les mois qui précèdent noël  (sois sage, le PN voit tout ...), où y  a t-il effondrement du patriarcat?
   J’y verrais plutôt  là un recours - souvent soulageant,  car ce que j’entends  des mères c’est :
-”ouff je lui ai fait peur avec le PN passke là j’en peux plus”
qui tendrait à prouver que
le père et la mère n’assument pas leur positions comme définie plus haut;
que donc le seul recours social proposé est bien le modèle patriarcal;
qu’en l’occurrence ça suppose qu’il est toujours actif d’une manière ou d’une autre (disons consumériste et masculinocentrée) ;
et que si le défi de la modernité est cette nouvelle place assumée personnellement et engagée individuellement de l’homme-père au sein du couple et de la famille, hé ben , on n’est pas rendu-e-s.


Bon sang mais elle serait féministe?
   Ouais. si les instits s'y mettent, où va t-on?
;-)))))))
Et fin
Dimanche 24 décembre 2006
Alors on en était :
 Le PN aurait valeur de mythe?

  Un mythe, en gros,  est destiné à répondre à une énigme de l’existence:
il a donc une valeur fondatrice et  partant, fédératrice de croyances communes.
Le mythe  satisfait donc un questionnement tout en laissant  place à des hypothèses: il est donc dynamique, du côté des pulsions de vie (lier en un tout de plus en plus intégratif).
Il arrive qu’il soit statique et conçu comme assignation de rôles inamovibles,
on est du côté des pulsions de mort (tout se détricote et l’on agit dans la  répétition).

   Le mythe a une fonction dans la constitution du groupe: fonction transitionnelle, du côté de l’illusion (groupale en l’occurrence cf Kaës) , et faisant référence à / faisant intervenir /  des croyances.
  Dont la croyance au Père Noël, si on le place dans la croyance.

  Mais si le PN est un mythe?
Le social et l’individuel sont impliqués dans la construction du mythe, mais comment?
Pour Sigmund,  mythe= modèle culturel permettant de transformer les représentants de la pulsion, cad le retour du refoulé, en fantasme.
Vallabrega, 1967 propose une loi de retournement: il existe un rapport d’identité entre mythe et fantasme.
Ces 2 points de vue ne permettent pas de relier un  mythe à un fantasme, ni de savoir lequel des deux engendre l’autre..
Du côté du lien entre mythe et fantasme,  Rosolato, 1992 va lier les fantasmes originaires un par un  à un mythe précis (chrétien s’entend).

    Alors rappel:
fantasme originaire = tentatives d’explications / constructions imaginaires de l’enfant face aux grandes énigmes de l’existence (la sienne surtout) , ses origines et son eschatologie, donc des reconstructions (comme le mythe quoi) pour tenter de surmonter la confrontation avec l’inexplicable.

Voici les fantasmes originaires avec la correspondance aux mythes que leur accorde Rosolato:
1- le fantasme de la scène primitive
    (origine du sujet lui-même, comment j’ai été fait ?)
         => récit de la création au début de la genèse
             (relisez le chapitre:-) )
2 - le fantasme de séduction
    (origine de la sexualité, via le désir)
          => dieu aime son peuple, ce dernier se soumet
               à sa loi et à son éducation
3  -le fantasme de castration 
    (cad découverte de la différence des sexes ET du manque,
    ce qui fait d'un être un sujet humain)
           => sacrifice de jésus en tant qu’il est dieu   
               (car figure  de), cad meurtre symbolique
               du père idéalisé

4 - le fantasme du retour au sein maternel
    (ce qui arrive avant la vie et après la mort)
           =>mythe du paradis, espace contenant
              et rassurant d’avant et après la vie

Mythe et inconscient ont donc un lien étroit:  les fantasmes originaires sont activés au sein du mythe.

