Alors, attention ça va chauffer :
Comme prévu, lecture d’une première partie du dossier, avec mes mots à moi, ma mayonnaise à moi, car ici c’est mon blog à moi (lol) et mes digressions.
Donc si vous voulez lire le dossier initial, procurez vous le magazine dont est issue ma petite réflexion.
.... et si vous voulez des explications, demandez.. j’essaierai de répondre ...si je peux !
Le Père Noël apparaît parallèlement à une une nouvelle place accordée à l’enfant (et à l’enfance) dans les familles.
Noël célèbre les enfants, les valeurs qu’il porte (ou qu’on lui demande de porter) et le rituel des cadeaux peut s’envisager de ce côté-là, dans la portée symbolique du cadeau.
On se souvient peut-être, enfin moi en tout cas, que la génération de nos grands parents (voire parents) parlaient des “étrennes”.
Qui à son concierge, qui au cantonnier... (tiens ça m’évoque les ventes de calendriers divers au porte à porte) bref aux ‘petits métiers’ comme une dette contractée auprès d’eux, et réglée à échéance du 1er janvier.
On se met là du côté de l’analyse de l’échange et du don, et surtout, puisque devenue fête familiale, du côté de l’obligation de montrer, donner à voir, rassurer, renforcer... plus ou moins concrètement, les liens.
La dépense collective, consommation (excessive?)serait le prix du lien.
Et l’enfant *doit* être comblé par tous les moyens ... voire avec tous les moyens financiers à disposition....
Notons que dès le Moyen-Age, l’enfant est présent dans la période entre Noël et Épiphanie (tournées de quêtes... réception de friandise, capacité de malédiction de celui qui refuse de donner), à bien y regarder il occupe le même statut que femmes et mendiants: càd ceux qui ne sont pas complètement incorporés au groupe, qui sont donc des “passeurs” entre les mondes (mort/vivant) et les temps (vers an nouveau).
Ce statut change au XIX°, en tant qu’espoir de la famille qui se réunit autour de lui comme élément central... avec l’aïeul-e qui boucle la boucle (n’a t-on pas coutume maintenant de dire qu’au moins on ira faire Noël en famille pour les grands parents...)
On en arrive à du rituel, du cérémonial, même privé, qui est supposé combler l’enfant.
L’aspect religieux chrétien est sinon évacué du moins mis de côté, mais si l’on s’en tient à l’étymologie, religion viendrait de :
relegere, recueillir (au sens de recueil de formules et de pratiques)
et religare, relier.
A une instance supérieure et transcendante, s’entend ... mais ne pourrait -on entendre la famille comme une instance mythique, supérieure et transcendante d’une petite personne d’individu lambda ..?
Il s’agirait donc, par les mouvements de dette et de don (formules et pratiques) , de permettre la reproduction et/ou la préservation des alliances et des filiations: c’est pourquoi le PN qui médiatise ces dons, cad tel qu’il est maintenant adopté généralement, s’adapte géographiquement et culturellement, au delà de son côté mercantile.
Car le Père Noël n’est pas une invention de l’enfance, c’est même l’inverse:
les adultes ont créé cette *figure* de père tout-puissant doté d’un Surmoi exigeant (même si bienveillant) et à laquelle s’identifier lorsqu’on se travestit (costume et scène ad hoc) ou qu’on transmet ses règles verbalement (sois sage et parfait pour avoir tes cadeaux, il te voit...)
Le Père Noël serait une fiction “idéale”, qui permet un passage dans un espace transitionnel (cf Winnicott) , espace de création, qui tient à la fois du monde interne et du monde extérieur, d’où l’on peut revenir, et où l’on peut périodiquement retourner.
L’émerveillement des petits permet aux adultes de réveiller le leur, il permet d’associer et transmettre des affects positifs.
Des parents peuvent souhaiter que leur petit reste dans l’illusion protectrice au moins aussi longtemps qu’ils l’ont été, voire plus ...ou l’inverse.
Noël engage donc les générations dans un étayage fantasmatique qui peut être source de cohésion comme de conflit.
Il y a donc un forte dimension groupale, en plus de familiale, qui ne se place pas du côté d’une appartenance religieuse mais d’une aspiration humaine à se souvenir et transmettre (on rejoint l’idée de filiation et d’appartenance) ..
Du côté familial : autour de l’événement Noël les conflits s’apaisent ou se répètent comme compte à régler annuellement.