     Mais lequel préexiste à l’autre?
   Pour Juillerat, 2001:
les fantasmes originaires ressurgissent sous formes de symboles, au sein de représentations mythiques, mais sont aussi articulés à des symboles non représentatifs de l’Ics*.
En effet, l’Ics ne connait ni la logique (causalité) ni la négation, ni le temps, ni le sexe.. a contrario le mythe est construit logiquement et ordonné...
Donc, dans un mythe, seuls certains symboles sont l’expression de fantasmes originaires,  et le sens de ces symboles-là serait donné par une articulation à des symboles culturels (l’intrication entre les deux types de symboles étant le fruit d’un travail de culture).
Un mythe aurait donc  une source psychique (l’Ics individuel et les fantasmes originaires à la fois individuels et ontologiques)
& une source socioculturelle, laquelle opérerait une sélection sur la symbolique inconsciente en schématisant certains contenus.
    Bidou, 2001, prolonge le raisonnement :
le mythe aurait bien 2 trames
-historique appuyée sur la matérialité d’un groupe 
-et inconsciente forgée par les tentatives de réponses de tout être humain aux prises avec les énigmes de l’existence via les  fantasmes originaires .
Et ces  2 trames s’ajustent l’une à l’autre: la première  nourrit les désirs de la seconde et la seconde ne peut se généraliser que si elle est étayée sur la réalité matérielle de la première.
Vous suivez?

   Il y a intrication des 2 trames et non causalité possible , et on se rapprocherait là de l’idée freudienne que le mythe = une mise en scène du fantasme.

   Résumons donc en ceci: le mythe a bien une origine inconsciente, du côté des fantasmes originaires, il est  une facette des fantasmes d’une culture donnée.

On peut alors considérer le le PN dans un aspect mythique  qui serait soutenu par nos fantasmes individuels et groupaux.
Il nous faut donc nous pencher sur le travail inconscient du groupe ou de l’inconscient du groupe....
   Dans un groupe social comme dans la famille il existe un appareil psychique,  groupal ou familial, constitué des lien  intersubjectifs inconscients  à l’oeuvre.
On pourrait le représenter  comme une sorte d’espace fictif qui permet de médiatiser les réalités psychiques indiduelles et la réalité groupale (ou familiale) , Il assure la circulation des fantasmes individuels des membres du groupe  cad la  mise en commun d’une partie d’entre eux ,  vers une sorte d’unité psychique:
ces fantasmes sont alors “organisateurs’ de la vie inconsciente du groupe.
Il permet  donc les réalisations *imaginaires* de désirs de chacun des membres du groupe .
De même que toute société (ou culture) s’appuie sur un (ou des) mythe fondateur, toute famille s’appuie sur un mythe familial : une représentation de ses origines,  fantasmatique partagée par tous, sombre ou idéalisée, qui maintient  la cohésion du groupe  et définit la place de chacun.
Ce mythe est l’image commune que le groupe se donne à lui-même et  il s’insère dans l’appareil psychique groupal et donc s’intrique aux fantasmes individuels.
Vous me suivez toujours? J’ai super peur de vous larguer...
Alors accrochons le PN à tout ça.

  Le mythe sociétal du PN correspond aussi à ce qu’une société se donne comme vision de ses origines et des éléments qui la composent à partir de fantasmes individuels partagés.
Et les vies psychiques individuelles  s’organisent pour se mettre en conformité avec la vie du groupe.
Les mythes familiaux relayent et se font l’écho des mythes sociétaux ...
qui réactivent les fantasmes individuels  via les mythes familiaux.
Boucle bouclée :-) (qui a le vertige?)

  L’aspect mythique du PN entraine donc une vie imaginaire à la fois commune et invdividuelle, particulièrement (ré)activée quand l’enfant commence à s’interroger  et interroger les autres sur la réalité de  la figue du PN:
à ce moment là les adultes se questionnent sur ce qui les a poussés à se saisir  (à nouveau) de ce mythe et le transmettre.
Piaton Hallé 2001 a pu dégager de son étude 4 scenarii fantasmatiques sous-jacents qui légitimeraient la mise en place du mythe du PN  dans l’imaginaire parental , et ils sont  reliés au fantasme originaire de castration:
 l’un la dénie, l’autre l’évite, le 3ème la rend inexistante et le dernier s’y réfère et sa présence dans l’inconscient parental autorise l’enfant à se détacher du personnage par un mécanisme de symbolisation (et  c’est ce qu’il faut en somme)
  D’ailleurs, le Père Noël permet la reconnaissance du manque pour toutes les générations: début de croyance en période dite œdipienne et   cessation à l’entrée de la période de latence.
    NB***: Dois-je rappeler ce qu’est le fantasme de castration?
Attention, ce n’est pas de couper les coucougnettes (qui est le vrai sens de castrer, en fait, on se demande pourquoi les zhoms ont toujours aussi peur qu’on 'la' leur coupe) ni d’émasculer  (qui serait donc la grooossseuh peur des messieurs lambda) qu’il est question  :-)

On en revient à la croyance: toute croyance démentie par la réalité conduirait le sujet  à la castration (donc à devenir sujet de désir, cad bêtement humain, en gros)
  L’enfant ne *sait* pas  mais il *croit savoir* que le PN existe (comme il *croit savoir* sa mère phallique***)
L’expérience sensible  apporte un démenti à sa croyance (même crise entre existence du PN et existence du phallus de la mère)
Cette expérience engage l’abandon du monde magique et la construction du Surmoi (avènement du raisonnement, de la logique et acceptation de l’interdit)...
ce qui engendre une angoisse de perte:  l’angoisse de cette decouverte de l’absence va se lier à une autre représentation, comme pour la castration (cf le petit Hans)

  C’est pourquoi on peut considérer  le PN comme  inscrit dans un mythe:
le travail d’élaboration que son existence/non-existence  représente pour le psychisme de l’enfant est analogue à celui que ce dernier doit effectuer pour symboliser la castration.

  De fait,on est se réfère là à une image du père.
Ou du Père.
Ou plutôt  à la fonction paternelle.
Objet du prochain paragraphe si vous n’avez pas d’indigestion....
(j’essaie de causer français plutôt que psy... j’espère que ça va...)


* Ics: Inconscient en tant qu'instance psychique (pas l'adjectif, donc)
*** je tiens à dispo un ch'tit paragraphe à ce sujet pour celles ceux qui veulent....suffit de me mailer.
Samedi 23 décembre 2006
          
       Alors, attention ça va chauffer :
 Comme prévu, lecture  d’une première partie du dossier, avec mes mots à moi, ma mayonnaise à moi, car ici c’est mon blog à moi (lol)  et mes digressions.
Donc si vous voulez lire le dossier initial, procurez vous le magazine dont  est issue ma petite réflexion.
.... et si vous voulez des explications, demandez.. j’essaierai de répondre ...si je peux !

   Le Père Noël apparaît parallèlement à une une nouvelle place accordée à l’enfant  (et à l’enfance) dans les familles.
 Noël célèbre les enfants, les valeurs qu’il porte (ou qu’on lui demande de porter) et le rituel des cadeaux peut s’envisager de ce côté-là, dans la portée symbolique du cadeau.
   On se souvient peut-être, enfin moi en tout cas, que la génération de nos grands parents (voire parents) parlaient des “étrennes”.
Qui à son concierge, qui au cantonnier... (tiens ça m’évoque les ventes de calendriers divers au porte à porte) bref aux ‘petits métiers’ comme une dette contractée auprès d’eux, et réglée à échéance du 1er janvier.

On se met là du côté de l’analyse de l’échange et du don, et surtout, puisque devenue fête familiale, du côté de l’obligation de montrer, donner à voir, rassurer, renforcer... plus ou moins concrètement, les liens.
La dépense collective, consommation (excessive?)serait  le prix du lien.

   Et l’enfant *doit* être comblé par tous les moyens ... voire avec tous les moyens financiers à disposition....
    Notons que dès le Moyen-Age, l’enfant est présent dans la période entre Noël et Épiphanie (tournées de quêtes... réception de friandise, capacité de malédiction de celui qui refuse de donner), à bien y regarder il occupe le même statut que femmes et mendiants: càd ceux qui ne sont pas complètement incorporés au groupe, qui sont donc des “passeurs” entre les mondes (mort/vivant) et les temps (vers an nouveau).
Ce statut change au XIX°, en tant qu’espoir  de la famille qui se réunit autour de lui comme élément central... avec l’aïeul-e qui boucle la boucle (n’a t-on pas coutume maintenant de dire qu’au moins on ira faire Noël en famille  pour les grands parents...)