Par ailleurs le PN permettrait un mouvement de réparation : les adultes donneraient à leurs enfants ce qu’ils ne peuvent donner à leurs parents (parce que socialement ça ne se fait pas et que ça indiquerait l’intensité de notre culpabilité vis à vis d’eux), le don étant médiatisé par une instance encore plus parentale qu’eux.
Comme construction imaginaire qui symbolise des pulsions inconscientes, le PN apporte, comme le rêve, des possibilités de déplacement/condensation, des projections de désirs contradictoires sur une figure héroïsée... le PN soulage les parents de la légitimité de l’autorité pendant la période d’avant Noël....
Le PN est un père tout puissant qui doit répondre à la demande de l’enfant.
Ce qu’il ne fait pas toujours: déception, haine ou culpabilité face à la réponse inadéquate, se pose sur cet inconnu auquel on pensait pouvoir tout demander, et qui défaille, la blessure narcissique peut être profonde , le sentiment d’injustice peut être réattribué aux parents, par la suite, que la demande de l’enfant n’ait pu être satisfaite par manque de moyens ou parce que c’est l’infantile parental qui l’a recouverte (et le parent qui a offert ce qui lui plaît à lui ne comprend pas la déception du récipiendaire).
Noël se joue dans le registre de l’anticipation (préparations diverses, décorations, achats ...), et donc de la représentation: il correspond, dans l’économie psychique, à une attente, avec sa part d’imaginaire et d’idéalisation.
Ainsi le côté mélancolique d’un sujet peut le conduire à ne rien mettre en place:
à quoi bon se réjouir d’une chose à laquelle il faudra renoncer un moment donné? Se réjouir d’une perte annoncée...
Car le PN réactualise comme figure du présent/absent, les angoisses de perte d’objet.
C’est un être aimé comme hors du temps, qui censément échappe à l’éphémère, ravive les réactions d’envie très archaïques, mais lorsqu’on se rend compte qu’il revient à date fixe et ‘toujours’ : c’est qu’on réalise bien qu’il est pris *dans * le temps puisque l’on a alors conscience de la périodicité et donc de la mort.
Comment alors y croire et l’aimer?
En effectuant un travail de symbolisation.
L’éternité du PN est donc courte dans la vie d’un être... mais il reste comme métaphore de la pensée magique et comme rappel du fait qu’on ne peut pas rester dans ‘le principe de plaisir’.
Tuer le PN.. parricide autorisé et légal et même signe d’évolution et d’initiation à la vie des plus grands, acceptation dans le groupe de ceux qui savent.
On le trouvera alors nul , vide de sens, débile, conte à dormir debout ... mouvement paranoïde qui vise à lutter contre la dépression générée par la perte ... jusqu’à ce que la gratification d’être du côté des “plus grands” , d’entrer dans un autre groupe d’appartenance fasse son œuvre.
AInsi le PN est dans notre imaginaire comme les fées sorcières ogres ... mais pourquoi cette transmission avec tant de force et de structure sociale?
Une éducation au mensonge sous prétexte du “besoin de merveilleux” de l’enfance?
Notons que l’enfant construit son rapport à la réalité progressivement: le monde est d’abord caractérisé par la toute puissance de ses désirs, et le bébé ne différencie pas encore ce qui constitue la réalité extérieure de ce qui constitue la réalité intérieure/psychique.
Un jeu subtil s’organise entre la figure maternelle et le bébé: elle donne corps et mots aux cris du bébé puis le délai, l’espace temporel, entre la demande et la réponse, le décalage de nature ou de fonction entre la demande et la réponse permet au bébé de constituer cette figure maternelle comme différente de lui et le monde autour aussi.
Il reste de cette période de la toute-puissance des désirs de la prime enfance une toute puissance de la pensée qu’on trouve chez l’enfant (l’enfant pense comme un animiste càd renonce partiellement à sa toute-puissance, en la prêtant à des “esprits” qui sont aussi dotés de pensée) ...et qui perdurera quelque peu chez l’adulte.
Les contes nourrissent l'imaginaire, permettent à l’enfant d’élaborer des réponses à ses questions (cf les fantasmes originaires) quand bien même les adultes lui donneraient les clefs de compréhension de la réalité: il doit se les approprier à sa façon et à son rythme.
Les contes de fées etc. sont donc présentés comme une fiction.
Le Père Noël tout en ayant des attributs surnaturels, est présenté comme ayant une existence réelle, plus haut, on parlait de fiction idéale, mais cela va plus loin.