   On en arrive à du rituel, du cérémonial, même privé, qui est supposé combler l’enfant.
L’aspect religieux chrétien est sinon évacué du moins mis de côté, mais si l’on s’en tient à l’étymologie,  religion viendrait de :
relegere, recueillir (au sens de recueil de formules et de pratiques)
et religare, relier.
A une instance supérieure et transcendante, s’entend ... mais ne pourrait -on entendre la famille comme une instance mythique, supérieure et transcendante d’une petite personne d’individu lambda ..?
Il s’agirait donc, par les mouvements de dette et de don (formules et pratiques) , de permettre la reproduction et/ou la préservation des alliances et des filiations: c’est pourquoi le PN qui médiatise ces dons, cad  tel qu’il est maintenant adopté généralement, s’adapte géographiquement et culturellement, au delà de son côté mercantile.

    Car le Père Noël n’est pas une invention  de l’enfance, c’est même l’inverse:
les adultes ont créé  cette *figure* de père tout-puissant  doté d’un Surmoi exigeant (même si bienveillant)  et à laquelle s’identifier lorsqu’on se travestit (costume et scène ad hoc)  ou qu’on  transmet ses règles verbalement (sois sage et parfait pour avoir tes cadeaux, il te voit...)

    Le Père Noël serait  une fiction “idéale”,  qui permet  un passage dans un espace transitionnel (cf Winnicott) , espace de création, qui tient à la fois du monde interne et du monde extérieur, d’où l’on peut revenir, et où l’on peut périodiquement retourner.
L’émerveillement des petits permet aux adultes de réveiller le leur, il permet d’associer et transmettre des affects positifs.
Des parents peuvent souhaiter que leur petit reste dans l’illusion protectrice au moins aussi longtemps qu’ils l’ont été, voire plus ...ou l’inverse.
Noël engage donc les générations dans un étayage fantasmatique  qui peut être source de cohésion comme de conflit.
Il y a donc un forte dimension groupale, en plus de familiale, qui ne se place pas du côté d’une appartenance religieuse mais  d’une aspiration humaine à se souvenir et transmettre (on rejoint l’idée de filiation et d’appartenance) ..
Du côté familial : autour de l’événement Noël les conflits s’apaisent ou se répètent comme compte à régler annuellement.

Par ailleurs le PN  permettrait un mouvement de réparation : les adultes donneraient à leurs enfants ce qu’ils ne peuvent donner à leurs parents (parce que socialement ça ne se fait pas et que ça indiquerait l’intensité de notre culpabilité vis à vis d’eux), le don étant médiatisé par une instance encore plus parentale qu’eux.
    Comme  construction imaginaire qui symbolise des pulsions inconscientes, le PN apporte, comme le rêve, des possibilités de déplacement/condensation, des projections  de désirs contradictoires sur une figure héroïsée... le PN soulage les parents de la légitimité de l’autorité pendant la période d’avant Noël....
 
   Le PN est un père tout puissant qui doit répondre à la demande de l’enfant.
Ce qu’il ne fait pas toujours: déception, haine ou culpabilité  face à la réponse inadéquate, se pose sur cet inconnu auquel on pensait pouvoir tout demander, et qui défaille, la blessure narcissique peut être profonde , le sentiment d’injustice peut être réattribué aux parents, par la suite, que la demande de l’enfant n’ait pu être satisfaite par manque de moyens ou parce que c’est l’infantile parental qui l’a recouverte  (et le parent qui a offert ce qui lui plaît à lui ne comprend pas la déception du récipiendaire).

   Noël se joue dans le registre de l’anticipation (préparations diverses, décorations, achats ...), et donc de la représentation: il correspond, dans l’économie psychique, à une attente, avec sa part d’imaginaire et d’idéalisation.
Ainsi le côté mélancolique d’un sujet peut le conduire à ne rien mettre en place:
à quoi bon se réjouir d’une chose à laquelle il faudra renoncer  un moment donné? Se réjouir d’une perte annoncée...
Car le PN réactualise comme figure du présent/absent, les angoisses de perte d’objet.
C’est un être aimé comme hors du temps, qui censément échappe à l’éphémère, ravive les réactions d’envie très archaïques, mais lorsqu’on se rend compte qu’il revient à date fixe et ‘toujours’ : c’est qu’on réalise  bien qu’il est pris *dans * le temps  puisque l’on a alors conscience de la périodicité et donc de la mort.
Comment alors y croire et l’aimer?
En effectuant un travail de symbolisation.
L’éternité du PN est donc  courte dans la vie d’un être... mais il reste comme métaphore de la pensée magique et comme rappel du fait qu’on ne peut pas rester dans ‘le principe de plaisir’.
    Tuer le PN.. parricide autorisé et légal et même signe d’évolution et d’initiation à la vie des plus grands, acceptation dans le groupe de ceux qui savent.
On le trouvera alors nul , vide de sens, débile, conte à dormir debout ... mouvement paranoïde qui vise à lutter contre la dépression générée par la perte ... jusqu’à ce que la gratification d’être du côté des “plus grands” , d’entrer dans un autre groupe d’appartenance fasse son œuvre.

   AInsi le PN est dans notre imaginaire comme les fées sorcières ogres ... mais pourquoi  cette transmission avec tant de force et de structure sociale?
Une éducation au mensonge sous prétexte du “besoin de merveilleux” de l’enfance?

   Notons  que l’enfant construit son rapport à la réalité progressivement: le monde est d’abord caractérisé par la toute puissance de ses désirs, et le bébé ne différencie pas encore ce qui constitue la réalité extérieure de ce qui constitue la réalité intérieure/psychique.
Un jeu subtil s’organise entre la figure maternelle et le bébé: elle donne corps et mots  aux cris  du bébé puis le délai, l’espace temporel,  entre la demande et la réponse, le décalage de nature ou de fonction entre la demande et la réponse permet  au bébé de constituer cette figure maternelle comme différente de lui et le monde autour aussi.
Il reste de cette période de la toute-puissance des désirs de la prime enfance une toute puissance de la pensée qu’on trouve chez l’enfant (l’enfant pense comme un animiste càd renonce partiellement à sa toute-puissance, en la prêtant à des “esprits” qui sont aussi dotés de pensée) ...et  qui perdurera quelque peu chez l’adulte.
Les contes nourrissent l'imaginaire, permettent à l’enfant  d’élaborer des réponses  à ses questions (cf les fantasmes originaires) quand bien même les adultes lui donneraient les clefs de compréhension de la réalité: il doit se les approprier à sa façon et à son rythme.

Les contes de fées etc. sont donc présentés comme une fiction.
Le Père Noël tout en ayant des attributs surnaturels, est présenté comme ayant une existence réelle, plus haut, on parlait de fiction idéale, mais cela va plus loin.
On pourrait le mettre du côté de la foi.
Or justement les autorités religieuses ont fait ce qu’elles pouvaient pour lutter  contre l’extension du PN..
Mais la foi s’inscrit dans le registre du symbolique.
Il faut la distinguer de la croyance qui appartient au registre imaginaire
Cf. ce que dit O Mannoni: “Je sais bien , mais quand même” qui définit la croyance.
  Elle se bâtirait en prenant la forme d’un clivage, de la même manière que le fétichisme (au sens de la pahtologie bien sûr) , dont l'explication  est traditionnellement celle-ci:
l'enfant suppose un pénis à sa mère, il voit d'une manière ou d'une autre que ce n'est pas le cas, il le sait donc  mais refuse d'en convenir, il va alors  développer un fétiche qui proposera un cache de cette  absence de pénis .
Donc une partie du moi  sera dans le:
- “je sais bien” .. que le Père Noël n’existe pas ...
et l’autre dans le:
- “mais quand même”... j’y crois .
(en l'occurrence on ne peut donc pas dire que le PN est un fétiche... sauf à solliciter la théorie pour qu'elle définisse ce qui doit être dénié/caché par lui, car en suivant à la lettre le truc ci dessus, il serait  là un pénis. Caché/représenté  par un fétiche, mais lequel? Le sapin?Ouhlala, ça devient p0rn. bon ok j'arrête de  délirer)

Les initiés représentent dans la première partie de la proposition,
et les non-initiés la seconde.
Les parents retrouvent la joie de croire à la  toute-bienfaisance du PN en le transmettant, ce qui leur fait ainsi obstacle à la connaissance qu’ils ont de l’idée de la mort, laquelle se retrouve dans la non-existence du Père Noël.
Finalement , en croyant au  PN, les enfants aident les adultes à croire en la vie...
le PN comme une conjuration de la mort?
Cette manière de se leurer se rapprocherait  pour moi du fantasme originaire du retour au sein maternel.