On pourrait le mettre du côté de la foi.
Or justement les autorités religieuses ont fait ce qu’elles pouvaient pour lutter contre l’extension du PN..
Mais la foi s’inscrit dans le registre du symbolique.
Il faut la distinguer de la croyance qui appartient au registre imaginaire
Cf. ce que dit O Mannoni: “Je sais bien , mais quand même” qui définit la croyance.
Elle se bâtirait en prenant la forme d’un clivage, de la même manière que le fétichisme (au sens de la pahtologie bien sûr) , dont l'explication est traditionnellement celle-ci:
l'enfant suppose un pénis à sa mère, il voit d'une manière ou d'une autre que ce n'est pas le cas, il le sait donc mais refuse d'en convenir, il va alors développer un fétiche qui proposera un cache de cette absence de pénis .
Donc une partie du moi sera dans le:
- “je sais bien” .. que le Père Noël n’existe pas ...
et l’autre dans le:
- “mais quand même”... j’y crois .
(en l'occurrence on ne peut donc pas dire que le PN est un fétiche... sauf à solliciter la théorie pour qu'elle définisse ce qui doit être dénié/caché par lui, car en suivant à la lettre le truc ci dessus, il serait là un pénis. Caché/représenté par un fétiche, mais lequel? Le sapin?Ouhlala, ça devient p0rn. bon ok j'arrête de délirer)
Les initiés représentent dans la première partie de la proposition,
et les non-initiés la seconde.
Les parents retrouvent la joie de croire à la toute-bienfaisance du PN en le transmettant, ce qui leur fait ainsi obstacle à la connaissance qu’ils ont de l’idée de la mort, laquelle se retrouve dans la non-existence du Père Noël.
Finalement , en croyant au PN, les enfants aident les adultes à croire en la vie...
le PN comme une conjuration de la mort?
Cette manière de se leurer se rapprocherait pour moi du fantasme originaire du retour au sein maternel.
Les enfants affronteront à leur rythme (certains reculent ce moment) la désillusion de la croyance comme épreuve nécessaire, comme rite assumé collectivement.
La croyance- du fait de la gymnastique de clivage qu’elle suppose- peut tout à fait cohabiter avec non-croyance, et c’est le cas pendant tout un moment, notamment dans les écoles.
Et c’est ainsi que l’enfant apprend qu’une croyance est propre à chacun ....
Je rajouterais un grain de sel (ou de poivre, selon): celles et ceux qui veulent imposer leur croyance quelle qu’elle soit, ne seraient-ils pas dans le cas de n’arriver à maintenir leur clivage qu’en imposant un de ces pans aux autres, y compris par la force ... autrement dit ... en satisfaisant leur désir de pouvoir (la pensée magique est donc aussi sollicitée ...)
Tout cela mêlé à leur chtite névrose obsessionnelle perso, et donc à l’ambivalence non intégrée. le pôle sadique/masochiste non résolu, hum ,bon... je m’égare dans des chemins escarpés là...:-)
Alors, si je résume cette lecture, et vous avez compris que je n'adhère pas forcément à tout, le PN serait vu comme vecteur/facteur/médiateur :
d’affiliation ( dont aussi du côté sexué)
de cohésion familiale et sociale
de transmission générationnelle
d’appartenance à un groupe puis à l’autre
de construction d’un être de désir, cad soumis au manque
de conjuration contre la condition de mortel...
Ça fait bcp pour une seule figure imaginaire...
Ça fait même penser à une religion, du moins c’est cela que je lis, sauf que là, il autorisé et même vivement recommandé de le “tuer” en tant qu’être de tout pouvoir, toute bienveillance.. puisque sa vraie utilité (au delà de ce que je résume ci juste avant) est de faire comprendre et accepter que le monde magique et merveilleux n’existe que dans sa propre croyance personnelle.
Je comprends alors que l’église ait voulu s’en débarrasser ,au départ...
Sauf qu’à bien y regarder, on peut aussi y voir une initiation à la fois au rituel et ses effets, et à la foi inconditionnelle et ses bienfaits, puisque son ambivalence ne réside plus dans sa personne (!) mais dans le comportement qu'on choisira d'avoir à son égard, une fois que la connaissance de sa non existence est advenue.
C’est à dire qu'il aurait une dimension de réponse aux énigmes de l’humain.
Donc une dimension mythique.
Et là, on va laisser reposer la cafetière, un peu :-)
Et suite là.


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