    Les enfants affronteront à leur rythme (certains reculent ce moment) la désillusion de la croyance comme épreuve nécessaire, comme rite assumé collectivement.
La croyance- du fait de la gymnastique de clivage qu’elle suppose- peut tout à fait cohabiter avec  non-croyance, et  c’est le cas pendant tout un moment, notamment dans les écoles.
Et c’est ainsi que l’enfant apprend qu’une croyance est propre à chacun ....

   Je rajouterais un grain de sel (ou de poivre, selon): celles et ceux qui veulent imposer leur croyance quelle qu’elle soit, ne seraient-ils pas dans le cas de n’arriver à maintenir leur clivage  qu’en  imposant  un de ces pans aux autres, y compris par la force ... autrement dit ... en satisfaisant leur désir de pouvoir (la pensée magique  est donc aussi sollicitée ...)
Tout cela mêlé à leur chtite névrose obsessionnelle perso, et donc à l’ambivalence non intégrée. le pôle sadique/masochiste non résolu, hum ,bon... je m’égare dans des chemins escarpés là...:-)

Alors, si je résume cette lecture, et vous avez compris que je n'adhère pas forcément à tout, le  PN  serait vu comme vecteur/facteur/médiateur :
d’affiliation ( dont aussi du côté sexué)
de cohésion familiale et sociale
de transmission générationnelle
d’appartenance à un groupe puis à l’autre
de construction d’un être de désir, cad soumis au manque
de conjuration contre la condition de mortel...

Ça fait bcp pour une seule figure imaginaire...
Ça fait même penser à une religion, du moins c’est cela que je lis, sauf que là, il autorisé et même vivement recommandé de le “tuer” en tant qu’être de tout pouvoir, toute bienveillance.. puisque sa vraie utilité (au delà de ce que je résume ci juste avant) est de faire comprendre et accepter  que le monde magique et merveilleux n’existe que dans sa propre croyance personnelle.
Je comprends alors que l’église ait voulu s’en débarrasser ,au départ...
Sauf qu’à bien y regarder, on peut aussi y voir une initiation à la fois au rituel et ses effets,  et à la foi inconditionnelle et ses bienfaits, puisque son ambivalence ne réside plus dans sa personne (!) mais dans le comportement qu'on choisira d'avoir  à son égard, une fois que la connaissance de sa non existence est advenue.
C’est à dire qu'il aurait une dimension de  réponse aux énigmes de l’humain.
Donc une dimension mythique.

Et là, on va laisser reposer la cafetière, un peu :-)
Et suite .
Samedi 23 décembre 2006
 Z'étiez prévenu-e-s , alors on démarre.

Historique en raccourci:
(en  plus long voir ici  ou )

Je ne vais pas évoquer la période en elle-même de Noël,  avec ses emprunts divers aux  cultes du solstice, du sol invictus, des saturnales ,des morts et de la renaissance (cf Mithra) et autres pensées archaïques,  mais le personnage Père Noël (PN).

   A noter : il est homme (puissant donc, il a la baguette magique intégrée, lui), âgé/barbu (sage donc) , ventripotent (bon vivant et prospère) souriant (bienveillant, donc).
La figure actuelle du PN condense toute sortes de personnages ‘sacrés’ de Khronos/Saturne dévoreur d’enfant à Saint Nicolas qui délivre du saloir du boucher ...
Il faudrait remonter assez loin pour explorer les personnages fantasmatiques ou non qui médiatisent le don ou permettent l’échange de biens (matériels ou non) mais ici je ne vais m’attacher qu’au PN, okay?

  Milieu  XIII°, existait en France un ‘Sires Noeus’ , personnage âgé, au nom duquel les quêteurs réclamaient des friandises.
Hop, on saute des siècles...
A la mi-XIX°, des voix s’élèvent déjà pour déplorer que “les français ne savent plus fêter Noël” (1851, Journal des Jeunes Filles) .

  En effet, Noël est devenu une fête de la famille bourgeoise (en pleine ascension, concomitamment à l’industrialisation brutale que connaît l’Angleterre), et se transfère donc  de la sphère religieuse à la sphère privée ... mouvement initié dans  Angleterre victorienne (la privacy): le rituel religieux devient rituel familial.
En fait tout un ensemble de traditions païennes, anciennes et collectives sont abandonnées/ privatisées, avec uniformisation des pratiques et des décors. (cf le sapin, la couronne de l’avent, les chaussettes...)
Il s’agissait de montrer le bonheur d’être ensemble même si l’on est pauvre (mais mieux valait être riche et pouvoir offrir...) càd donc le bonheur de la famille (Ch. Dickens, Christmas Carol, 1843)

   La bourgeoisie commence à se soucier du sort de la classe ouvrière ... disons surtout de ses conditions de vie qui pourraient conduire  à une révolte...
D’où un Noël comme moment de compassion et moralisation (mise en place d’épargnes populaires et clubs divers , de patronages.. pour avoir ou fournir  un repas de Noël correct ... avec la dinde!)

   Fin XIX°, en France, existe le ‘bonhomme Noël’, sorte de pauvre hère, vêtu de bleu et/ou de vert, pourvu d’une hotte contenant polichinelles et tambourins.
Il ressemble à Saint Nicolas (toujours fêté le 6 décembre en Alsace et Lorraine)
Il existait aussi des figures locales/régionales que le personnage  à barbe blanche et houppelande bordée d’hermine remplace irréversiblement.

   Ce n’est un secret pour personne le PN tel que nous le connaissons maintenant est  récent, aboutisement d’un syncrétisme construit  aux USA par les émigrants de toute l’Europe, et notamment par une élite New-Yorkaise, fin XIX°, qui voulaient rompre avec le Noël de la monarchie britannique.

    Saint Nicolas, Santa Klaus, Sinter Klaas.... va être fêté au 24 décembre progressivement, à partir d’un poème de C.C.Moore, publié en 1823, où il est décrit comme ‘un petit vieux gaillard’, ‘nain joufflu dodu et joyeux’, vêtu de fourrure de la tête au pieds, portant un ballot de jouets, descendant par la cheminée et souhaitant à tous un “joyeux noël” en partant.
Les USA firent du 24 décembre un jour férié entre 1861 et 1865 (rappel: la guerre de sécession ... Dans les dessins de l’époque, Santa Klaus est entouré des enfants de riches familles nordistes... figure débonnaire du capitalisme américain ... et du côté des vainqueurs...et déjà portant la vêture qu’on lui connaît)
Avec cette métamorphose disparaît le pendant de Saint Nicolas: le Père  Fouettard.... autrement dit,  la figure de Noël perd toute ambivalence : s’il est toujours relié quelque peu aux elfes, lutins, etc. de la mythologie germanique, le PN est voué à la bonhomie et à la réjouissance populaire.
Il est donc  récupéré rapidos par les grands magasins, fin XIX°, et sommé d’écouter les désirs enfantins. Et de les respecter de préférence.
Une entreprise de soda bien connue le détournera en 1930 pour  faire la réclame de sa boisson à bubulles ...

   Pour revenir en France: c’est aux lendemains de la WWII (tiens,encore une guerre...) que le ‘bonhomme Noël’ subit l’influence US, avec un succès rapide, d’autant plus que dans ces années post guerre, le besoin de prospérité et réjouissance était bien médiatisé par le PN...
Au point que l’église craignit que le la fête de Noël perdît son aspect religieux (la Nativité).
D’où par exemple une effigie du PN brûlé comme un sorcier à Dijon, sur le parvis de la cathédrale ... ce qui fit scandale, national même.... et le soir même on vit le PN arpenter le toit de l’hôtel de ville, rassurant ainsi parents et enfants...
   Et voilà pour la trame.....
Pour suivre le fil c'est ici
Vendredi 22 décembre 2006
    Sur un autre blog j'ai mis le comm. que voici:
"Perso (en pré-élèm), je réponds que le Père Noël existe pour celles et ceux qui y croient.
Q/R:
Et si on n’y croit pas?
Ben il n’existe pas.
Et là les enfants font leur choix, ça discute ferme entre eux. Je n’interviens plus.
Sauf que j’ajoute *parfois* qu’effectivement le “vrai” Père Noël, *s’il existe*, il est magique (rennes volants traîneaux flottant, cadeaux à tous au même moment ça ne peut être que magique sinon comment il ferait? les enfants ont besoin de merveilleux, mais de logique aussi), donc on ne le voit jamais, ceux qu’on voit (magasins, rues…) sont là pour  l’aider.
Et là ça discute: oui ils sont habillés en Père Noël mais  c’est pas des vrais.
Voilà voilà…
   Ceci posé, le sapin a une connotation neutre, et le Père Noël, quasiment,  (en évitant St Nicolas, quoi), mais il est vrai que j’appuie sur sapin, étoiles, boules, guirlandes, bougies hiver, parce que  c’est de la déco  et de la réalité, plutôt que sur Père Noël (et pas de crèche, ange etc.),… si un gamin m’en amène un à colorier, bon, on va pas éviter, mettre le tabou dessus, ça serait  contre productif…
Là où j’ai un vrai pbme, mais plus général,  c’est sur le mensonge que constitue le Père Noël : donc je ne me positionne pas, cf supra.
Je leur laisse leur  imaginaire et/ou leur atterrissage.
Autrement dit leur (non)croyance.
    Mais ça m’interroge toujours qu’on ait besoin à ce point de leurrer les enfants avec ce substitut de … qui?
Un barbu qu’on voit jamais mais qui voit tout, si on a été sage ou pas,  qui devine ce qu’on veut si on ne lui écrit pas… qui passe par le chas d’une aiguille... pardon par une cheminée, souvent inexistante…qui vous amène la manne qui vous fera sentir un être important  éventuellement méritant et chouchouté…ça vous rappelle pas qq’un?
;-) "
                      ------------------------------------

    Bon,  au-delà de ma pratique d'enseignante qui fait que ma parole peut être entendue comme neutre et donc laisser le débat ouvert et la liberté de penser ce qu'on veut de ça (faudra que je vous cause  des débats qui ont eu lieu avec les petits, cet automne: la mort, la maladie, qq'un qui serait dans le ciel ou pas?.. Je vais mettre en place un atelier philo hebdomadaire, en plus de mon "quoi de neuf?" quotidien, je crois ... bref on verra  à la rentrée de janvier...), donc au delà de ça disais-je (je digresse, c'est une calamité pour le lectorat, je sais) , alors donc, au-delà de.. (oui je l'ai déjà dit zut...) bref.. je me pose d'autres questions.. et des fois je m'y réponds d'ailleurs mais  c'est pas le sujet.
   Or donc, ce qui m’interpelle le plus, c’est  que la génération adulte ait à ce point besoin, oui besoin, de maintenir le personnage du Père Noël.
Un phénomène de société en somme.
 Le mot "mensonge" employé dans  le comm. ci-dessus n'est pas approprié mais j'avais fait court.
   De ce moment de l’année que les temps archaïques , pré chrétiens, voyaient comme une transition temporelle (entre une  année et la suivante ) et spatiale (entre monde des morts et  monde des vivants), on en arrive à une fièvre consumériste centrée autour de l’enfant...
  Où l’on peut bien sûr voir, tous les mouvements compensatoires  (je donne plus, le plus, le mieux, ce qui est demandé, ce qui n’est pas demandé, ce que j’aurais voulu moi même),
les mouvements sociaux d’(auto)promotion ( j’ai dépensé tant, ça prouve que je peux le faire)
de réparation narcissique (je sacrifie ci ou ça de mes désirs ou ou moi-même pour l’enfant; j’ai acheté tel truc à la mode, ça -me- prouve que je suis ‘in’ et ‘à l’écoute de’) .. etc.,

   Mais il  me semble que la (pseudo) existence du Père Noël (concrétisée par moult gars déguisés dans les rues magasins, les boîtes postales où écrire et qui répondent et numéros Tphoniques) répond à  une demande des adultes... autant, sinon plus, que celle des enfants.
   D'accord, les adultes se souviennent  parfois , consciemment ou non, qu'ils furent des ch'tits n'enfants.
Mais bon.. y'a pas que ça.

   Comme j’avais des idées là dessus, (oui ça m'arrive, d'avoir des idées, hého, là-bas, je t'ai vu , toi qui pouffes, pouffera bien qui pouffera le dernier) ben j’avais envie d’en causer (comment ça, ça arrive trop souvent?grmbl).
Et comme je viens **enfin** d’avoir l’énergie d’ouvrir le dernier Journal des Psychologues qui consacre un dossier au vieux barbu,  je vous en propose une lecture commentée ...  à ma façon, c’est à dire: en vrac :-)

Pas d’objection?

Alors  ... à demain.
(haha  je vous ai eu-e-s!!)

Meroww


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